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500 ans de résistance autochtone en bande dessinée

Après avoir été vendu à plus de 10 000 exemplaires dans sa version anglaise originale, l'ouvrage de Gord Hill, membre de la nation Kwakwaka'wakw du nord de l'île de Vancouver est maintenant offert en français.

Page couverture de la bande dessinée.

Nouvellement traduite, la bande dessinée « 500 ans de résistance autochtone » permet de lever le voile sur un pan entier de l'histoire de l'Amérique.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Gill-Couture

De « l'invasion des Caraïbes par Christophe Colomb » aux résistances des Wet'suwet'en face au projet de pipeline Coastal GasLink qui passerait sur leurs terres, la bande dessinée 500 ans de résistance autochtone se présente comme un « antidote nécessaire à l'histoire officielle des Amériques ».

L'auteur, Gord Hill, est passionné d'histoire et animé d'une volonté de rétablir les faits face à la version coloniale de l'histoire qui est enseignée en Amérique par rapport aux autochtones.

Il explique que depuis des lustres, c'est l'histoire d'une glorieuse découverte des Amériques par Christophe Colomb qui est relatée, alors que la violence atroce de sa gestion est occultée.

Portrait de Gord Hill avec un masque tenant un micro.

L'auteur et dessinateur Gord Hill est actif dans les milieux militants anticoloniaux depuis des décennies.

Photo : Gord Hill

Il a d'abord publié en 2002 un livre historique intitulé 500 Years of Indigenous Resistance.

Cet ouvrage lui avait permis d'analyser certains sujets en profondeur, mais il a fini par privilégier la bande dessinée, qui est beaucoup plus accessible.

C'est depuis les années 1990 que je travaille à des capsules historiques liées aux résistances autochtones et livrées sous forme de bande dessinée, indique-t-il en entrevue avec Espaces autochtones.

Page du livre montrant des sévices réservés aux membres de la nation taïnos qui n'apportaient pas une quantité suffisante d'or à Christophe Colomb.

La violence dans la gestion de la colonie par Christophe Colomb fut tellement démesurée qu'en 1500, la couronne espagnole l'a fait arrêter et renvoyer en Espagne.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Gill-Couture

En 2010, une version abrégée de son livre a été publiée sous cette forme.

L'édition de 2010 a connu une bonne diffusion, surtout dans les milieux militants, et des versions ont même été piratées pour être traduites en français et en allemand.

Une version révisée et enrichie

En 2021, Gord Hill publie une nouvelle version, cette fois colorée et beaucoup plus complète. J'ai continué d'apprendre durant les 11 années qui ont séparé la publication des deux versions et j'ai amélioré mes dessins. La nouvelle version m'a permis non seulement d'ajouter de nouvelles parties, mais également de refaire pratiquement la totalité des images, explique-t-il.

Dans cette nouvelle version, beaucoup d'attention a été mise dans les détails, pour bien représenter les armes, les vêtements et les ornements qui sont utilisés par les multiples peuples à des époques différentes, ajoute-t-il.

Page de la bande dessinée montrant la ville de Tenochtitlan avant l'invasion espagnole.

Cette page de la bande dessinée montre l'attention que Gord Hill a accordée aux détails dans ses dessins.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Gill-Couture

La nouvelle version aura également permis d'ajouter des événements qui se sont déroulés dans les dernières années, tels que les mouvements Idle no more ou encore #shutdowncanada des Wet'suwet'en.

Un ouvrage nécessaire

Depuis sa première publication, la bande dessinée s'est vendue à plus de 10 000 exemplaires, ce qui en fait un grand succès de librairie pour ce genre d'ouvrage.

Bien qu'il provienne de milieux militants, l'auteur a choisi de mettre l'accent sur la véracité historique de son récit. J'étudie cet aspect de l'histoire depuis le début des années 1990, et j'ai épluché énormément de documents et de livres, en plus d'apprendre des gens de mon milieu qui s'intéressaient à l'histoire des résistances autochtones, explique-t-il.

En choisissant l'angle historique des résistances autochtones, ça me permet de livrer des faits historiques tout en levant le voile sur les mensonges qui sont véhiculés dans la version "officielle" de l'histoire.

Une citation de Gord Hill, auteur de 500 ans de résistance autochtone

Son ouvrage a par ailleurs reçu un bel accueil et l'auteur affirme qu'il n'a pas eu à faire face à des critiques importantes par rapport à son travail de recherche historique.

De plus en plus, sa bande dessinée est même employée pour sa valeur éducative, dans les écoles secondaires ainsi que dans certains établissements d'études supérieures.

Il s'agit d'une belle surprise, car je ne m'attendais pas à ça, mais depuis un an je suis souvent invité à faire des conférences dans les écoles sur le sujet [...]. Ce serait génial que des écoles ajoutent la lecture de la bande dessinée à leur cursus, car ça permettrait aux jeunes d'être mieux informés sur ce qui s'est vraiment passé depuis 500 ans, exprime-t-il.

Pour la traductrice Marie C Scholl-Dimanche, travailler à la diffusion d'un ouvrage si important est un honneur. Elle aussi habituée des milieux militants, elle connaissait 500 Years of Indigenous Resistance depuis plusieurs années.

Lorsqu'elle a été approchée pour effectuer la première traduction officielle de la bande dessinée, elle a d'abord ressenti une certaine réserve, n'étant pas elle-même autochtone.

Mais les traducteurs autochtones francophones étant peu nombreux et très en demande, elle a tout de même accepté le contrat.

La traduction a pris environ six mois, durant lesquels j'ai surtout travaillé avec l'éditeur, explique-t-elle.

Ma plus grande préoccupation aura été d'avoir l'approche la plus décolonisée possible dans ma traduction, ce qui demeure complexe puisque nous avons tous des biais inconscients empreints de colonialisme. Il faut simplement faire l'effort de se remettre en question, et ça, c'est le travail d'une vie. [...] Globalement, le travail s'est très bien déroulé, je crois, exprime la traductrice.

Page de la bande dessinée qui met en contexte les événements.

Le mouvement d'opposition des Wet'suwet'en contre le projet Coastal GasLink de 2020 est l'événement le plus récent qui est relaté dans « 500 ans de résistance autochtone ».

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, Gord Hill souhaite que cette traduction ne soit qu'une première étape. Selon lui, une traduction en espagnol serait particulièrement souhaitable, puisque les descendants de plusieurs nations autochtones dont il est question dans la bande dessinée parlent cette langue.

L'homme de 55 ans a également l'intention de poursuivre son œuvre militante. Il travaille actuellement à un autre projet de bande dessinée, qui relatera cette fois-ci l'histoire de l'expulsion de différentes nations autochtones de leurs territoires lors de la création des parcs nationaux.

500 ans de résistance autochtone est publié par les Éditions Prise de parole.

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