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Feux de forêt : les communautés autochtones particulièrement touchées au Québec

Un feu de forêt.

Selon la SOPFEU, 114 feux sont considérés comme « hors contrôle ». Nombreuses sont les communautés autochtones sur le qui-vive.

Photo : André Michel

Les feux au Québec touchent particulièrement les communautés autochtones des nations atikamekw, anishinabeg, innue et crie. Plusieurs communautés ont instauré l'état d’urgence et procédé à des évacuations totales ou partielles.

L'Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec sont d'ailleurs la priorité absolue, ou le plus gros souci, du ministère de la Sécurité publique en ce qui concerne la situation des feux de forêt dans la province.

Chez les Anishinabeg

Après Lac-Simon et Kitcisakik, la communauté anishnabe de Lac-Barrière (Rapid Lake) a aussi évacué la majorité de ses habitants dimanche et lundi.

Il y a beaucoup de fumée, c’est très difficile de respirer, explique le chef Casey Ratt. Sa communauté est entourée de plusieurs feux et les vents ne sont pas favorables.

Les communautés autochtones face aux feux de forêt

Consulter le dossier complet

Feu de forêt avec fumée et flammes, près d'une rivière, le 15 mai 2023, à Hay River, aux Territoires du Nord-Ouest.

Il est impossible de connaître la qualité de l’air puisqu’il n’y a pas de test disponible, soutient le chef. Normalement, on demande aux infirmières, mais elles aussi ont été évacuées.

La grande majorité des évacués ont trouvé refuge dans des hôtels de différentes villes, dont Gatineau, ou chez des amis et de la famille. Quelques personnes sont restées pour surveiller les infrastructures.

Une carte du Québec indiquant la localisation des feux de forêt.

Cartographie des feux de forêt au Québec en date du 6 juin 2023.

Photo : Radio-Canada

Un avis d’évacuation a été lancé samedi matin dans la communauté autochtone de Lac-Simon. Environ 1800 personnes y résident et des centaines d’entre elles ont été accueillies au Centre multisports Fournier de Val-d’Or. L'avis d'évacuation a été levé partiellement lundi en fin d'avant-midi.

Un peu moins de la moitié des résidents sont retournés dans la communauté.

Cela s'améliore, mais pas suffisamment à notre goût, lance le chef Lucien Wabanonik. Car la communauté subit encore les grands panaches de fumée.

La colonne de fumée qui touche Lac-Simon provient des feux plus au nord. La qualité de l'air est sous surveillance et Lucien Wabanonik s'exclut pas l'idée d'une nouvelle évacuation, si cela était nécessaire. On est encore en préalerte. L'état d'urgence n'a pas été levé, précise-t-il.

La priorité est la sécurité, la santé et la bonne information à notre population, poursuit le chef de Lac-Simon.

Un ciel jaune.

Le ciel de la communauté anishinabe de Lac Simon est toujours ocre et la fumée présente ce mardi.

Photo : Gracieuseté: Lucien Wabanonik

Des résidents de la communauté de Kitcisakik, au sud de Val-d'Or, dans la réserve faunique La Vérendrye, ont reçu l'ordre d'évacuer leurs domiciles en fin de semaine, en raison de la fumée des feux de forêt.

À Pikogan, près d’Amos, un feu s’est déclaré lundi à une vingtaine de kilomètres. Le conseil s’est mis en préalerte, mais finalement l'incendie a été éteint. C’est une bonne nouvelle pour nous, s’exclame la cheffe Monik Kistabish, qui dit suivre la situation de très près et demeurer prudente.

Pikogan a accueilli des personnes évacuées de Lac-Simon et de Kitcisakik, au sud de Val-d’Or, depuis samedi. Quelques familles ont été hébergées au gymnase, et d’autres, dans des familles. Des repas ont été servis à la salle communautaire et de l'aide psychosociale a été également offerte.

