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La Magpie, la rivière qui fait le tour du monde

Pour protéger la Magpie, ses défenseurs sont d’un rare dynamisme : utilisation des tribunes internationales, appel au fédéral, pétition, obtention du statut de personne morale pour la rivière et, bientôt, rendez-vous aux Nations unies…

Une personne dans un kayak jaune descend les rapides.

En 2021, la rivière Magpie est déclarée personnalité juridique par le Conseil des Innus d'Ekuanitshit et la MRC de Minganie. Il s'agit du premier élément naturel à obtenir le statut de personnalité juridique au Canada.

Photo : Charles Kavanagh

Malgré un consensus régional, la Magpie n’est toujours pas reconnue comme une aire protégée. Ce statut permettrait pourtant à ses défenseurs de la sortir des visées d’Hydro-Québec, mais surtout du gouvernement provincial.

En effet, le Québec souhaite augmenter sa production hydroélectrique et cela pourrait passer par la construction de nouveaux barrages. Même si aucun projet n'est prévu pour le moment sur la Magpie, Hydro-Québec ne veut pas renoncer définitivement au potentiel de cette rivière au puissant débit qui retrouve le fleuve Saint-Laurent sur la Côte-Nord.

L'île Niapiskau du parc national de l'archipel de Mingan.

L'île Niapiskau du parc national de l'archipel de Mingan est l'un des joyaux de la région. (Photo d'archives)

Photo : Parcs Canada / Levis Landry

Pour protéger la rivière que les Innus appellent Muteshekau-shipu, une pétition a même circulé et recueilli presque 12 000 signatures. C'est le double de la population totale de la Minganie, signe que la cause que portent les Innus et les allochtones a une portée qui dépasse la région.

L’Alliance Muteshekau-shipu, qui regroupe entre autres les Innus d’Ekuanitshit et la MRC de Minganie, a aussi pu octroyer le statut de personnalité juridique à la rivière grâce à deux résolutions miroir du Conseil des Innus et de la MRC.

L'Alliance s'est inspirée de la manière dont les Autochtones d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont pu protéger certaines parties de leur territoire, explique Jean-Charles Piétacho, le chef de la communauté d’Ekuanitshit.

Un kayakiste sur une rivière.

Le plan caquiste qui vise à rendre le Québec carboneutre d’ici 2050, en construisant notamment de nouveaux barrages hydroélectriques, soulève bien des réactions sur la Côte-Nord. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Audrey Beauchemin

Ainsi, en 2017, la Nouvelle-Zélande a annoncé l’octroi de ce statut au fleuve Whanganui, parce qu'il est indissociable de la culture des Maoris.

La Magpie connue dans le monde

Les protecteurs de la rivière s’activent aussi à faire de la sensibilisation au niveau international.

Lors de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15) qui s'est tenue à Montréal en décembre 2022, leur projet de protection a reçu le prix Droits et Libertés 2022 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Un panneau de la COP15 devant le Palais des congrès de Montréal.

Les protecteurs de la Magpie ont participé à la COP15 qui s'est tenue en décembre 2022 à Montréal. (Photo d'archives)

Photo : Jaela Bernstien/CBC

Sourd à leurs demandes, Québec se voit donc relégué à l’arrière-plan comme interlocuteur. On veut voir si on peut faire une aire protégée au niveau international. On regarde le processus pour voir si on peut y prétendre. C’est un peu compliqué, car nous, on travaille au niveau du Québec, et les Autochtones au niveau fédéral, explique Sara Richard, directrice de l’aménagement et développement du territoire à la MRC.

« On veut sensibiliser au niveau international pour que le Québec lâche le morceau. »

— Une citation de  Luc Noël, préfet de la MRC de Minganie

Ils visent même l’obtention du Prix de l’eau de Stockholm, remis à des personnes et à des organismes pour des réalisations extraordinaires relatives à l'eau.

Et les efforts paient. J’ai été surpris de voir combien la Magpie intéresse le monde entier. J’ai fait beaucoup d’entrevues. Pour la France, National Geographic et même Al-Jazira!, se réjouit le chef Piétacho.

