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« Ma mère a vécu dans la peur toute sa vie »

Les deux filles de Morgan Harris, une des femmes autochtones assassinées à Winnipeg, ont livré un vibrant témoignage au grand rassemblement de l’Assemblée des Premières Nations jeudi à Ottawa, réclamant des recherches pour récupérer le corps de leur mère.

La grande cheffe Archibald et deux jeunes femmes.

Cambria Harris et Kera Harris étaient présentes à Ottawa lors du grand rassemblement de l’Assemblée des Premières Nations.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Le moment est solennel. Poignant. Kera et Cambria Harris, les deux filles de Morgan Harris, se tiennent droites devant un parterre de chefs autochtones.

Emmitouflées dans de grosses couvertures offertes par plusieurs femmes, les deux jeunes gardent la tête haute. Le regard dur. Pas une larme ne coule sur leurs joues.

Kera Harris (à gauche) et Cambria Harris (à droite), emmitouflées dans des couvertures.

Des couvertures ont été offertes aux deux filles de Morgan Harris.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Des hommes frappent sur un tambour et entonnent des chants pendant que des femmes font brûler de la sauge.

Les deux sœurs se sont exprimées au sujet de la mort de leur mère de 39 ans, victime du tueur présumé Jeremy Skibicki.

Cachée sous sa frange, Cambria Harris a d'abord pris une grande inspiration avant de commencer son discours.

On sait tous pourquoi je suis ici aujourd'hui. Je suis triste à cause des raisons qui m'ont poussée à être ici, a-t-elle dit.

Horrible, triste, bouleversant, choquée... Cambria Harris a employé des mots durs, la voix tremblante, mais sans flancher.

Cambria Harris.

Cambria Harris a livré un témoignage poignant.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Elle a évoqué les failles du système dans lesquelles sa mère est tombée, ce même système qui, selon elle, abandonne les femmes autochtones.

Ces femmes qui nous ont donné la vie sont sacrées et doivent être considérées comme telles, a-t-elle encore lancé.

Elle a ensuite évoqué sa mère de manière plus précise.

Elle a été un exemple pour moi. Elle avait ce feu qui brûlait en elle. Elle était drôle, déterminée, forte, et elle est partie par la faute d’un tueur, a-t-elle dit.

« Ma mère a vécu dans la peur toute sa vie et elle nous a quittés avec cette peur. »

— Une citation de  Cambria Harris

Pourquoi? Pourquoi ça continue d'arriver et pourquoi on continue de laisser faire? a-t-elle demandé en réprimant un sanglot.

La jeune femme a rappelé qu’en plus d’avoir perdu sa mère, sa propre fille a aussi perdu sa grand-mère. Elle a exhorté le gouvernement à prendre des mesures concrètes pour mieux protéger les femmes autochtones.

Sa sœur, Kera Harris, a ensuite pris le relais. Ces femmes n’ont pas reçu l’aide dont elles avaient besoin, a-t-elle déclaré.

Kera Harris de profil devant un micro.

Kera Harris estime que des fouilles pour retrouver les restes de sa mère doivent absolument être menées.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

« Je suis dévastée par la nouvelle qui nous réunit ici. Aujourd’hui, nous parlons pour toutes les femmes disparues et assassinées. Il faut que la voix des femmes soit entendue. »

— Une citation de  Kera Harris

Les deux jeunes femmes se sont surtout présentées comme la voix de ces familles qui réclament des fouilles pour retrouver les restes de leur mère. Selon la police municipale, ces restes se trouveraient dans le dépotoir de Prairie Green.

Mardi, les autorités policières de Winnipeg avaient expliqué la complexité pour elles de mener des recherches à cet endroit.

La police dit qu'il est impossible de mener ces recherches alors que ces femmes le méritent, a lancé Cambria Harris.

Une jeune femme se fait offrir une couverture.

La mère des deux jeunes femmes a été assassinée à Winnipeg et ses restes sont encore introuvables.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

En effet, la police a évoqué les monceaux de déchets et de débris déversés à cet endroit, de même que les nombreux restes d’animaux qui y sont mêlés. Ces réalités compliquent les recherches, selon elle.

Je suis navrée que les restes de ces femmes ne puissent pas être retrouvés. Mais c'est possible de le faire, même si cela va demander beaucoup de travail. Nous avons la technologie aujourd'hui pour distinguer des restes humains de restes d'animaux, a rétorqué Kera Harris.

Cette jeune femme de la communauté de Long Plain a aussi rappelé l’importance pour les Autochtones de pouvoir se recueillir grâce à des sépultures appropriées.

Jeremy Skibicki a été accusé du meurtre de quatre femmes autochtones, dont l’une d'elles n’a toujours pas été identifiée. Son avocat a informé le tribunal que son client allait plaider non coupable.

Au Canada, les femmes autochtones courent douze fois plus le risque d'être assassinées que les autres Canadiennes.

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