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Uashat-Sept-Îles : la difficile réconciliation

Mike Mckenzie devant un drapeau du gouvernement du conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam.

Le chef de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, Mike Mckenzie (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

  • Guy Bois

Comme un mantra, la « réconciliation » a été servie depuis quelques années à toutes les sauces. C’est le cas à Gatineau, où se déroule depuis mercredi le Grand Rassemblement des peuples autochtones et des municipalités du Québec. Cette fois, c’est l’économie, les partenariats, les investissements en commun, le partage d’infrastructures qui devraient amener les Premières Nations et les Québécois à se réconcilier. Or, sur le terrain, des difficultés importantes demeurent. C’est le cas entre Uashat mak Mani-utenam et Sept-Îles.

Une dizaine de bateaux de pêche, un hôtel, un parc industriel avec des dizaines d’entreprises, sans compter le plus grand centre commercial de la région. Tout cela appartient aux Innus d’Uashat mak Mani-utenam. Et tous ces commerces, ces infrastructures, ces industries sont situés à l’entrée ouest de Sept-Îles, là où se trouve Uashat. C’est autant d’emplois créés non seulement pour la communauté, mais aussi pour les Septiliens.

En matière de consommation, les Innus sont aussi des acteurs de premier plan. Le chef de la communauté Mike Mckenzie lance le chiffre de 2 à 300 millions par année achetés [par les Innus] en biens et services, et cite à l'appui une étude commandée il y a cinq ans par le conseil de bande. Parlez-en au gérant du Canadian Tire local qui vous dira sans doute tout le bien qu’il pense des Innus lorsqu’ils arrivent au magasin en prévision de la chasse à l’outarde du printemps!

Uashat mak Mani-utenam a même obtenu le contrat de l’enlèvement des ordures pour l’ensemble de la ville de Sept-Îles, tout en améliorant la capacité, grâce à son hôtel, de recevoir les touristes qui se font de plus en plus nombreux sur la Côte-Nord et qui fréquentent les restaurants et les commerces de la ville.

Rien n’y fait, selon le chef Mike Mckenzie. Quand on a construit le premier hôtel à Uashat, ç’a quand même fait jaser à la ville de Sept-Îles, surtout les commerces. On était surpris de cette réaction. Il y a tellement d’années qu’on fait marcher les commerces, à Sept-Îles comme à Baie-Comeau. Faut aussi reconnaître l’apport économique des Premières Nations.

Le mot est lâché : reconnaître. D'après le chef Mckenzie, les Septiliens souffrent d’un déficit de reconnaissance historique vis-à-vis des Innus. Reconnaître par exemple que, dans l’histoire, plusieurs Innus ont été expropriés d’Uashat alors que Sept-Îles connaissait un boom économique propulsé par l’exploitation intensive du fer.

Les citoyens de Sept-Îles ne connaissent pas cette histoire […] On est des voisins, mais on se connaît pas, soutient le chef Mckenzie. Quand les gens partaient à la chasse, les maisons étaient déplacées. Ce que je propose, c’est un monument historique à l’entrée de Sept-Îles, pour que les citoyens apprennent l’histoire des Innus.

 Steeve Beaupré.

Le maire de Sept-Îles, Steeve Beaupré (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Je n’étais pas du tout au courant de cette histoire, rétorque le maire de Sept-Îles, Steeve Beaupré, qui a pourtant une connaissance pointue de la région.

J’ai grandi ici. J’ai été 15 ans comme procureur de la Couronne. Le contexte autochtone, je le connais. L’histoire des pensionnats aussi, tout comme les jurisprudences sur les Autochtones. J’ai travaillé avec des accusés autochtones, des victimes autochtones, des travailleurs sociaux… Je suis quelqu’un qui est ancré dans la région, poursuit le maire de 45 ans élu en novembre 2021.

Le maire Beaupré et le chef Mckenzie s’entendent cependant sur une chose : la relation entre les citoyens de Sept-Îles s’est améliorée significativement, malgré de vieux relents de racisme présents des deux côtés, disent-ils.

On voit un basculement, un changement dans les mentalités, on le voit avec les nouvelles générations, dans les ligues de hockey, dit le maire. On entend encore le maudit "kawish sale" [de la part des allochtones], mais on entend aussi des commentaires de ce genre de la part des Innus, en particulier au sujet des policiers de la Sûreté du Québec […]. Ça va toujours exister dans le "day to day". Mais j’ai vu le changement dans les mentalités.

Le chef Mckenzie est d’accord. Il y a moins d’incidents [racistes] qu’il y en avait il y a 10 ans. Il y en a de moins en moins.

Municipalité et communauté : deux entités différentes

La façade de l'Hôtel Quality Innu.

L'Hôtel Quality Inn dans la communauté d'Uashat.

Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau

On a beau affirmer comme à Gatineau que les municipalités et les communautés partagent le statut de gouvernement de proximité, il n’en demeure pas moins que des différences énormes existent entre les deux entités.

Nous, comme municipalité, on ne peut compter presque exclusivement que sur l’apport des taxes payées par nos concitoyens. Ce n’est pas le cas d’Uashat qui reçoit l’argent du fédéral dont ils dépendent, souligne le maire Beaupré.

Le chef Mckenzie réplique que, oui, il y a le fédéral, mais il y a aussi les redevances d’Hydro-Québec, des minières, sans compter les entreprises qui appartiennent à la communauté et qui contribuent au budget d’Uashat mak Mani-utenam, qui dépasse maintenant 100 millions de dollars.

Le chef Mckenzie cite également le projet éolien Apuiat, qui regroupe entre autres l’entreprise privée Boralex et la ville de Port-Cartier située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest d’Uashat.

Autre différence notable : le conseil de bande d'Uashat mak Mani-utenam se perçoit comme un gouvernement des Innus qui construit étape par étape, dit le chef Mckenzie, son autonomie gouvernementale.

Les municipalités comme les citoyens québécois ont de la difficulté à comprendre les droits autochtones, les titres fonciers sur le territoire, dit-il. Ainsi, quand par exemple une MRC présente un plan d’aménagement du territoire ou réclame des redevances aux industries, les Innus se sentent floués, car ils n’ont jamais cédé leurs droits sur le Nitassinan, c’est-à-dire sur ce qu’ils considèrent comme leur territoire traditionnel. Un droit territorial reconnu implicitement par les minières et par Hydro-Québec, qui versent des redevances annuelles aux Innus.

Le chef Mckenzie veut aller plus loin encore. La construction de l’autonomie gouvernementale passe par l’actionnariat.

On veut plus que des redevances, on veut être des actionnaires, des propriétaires, lance-t-il. C’est ça, ma vision.

Or, des projets communs existent. Celui par exemple d’un nouvel aréna à Sept-Îles qui pourrait être partagé avec les Innus. La Ville aurait l’intention de doter Mani-utenam – située à une quinzaine de kilomètres de Sept-Îles – d’un système d’aqueduc en collaboration avec le conseil de bande. De leur côté, les Innus croient qu’ils pourraient fournir les services d’incendie pour les secteurs de la ville situés au-delà de Mani-utenam.

Bref, les projets communs existent, le climat social s’améliore, mais l’histoire comme les aspirations de Sept-Îles et d’Uashat mak Mani-utenam sont marquées par plusieurs incompatibilités.

  • Guy Bois

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