Jean-Charles Piétacho dans un bureau.

Le chef d'Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, est déterminé à protéger la rivière Magpie.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Pour continuer de prêcher pour leur cause, Luc Noël et Jean-Charles Piétacho vont d’ailleurs se rendre à New York à la fin du mois de mars, devant l’ONU. Une continuité évidente, selon le chef innu.

L’Alliance ne compte plus sur le gouvernement du Québec pour qu’il réponde à sa demande de protection. Ce n’est pas Hydro-Québec qui bloque le statut de la Magpie, mais le gouvernement, lance Luc Noël, le préfet de la MRC de Minganie.

Contacté par Espaces autochtones, le bureau du premier ministre François Legault a donné une réponse évasive à la question de savoir si oui ou non le gouvernement bloque la protection de la Magpie, comme l'affirme le préfet.

Concernant les aires protégées, le gouvernement de la CAQ a fait passer le territoire protégé du Québec de 10 % à 17 %. Tout projet d’ajout doit être évalué, faire l’objet de discussions, et [...] je ne peux confirmer quelque projet que ce soit à ce stade-ci, a répondu Ewan Sauves, l'attaché de presse du premier ministre.

Barrage de Saint-Narcisse.

De nombreux barrages ponctuent le paysage québécois. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

M. Noël rappelle de son côté qu’Hydro-Québec s’est gardé des droits près de la Magpie pour éventuellement y installer des barrages.

Pour le moment, la Magpie est considérée comme une réserve de biodiversité projetée par Québec. Un statut qui dure quatre ans et qui précède généralement la transformation du lieu en aire protégée.

Mais ce statut permet surtout au gouvernement de garder une certaine latitude, selon le préfet.

Une panoplie d’actions au niveau local aussi

Les membres de l’Alliance ne lâchent pas le morceau. Ils se réunissent plusieurs fois par an pour discuter des actions et des stratégies à entreprendre.

Le groupe croit avoir un atout de taille dans sa poche : Steven Guilbeault, le ministre de l’Environnement à Ottawa.

Steven Guilbeault, en campagne dans Laurier–Sainte-Marie.

Steven Guilbeault, le ministre de l'Environnement fédéral, a appuyé la MRC et les Innus avant de se lancer en politique lorsqu'il s'agissait de protéger l'île d'Anticosti. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

On le connaît très bien et il connaît très bien notre région. On a travaillé avec lui quand il était dans des groupes environnementaux, pour l’île d’Anticosti, alors c’est certain qu’il va être sensible à notre demande, dit Luc Noël.

Du côté des Autochtones, le conseil de bande peaufine encore son dossier de candidature au projet des gardiens autochtones, financé par le gouvernement fédéral.

Dans les cartons, il y a l’idée de transformer le territoire de la Magpie en aire protégée et de conservation autochtone. Là aussi, il s’agit d’un programme lancé par le gouvernement fédéral qui vise à protéger un tiers du territoire canadien en impliquant les Autochtones.

Des gens marchent dans une forêt aux grands arbres clairsemés.

À travers le pays, plusieurs zones sont visées pour devenir des aires protégées autochtones. (Photo d'archives)

Photo : Kelsey Scarfone

On travaille aussi sur un plan directeur pour l’aire protégée qu’on doit présenter d’ici la fin mars pour déterminer ce qu’on va faire sur le territoire, poursuit Sara Richard.

Elle explique qu’un projet de règlement qui détermine une aire protégée est en route à la MRC, mais qu'il doit aussi passer par le gouvernement québécois.

Un panneau avec le logo d'Ekuanitshit.

La communauté d'Ekuanitshit est située entre Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

On est rendu à la consultation publique. Puis, on adoptera le règlement, dit-elle, mais encore beaucoup d'embûches sont sur la route.

Je suis certaine que le gouvernement dira non, on sait que ça ne passera pas. Je suis certaine que ça sera ça, mais on ira au bout du processus, poursuit Mme Richard.

Selon Luc Noël, il s’agit de défier le maître, donc le gouvernement, qui a confié la gestion du territoire à la MRC.

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