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Relations avec les Autochtones : les grands chantiers du ministre Lafrenière

Le ministre des Relations avec les Premières Nations et les Inuit veut doubler le nombre d'ententes avec les communautés autochtones, mais d'abord clore 43 ans de négociations avec les Innus.

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Le ministre des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, a trois priorités pour son nouveau mandat.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Conclure des ententes « d’égal à égal » plutôt que de parler de nation à nation, améliorer le système de protection de la jeunesse, développer une loi sur la sécurisation culturelle. Ian Lafrenière, le ministre des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, a trois grandes priorités pour les prochaines années : la jeunesse, le développement économique et la sécurité.

Même si l'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL) juge sévèrement le premier mandat de la CAQ, M. Lafrenière se félicite d’avoir déjà conclu cinq ententes avec des Premières Nations. Il vise à en conclure cinq autres avec, en priorité, Petapan (côté innu), la communauté mohawk de Kahnawake, les Atikamekw de Manawan, les Innus de Uashat, de même qu'une entente de consultation avec la Nation huronne-wendat de Wendake.

Espaces autochtones : Vous avez pour objectif de conclure d’ici le 31 mars le traité de Petapan avec trois communautés innues. Quelle forme prendrait-il?

Ian Lafrenière : On négocie depuis 43 ans. C’est très long, mais on est vraiment près du fil d’arrivée. Je fais attention, car on est toujours en négociation. C’est l’entente la plus moderne qui existe présentement au Canada. Et, chose importante, il n’y aura pas d’extinction de droits. De plus, une fois qu’on se sera entendu sur un traité débutera une période de consultation d’environ deux ans pour les communautés, leurs voisines, la société civile, les municipalités. C’est majeur pour les communautés innues, mais aussi pour les villes et les entreprises, car on vient donner de la prévisibilité, de la stabilité, et c’est ce que tout le monde veut. Plutôt qu’un dédommagement, je le décris comme un partage de bénéfices : on développe ensemble le territoire. Il y a une partie financière dont je ne peux donner l’ordre de grandeur aujourd’hui, mais c’est davantage une vision de partage de bénéfices.

EA : Les Atikamekw et les autres communautés innues ont aussi lancé des négociations il y a une quarantaine d’années. Qu’en est-il?

On s’ajuste à la volonté. Ce n’est pas mur à mur. Certaines communautés veulent, d’autres ne sont pas prêtes, donc nous sommes en train d’évaluer. Pour les Atikamekw, on continue de travailler avec le Conseil de la Nation atikamekw, le fédéral, mais quand je regarde sur mon radar, ce n’est pas une des premières ententes qui arrive. Pour Manawan, à la demande du chef, nous voulons revoir et moderniser l’entente particulière de 2012; c’est une très bonne chose. Wemotaci a fait la même demande. Côté innu, on essaie d’arriver à une entente privilégiée avec le conseil de bande de Uashat. Au début, toutes les communautés étaient avec Petapan, puis l’appui s’est effrité et il n'y en a plus que trois, mais ce n’est pas dit que les autres ne voudront pas se joindre plus tard.

En fait, je me rends compte que, plus ça va, plus on va y aller avec une approche avec les communautés. J’arrête de dire nation à nation, je parle plus d’égal à égal, car dans certains cas, au lieu d’une nation, je négocie davantage avec une communauté.

EA : François Legault a annoncé qu'il demanderait à Hydro-Québec d'étudier la possibilité de construire de nouveaux barrages. Des communautés autochtones ont l’impression d’être mises de côté, de ne pas participer à la réflexion… Que répondez-vous?

A contrario, plusieurs communautés ont exprimé leur volonté de développer l’énergie avec nous, et ce n’est pas récent. Au Grand cercle économique de novembre 2021, on avait dit avec le premier ministre que les Premières Nations doivent faire partie de la relance économique, qui ne peut pas se faire toute seule. Plusieurs ont répondu présent, alors on travaille avec elles. Cependant, je comprends l’inquiétude des gens. Certains craignent qu’on développe, puis qu’on les mette devant le fait accompli. Mon travail sur le terrain est d’entendre la volonté des communautés. J’écoute, je vois ce qu’elles veulent. Il y a en a qui veulent faire du développement avec nous, alors on veut travailler avec elles comme partenaires.

Un homme devant un lutrin.

Le ministre Ian Lafrenière lors du Grand cercle économique des premiers peuples au Centre Sheraton à Montréal, en novembre 2021 (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

EA : Dans votre troisième priorité, il y a la sécurité. Celle dans les communautés, mais aussi la sécurisation culturelle. Après le drame de Joyce Echaquan, vous l'aviez promis, puis Québec a reculé, et finalement, vous avez dit en décembre que vous alliez présenter un projet de loi sur la sécurisation culturelle d’ici la fin de session parlementaire...

Oui, on va le faire dans les prochains mois. La demande est claire : inclure le principe de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux. C'est ce qu'on veut faire. On travaille afin de voir de quelle façon on va prendre cela. Le guide sur la sécurisation culturelle qui a été coécrit avec les Premières Nations va nous inspirer énormément dans le dépôt de notre loi.

EA : Est-ce que cette loi dotée du principe de sécurisation culturelle qui garantit aux Autochtones le respect de leurs droits en matière de santé et de services sociaux va suffire?