Chez les Atikamekw

Les trois communautés atikamekw – Wemotaci, Opitciwan et Manawan – ont déclaré un état d’urgence.

À Opitciwan, l’évacuation des personnes vulnérables se poursuit vers Roberval. Une première liste de 75 personnes avait été dressée, mais d’autres s’y ajoutent, indique le chef Jean-Claude Mequish. Tous les services (école, CPE, centre administratif) restent fermés jusqu’à nouvel ordre. Seuls les services essentiels sont ouverts.

Des gens montent dans un autobus.

Les membres de la communauté d'Opitciwan procèdent à l'évacuation des lieux.

Photo : Photo fournie par Jean-Claude Mequish

Les pompiers volontaires de la communauté, en communication avec la SOPFEU, vont sur le territoire pour faire des vérifications et suivre l’évolution des feux.

On recommande de ne pas se promener sur le territoire, car beaucoup de monde s’inquiète pour leurs chalets, a poursuivi le chef Mequish.

À Wemotaci, l’accès à la communauté est réservé aux services essentiels. Un point de contrôle sur la route 25 reliant La Tuque à Wemotaci a été établi afin de permettre le passage des résidents permanents et des travailleurs, et la livraison des biens essentiels. Une guérite a aussi été installée à l’entrée de la communauté.

Une équipe de pompiers de la SOPFEU est arrivée pour combattre surtout le feu qui s’est déclaré à l’ouest de la communauté. Il est toujours en progression, mais il ne menace pas la communauté. Deux autres feux sont actifs. La situation est en cours d’évaluation. Un point sera fait sur la situation en fin d’après-midi.

Des hommes posent devant une caserne.

Les pompiers volontaires de Manawan sortent tous les jours pour aller combattre les feux qui sévissent autour de la communauté atikamekw.

Photo : Gracieuseté: Ghislain Quitish

La communauté de Manawan, au nord de Saint-Michel-des-Saints, est entourée de feux, dont certains sont non maîtrisés.

Les pompiers volontaires de la communauté combattent les feux depuis samedi. En ce moment, 32 sont sur le territoire et une cohorte de 25 volontaires est partie à Québec pour suivre une courte formation de la SOPFEU.

Même si le vent change constamment de direction, on a toujours la fumée d’un autre feu, précise l’élu du conseil des Atikamekw de Manawan et membre du comité d’urgence, Patrice Ottawa.

Par conséquent, le comité des mesures d’urgence prépare un plan d’évacuation au cas où cela se révélait nécessaire. Une équipe fait du porte-à-porte pour recenser la population et les animaux domestiques. Les habitants sont invités à préparer des trousses d’urgence.

Pour l’instant, l’ensemble des services (écoles, garderies, etc.) demeurent ouverts, mais les fenêtres et les échangeurs d’air doivent rester fermés. Les gens sont invités à rester chez eux.

Chez les Cris

Plusieurs communautés cries surveillent la situation, et une évacuation est en cours dans l'une d'entre elles. Des routes sont d’ailleurs fermées à cause des feux de forêt, dont la 113, entre Senneterre et Waswanipi. La route entre Lebel-sur-Quévillon et Matagami est également fermée, tout comme la route du Nord sur près de 260 kilomètres après Chibougamau.

Une carte montrant des routes fermées en rouge.

Carte des routes fermées le 6 juin 2023 dans Eeyou Istchee.

Photo : Crédit : Ministère des Transports et de la Mobilité durable

Dans la communauté crie d'Ouje Bougoumou, l'évacuation des aînés et des personnes avec des problèmes de santé importants débute mardi soir. Les personnes évacuées seront amenées dans l'arrondissement de Chicoutimi, à Saguenay.

À Waswanipi, la situation s’est améliorée. Trois feux sont en cours, mais ils sont relativement éloignés de la communauté crie située à 93 kilomètres de Chapais.

La boucane est un inconvénient. Aujourd’hui, on a un petit espace d’air frais, il n’y a pas de fumée, précise la cheffe Irène Neeposh.

