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L’opposition grandit face à la reconnaissance de la Nation métisse de l’Ontario

Francis sourit à la caméra.

Francis Kavanaugh dirige le grand conseil du Traité no 3, un organisme qui représente 25 000 Autochtones dans le Nord-Ouest de l'Ontario. (Photo d'archives)

Photo : Grand conseil du Traité no 3

Radio-Canada

L’opposition des Premières Nations continue de grandir face à la reconnaissance du droit à l’autogouvernance de la Nation métisse de l’Ontario (NMO). À travers la province, des chefs autochtones pressent le gouvernement fédéral de geler l’entente à cet effet jusqu’à ce qu’on réponde à leurs préoccupations.

Ces leaders autochtones se rallient derrière le Conseil tribal Wabun, qui a soumis une demande de révision judiciaire à la Cour fédérale pour faire annuler l’entente signée en février dernier par le gouvernement fédéral et NMO.

Cette entente reconnaît le droit à l’autogouvernance de communautés métisses vivant sur le territoire ontarien et prévoit l'enchâssement de ce droit dans la Constitution canadienne.

Le directeur général du Conseil tribal Wabun, Jason Batise, et les Premières Nations qui font partie de cette organisation rejettent l’existence de toute communauté métisse sur leurs territoires. Ce qui inclut Abitibi Inland, qui fait partie des six communautés métisses historiques reconnues par le gouvernement Ontario en 2017.

Nos Nations rejettent la présence affirmée de Métis sur nos territoires ancestraux.

Une citation de Jason Batise, directeur général du Conseil tribal Wabun

Le Conseil tribal Wabun est composé des Premières Nations de Matachewan, Brunswick House, Chapleau Ojibwe, Flying Post, Mattagami et Beaverhouse, toutes situées dans le nord de l'Ontario.

Le grand conseil du Traité no 3, qui représente les Premières Nations situées entre Thunder Bay et la frontière manitobaine, dans l’ouest de l’Ontario, est lui aussi extrêmement préoccupé. Il dénonce l’opacité et le manque de collaboration du gouvernement fédéral.

Je suis troublé par ce qui se passe, a dit le grand chef ojibwé Francis Kavanaugh. Nous n’avons jamais été consultés.

Le chef Brian Perrault, de la Première Nation Couchiching, près de Fort Frances dans le nord-ouest de l’Ontario, est également dérangé par la situation.

Il affirme n’avoir jamais entendu les anciens parler d’une communauté métisse vivant dans le secteur Rainy River/Fort Frances.

La communauté Rainy River/Lake of the Woods, qui fait partie des six communautés métisses historiques reconnues en 2017, se trouve sur le territoire du conseil du Traité no 3.

Les ancêtres utilisés

La Première Nation Temagami, qui est située près de la frontière québécoise, a les mêmes préoccupations. Elle déplore aussi que NMO associe les ancêtres anishinaabeg d’origines mixtes à la Nation métisse.

Je me sens vraiment dérangé, presque insulté par ça. Historiquement, il n’y a jamais eu de communauté métisse sur notre territoire.

Une citation de John Turner, chef de la Première Nation Temagami

La Nation Temagami n’a pas exclu de procéder, elle aussi, à un recours en justice. On considère toujours d’aller en cour, a indiqué M. Turner. La notion de citoyenneté de NMO est beaucoup trop large. Nous sommes offensés qu’ils utilisent nos ancêtres.

Les Métis forment un groupe autochtone distinct, avec une culture, des traditions et une langue communes, qui est apparu en Amérique du Nord au début des années 1700. L’existence des communautés métisses est toutefois contestée à l'extérieur du Canada.

La Cour suprême du Canada a reconnu l’existence d’une communauté métisse près de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, avec l’arrêt Powley, en 2003. Ce jugement historique a aussi établi le critère du lien ancestral avec une communauté métisse historique, qui est nécessaire à la reconnaissance des droits des Métis par la Constitution canadienne.

Dans sa demande de recours judiciaire, le Conseil tribal Wabun remet en question la reconnaissance de six communautés métisses ontariennes sur la base de ce critère.

Il y a métis et Métis

En français, le mot métis peut prêter à confusion. Avec une minuscule, il signifie qui est issu de l’union de deux personnes d’origines ethniques différentes, selon le dictionnaire Usito. Toutefois, dans son sens constitutionnel, le mot Métis (avec une majuscule) ne vise pas toutes les personnes d’ascendance mixte indienne et européenne, mais plutôt les peuples distincts qui, en plus de leur ascendance mixte, possèdent leurs propres coutumes, façons de vivre et identité collective reconnaissables et distinctes de celles de leurs ancêtres indiens ou inuit d’une part et de leurs ancêtres européens d’autre part, lit-on dans l’arrêt Powley de la Cour suprême du Canada, qui précise que ces peuples ont pris leur essor avant que les Européens ne consolident leur emprise sur le territoire.

Une entente mal comprise, selon NMO

La présidente de NMO de l'Ontario, Margaret Froh, affirme que l’entente ne concerne pas le territoire ou les droits liés à la terre, mais seulement l’autonomie de la Nation métisse dans la gestion de ses affaires internes. Elle assure que l’entente n’affecte personne d’autre.

La mauvaise compréhension et l’opposition venant des Premières Nations sont très décevantes, a réagi Mme Froh.

Notre porte est toujours ouverte pour un dialogue respectueux, et nous continuons notre route vers la réconciliation. Toutefois, nier l’existence de nos citoyens et de nos communautés en Ontario est profondément offensant, déclare-t-elle.

Margaret Froh.

Margaret Froh, présidente de la Nation métisse de l'Ontario. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement fédéral et NMO se sont engagés à signer un traité qui remplacera l’entente sur la reconnaissance et sur le droit à l’autogouvernance des Métis de l’Ontario en 2025. Les Premières Nations craignent que ce traité nuise à leurs droits.

Il y a 133 Premières Nations en Ontario, et nous sommes toutes préoccupées par ce que fait le gouvernement, a ajouté le chef Brian Perrault.

Relations Couronne-Autochtones n’a pas voulu commenter le dossier puisqu’il fait l’objet d’un recours judiciaire.

-Avec les informations de Brett Forester, de CBC Indigenous

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