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Décès de l’archéologue Laurent Girouard

Cofondateur de la revue Recherches amérindiennes au Québec avec Sylvie Vincent et Rémi Savard, il était aussi l'ami de Max Gros-Louis et l'un des premiers archéologues à s'intéresser aux cultures autochtones du Québec.

Un homme regarde l'objectif en souriant.

L'archéologue Laurent Girouard a cofondé la revue « Recherches amérindiennes au Québec ».

Photo : Gracieuseté: Éric Chalifoux, crédit Daniel Beaudry

L’archéologue et cofondateur de la revue Recherches amérindiennes au Québec (qui s’appelle désormais Revue d’études autochtones), Laurent Girouard, est décédé le 20 décembre à l’âge de 83 ans.

C’est presque par hasard qu’il a pris conscience de l’archéologie autochtone, de l’occupation des peuples autochtones de l’Amérique du Nord, raconte son ami depuis une soixantaine d’années, Gérald McKenzie.

Début des années 60, les deux amis s'investissent dans Parti pris, la revue politique et culturelle québécoise de gauche, en plus d'être tous les deux enseignants.

Mais l’été et pendant les vacances, Laurent Girouard, qui avait déjà un esprit d’archéologue, entraîne quelques amis, dont Gérald McKenzie, dans ses recherches des vestiges de patriotes. C’était un être entier et on embarquait beaucoup avec lui, se souvient Gérald McKenzie.

Gérald McKenzie propose d’aller explorer un endroit où sa famille passe l’été et qu’elle appelle alors le sentier des Indiens, situé sur une petite pointe de terre s’avançant dans les eaux du lac Saint-Louis, près de Montréal.

Et on a trouvé un des plus gros sites archéologiques : la Pointe-du-Buisson (Nouvelle fenêtre), cinq sites archéologiques majeurs au Québec, relate-t-il.

Le mémoire de maîtrise de Laurent Girouard, publié en 1975, constituait alors la référence pour tous ceux qui voulaient étudier et décrire une collection céramique iroquoienne. Fort de son expérience sur l’impressionnante collection de vases iroquoiens du site du Buisson… il demeure sans conteste un précurseur dans ce domaine, a écrit Claude Chapdelaine dans Laurent Girouard, un pionnier de l’archéologie québécoise en 2013.

D’autant plus que ce n’était pas des sujets d’étude à la mode à l’époque. C’était un phénomène nouveau de découvrir leur présence depuis des millénaires, relate Éric Chalifoux qui le connaissait depuis 17 ans.

Le respect des Premières Nations

Cofondateur de la Société d’archéologie préhistorique du Québec, Laurent Girouard a aussi fondé les éditions Parti pris et en a été le premier directeur en 1964.

Laurent Girouard, c’est une sorte de symbole, lance Gérald McKenzie. À Parti pris, on critiquait le colonialisme subi par les Canadiens français. Puis, on a pris conscience qu’il y avait un autre colonialisme derrière nous : celui subi par les Autochtones.

« Rapidement, il s’est approché des Autochtones et a eu une amitié personnelle avec Max Gros-Louis. Quand ils se rencontraient, ils s’agaçaient tous les deux sans arrêt. Il lui a rendu visite jusqu’à la fin! »

— Une citation de  Gérald McKenzie

Avec Max Gros-Louis, il collabore à la naissance de l’Association des Indiens du Québec, l’ancêtre de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL).

Max Gros-Louis avec son chapeau et sa veste traditionnelle.

Max Gros-Louis a été chef de la nation huronne-wendat pendant 33 ans et a fait connaître les réalités des Autochtones au Canada dans de nombreux pays.

Photo : Radio-Canada

Dans un documentaire de Gérald McKenzie, Max Gros-Louis raconte, à propos de Laurent Girouard : J’ai vu que c’était un gars qui avait des connaissances. Et puis, ce qui n’existait pas beaucoup dans ce temps, c’était le respect des Premières Nations. Je peux vous dire que Laurent, il avait vraiment le respect des Premières Nations, car à ce moment-là, on était encore [vus comme] des maudits sauvages, une gang de buveurs, de batailleurs. Lui, il avait une tout autre idée de nous autres, une idée culturelle, l’idée de respect.

En 1971, il est l’un des fondateurs de la revue Recherches amérindiennes au Québec avec, entre autres, Sylvie Vincent, Rémi Savard et Camil Guy.

C’était quelqu’un de très discret, mais il avait son franc-parler, il pouvait brasser la cage quand même, se souvient l’archéologue Éric Chalifoux, qui est à la rédaction et à la coordination de la Revue d’études autochtones (autrefois Recherches amérindiennes au Québec).

Il reste aussi marqué par sa droiture et sa persévérance.

Durant les années 1980, il a dirigé le bureau d’archéologie d’Hydro-Québec lors de nombreux chantiers de la Baie-James.

Au cours des dernières années, Laurent Girouard a travaillé sur un vaste projet de cartographie numérique de l’occupation du territoire des Innus de la Côte-Nord avec les anthropologues Sylvie Vincent et José Mailhot.

C’était un projet qui lui tenait à cœur et qui a été utilisé essentiellement pour les revendications territoriales par le conseil ITUM (Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam), précise Éric Chalifoux.

Il a fini sa vie là-dessus. Ce sont des cartes à multiples couches. Ça amène sur le territoire, mais avec les histoires de chacun des lieux. C’est, pour moi, une des choses les plus remarquables qu’il ait faites. Laurent a toujours été très entier. Quand il s’embarquait dans quelque chose, il allait jusqu’au bout!, conclut Gérald McKenzie.

Trois hommes sont assis sur scène.

Laurent Girouard, Gérald McKenzie et Camil Guy, trois des six fondateurs de la revue.

Photo : Guillaume Lamy

Laurent Girouard avait demandé l’aide médicale à mourir.

En 2013, Recherches amérindiennes au Québec lui avait consacré un numéro hommage (Nouvelle fenêtre).

Marc Laberge, dans Le parcours d’un pionnier, avait écrit : Comme il aime le dire sur le ton de la plaisanterie, il est devenu archéologue par inadvertance et il a gardé ce cap pendant 40 ans. Ce faisant, il a non seulement aidé les Premières Nations à se réapproprier leur histoire, mais il a aussi donné aux Québécois leur préhistoire.

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