La maison d’hébergement pour femmes victimes de violence a accueilli notamment les personnes qui avaient des problèmes respiratoires.

Plusieurs personnes sont toujours dans leur camp en forêt. On est en contact avec eux, on essaie de les encourager à sortir et à venir à Waswanipi, mais ils ne veulent pas, explique la cheffe.

Ces personnes vivent toute l’année dans leur camp et la décision de ne pas venir dans la communauté est aussi motivée par le fait qu’ils n’ont pas de logement. Des roulottes ont été mises à disposition pour eux, mais ça ne suffit pas, poursuit Irène Neeposh.

Lundi soir, un couvre-feu a été instauré à cause de la qualité de l’air qui était très mauvaise. De plus, comme la clinique de santé n’est pas fonctionnelle depuis vendredi en raison d'une inondation causée par un problème de pompes électriques, les services sont offerts dans un site temporaire.

Au nord-ouest de Chisasibi, un feu a débuté lundi en fin d’après-midi et est vite devenu incontrôlable. Néanmoins, les pompiers de Chisasibi ont combattu sans relâche et il est désormais contenu.

Nous sommes toujours en train de travailler sur ce feu, au niveau de certains points chauds encore actifs, précise Barry Bearskin du comité des opérations d’urgence. Nous surveillons attentivement la zone, d’autant plus qu’aucune pluie n’est prévue, poursuit-il. La population est invitée à rester vigilante.

Une tranchée d'arbres arrachés dans la forêt.

Un coupe-feu a été fait près de Mistissini pour éviter que le feu puisse continuer sa route.

Photo : Facebook/Conseil de la nation cri de Mistissini

Mistissini se retrouve aussi avec plusieurs feux aux alentours, mais la communauté n’est pas inquiète, car les vents sont favorables. L’incendie principal est à environ 17 kilomètres de la communauté crie.

Un coupe-feu a été fait par des opérateurs locaux et extérieurs de Mistissini.

Chez les Innus

Les Innus de Mani-utenam, évacués depuis vendredi, peuvent désormais rentrer chez eux. L’avis d’évacuation a été levé. Un feu brûle toujours dans le secteur de la rivière Moisie. L’évolution du feu est toutefois rassurante, a indiqué le chef du conseil de bande innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM), Mike Pelash McKenzie.

Dans les circonstances, nous jugeons prudent de permettre aux membres de retourner à leur domicile. Le feu brûlera pour encore plusieurs jours et semaines, mais ne représente pas une menace immédiate pour la communauté, a-t-il précisé.

Les infrastructures et les écoles sont pour l’instant toujours fermées. Une décision sera prise en fin de journée quant à leur prochaine réouverture.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, fait part de son inquiétude tant qu’il n’y a pas l’assurance que le calme est revenu dans les communautés. Il note néanmoins que, de façon générale, tout est relativement sous contrôle. Il espère une pluie soutenue afin de permettre aux équipes qui combattent les feux et aux communautés de souffler.

C’est comme avec la COVID, ce sont des populations parmi les plus vulnérables avec des aînés, des enfants, des personnes qui ont des maladies chroniques, respiratoires, car il y a le feu, mais la fumée aussi est incommodante, a-t-il précisé.

Son équipe reste sur le qui-vive, prête à offrir du soutien. Pour l’instant, il a reçu au moins deux appels depuis la fin de la semaine dernière et a eu une brève conversation avec la ministre fédérale des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, qui a rassuré que le fédéral est au rendez-vous. Cela se traduit par de l’approvisionnement en région éloignée et de l’aide pour que certaines personnes évacuées puissent rentrer chez elles.

Selon la SOPFEU, 152 incendies sont encore en activité dans la zone de protection intensive et 9 dans la zone nordique. Parmi eux, 114 sont considérés comme hors contrôle, donc en progression. Le combat est concentré sur 42 feux prioritaires.

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