Non, mais ça fait partie de la solution. Cela prend beaucoup de choses. C’est une question complexe. Enchâsser la notion de sécurisation culturelle dans la loi est symbolique, fort, ça envoie un message à la machine. Mais si on ne fait que cela, on ne se rendra pas au bout de nos idées. Il faut l’appuyer avec de la formation, avec les changements que l’on fait. Ce qu’on a développé pour Joliette, on veut le faire dans les autres centres hospitaliers, mais on ne veut pas faire du mur à mur. Il faut s’ajuster selon les communautés et trouver ce qui répond le mieux à leurs besoins.

EA : Vous refusez de vous engager à déposer un projet de loi sur le Principe de Joyce qui, justement, parle de sécurisation culturelle. Vous arguez que c’est une guerre de mots [à cause du terme « racisme systémique »] et vous avez déjà dit que vous ne vouliez pas de guerre de mots. Puisque ce ne sont que des mots – très importants pour les Autochtones –, pourquoi ne pas les accepter, les prononcer et aller de l’avant?

Parce que je ne fais pas une opération de relations publiques! Mon travail est de bâtir des relations avec les Premières Nations, les Inuit, l’ensemble des communautés, l’ensemble des Québécois. À mon arrivée en poste et pendant au moins six mois, on a discuté de racisme systémique. Deux choses arrivaient : des gens étaient très en opposition avec ma position, c’est la vie! D’autres étaient d’accord, mais à la limite, les commentaires devenaient racistes. Je me rends compte que ce n’est pas un terme qui mobilise, ce n’est pas une façon de mobiliser les gens. J’ai choisi le chemin du concret, des exemples. Les gens peuvent être déçus, mais pas surpris, car j’ai toujours été clair. Cela ne m’empêche pas de travailler avec eux. C’est correct d’avoir des opinions différentes. [...] Si on me dit que demain matin, si on reconnaît le racisme systémique, ça disparaît au Québec, je suis prêt à avoir une très belle discussion là-dessus, mais je n’y crois pas. Présentement, ce qui est important est d’arriver avec du concret. Je peux respecter l'opinion des gens, être en désaccord avec eux pis les aimer pareil!

EA : Votre première priorité est la jeunesse et, pour cela, vous souhaitez travailler à sa protection. Québec a un modèle avec l’article 37.5, mais vous contestez la loi fédérale, C-92, qui permet un niveau d’autodétermination supérieur aux communautés. Pourquoi vouloir garder un œil, une emprise sur la protection de la jeunesse autochtone?

  • La Cour suprême du Canada se prononcera en 2023 sur la constitutionnalité de la loi fédérale sur la protection de l'enfance autochtone, la loi C-92. Celle-ci cède le contrôle de la protection de la jeunesse aux communautés autochtones, partout au pays. Elles ont maintenant le pouvoir de légiférer et de dispenser leurs propres services.
  • Au Québec, grâce à l'article 37.5 de la loi provinciale, une communauté ou une nation autochtone peut conclure avec Québec une entente établissant un régime particulier de protection de la jeunesse.

Je suis en complet désaccord sur C92. [...] Mais je dis que les personnes les mieux placées pour s’occuper des jeunes Autochtones sont les Autochtones. L’enjeu pour moi, c'est qu’un danger nous guette si on va au Québec avec 26 systèmes de protection de la jeunesse : celui d'avoir un système où les gens ne se parlent pas. [...] Le danger n’est pas dans la communauté, mais dans la question de l’arrimage avec les autres. L’autre point qui n’a jamais été regardé dans C-92 est : que faire avec une famille reconstituée, formée d'une maman huronne-wendat et d'un papa atikamekw, qui se retrouve en communauté ou hors communauté? Qu’est-ce qui va s’appliquer?

J’ai été choqué que le fédéral ait décidé d’embarquer dans nos champs de juridiction. On n’a pas été consultés, ils l’ont imposé. Cela a été fait rapidement et il y a de grandes zones d’ombre qui n’ont pas été réglées. C’est ce qui me faisait peur. Mais si je reviens à la base : est-ce que les Autochtones sont capables de s’occuper de leurs enfants? La réponse est oui. Est-ce qu’on doit changer la façon de travailler? La réponse est oui. Est-ce que je trouvais que lorsque C-92 a été présenté, c’était parfait? La réponse est non. Cela dit, l’article 37.5 est trop long, trop lourd, pas adapté et on veut l’ajuster. On va travailler ensemble, regarder hors de la boîte pour trouver de nouvelles solutions. On ne peut pas imposer notre façon de faire, c’est ce que les gens veulent.


Autres dossiers

Le ministre Lafrenière a indiqué que Québec allait commencer des discussions dans le but de concevoir une loi visant à protéger et à promouvoir les langues et les cultures autochtones. Elle sera déposée cet automne. De plus, lors de sa tournée des 55 communautés, il a croisé des membres du crime organisé, et c’est une lutte qu’il se dit prêt à relever. Enfin, la question du logement l’interpelle, notamment dans le Nord. Il compte organiser dans les prochaines semaines une rencontre de réflexion avec des membres du génie québécois pour voir comment mieux bâtir, plus rapidement et avec moins de personnel sur place. Un sommet sur l’habitation sera organisé à l’automne par la Société Makivik qui veille au développement socio-économique de la région. Le ministre espère y présenter un projet pilote. Si on continue avec la recette actuelle, on va avoir le même résultat. Or, c’est trop long, mal adapté, ça ne marche pas, a-t-il conclu.

Les propos ont pu être édités à des fins de clarté ou de concision.

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