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Chronique

Territoires autochtones : l’angle mort de la biodiversité

Un doigt pointé vers un collet à lièvre en pleine forêt

Cécile Ambroise montre la bonne hauteur pour installer le collet à lièvre. Chaque centimètre compte.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Edith Bélanger

Montréal est l’hôte de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité ou COP 15. Les attentes sont élevées pour cette rencontre au sommet qui doit réunir pas moins de 17 000 délégués. Mais qu'en est-il du savoir millénaire des Autochtones dans la préservation de la biodiversité?

L’inquiétude planétaire est grande et les études les plus sérieuses sont plutôt pessimistes. Les humains ont tenu pour acquise la planète et ont négligé d’en prendre soin.

Le discours actuel des scientifiques ne fait que confirmer ce que les peuples autochtones de partout sur la planète savent depuis fort longtemps. Et pourtant, on ne les écoute pas.

Et pourtant, ils seront les premiers à payer le prix de la perte de la biodiversité et des grandes perturbations liées aux changements climatiques.

En effet, de nombreuses communautés autochtones vivent dans un état de précarité qui résulte de siècles de mépris des autorités coloniales envers leurs modes de vie et leurs schèmes de subsistance.

Au Canada, la preuve n’est plus à faire. Les populations des Premières Nations, Métis et Inuit ne bénéficient pas des mêmes services que les autres Canadiens.

Quand on parle de cette discrimination systémique, on pense souvent aux problèmes liés aux infrastructures telles que l’eau potable, le sous-financement des services ou les enjeux de logement. Or, on oublie souvent un aspect fondamental : l’accès au territoire et la souveraineté de sa gestion.

Depuis des millénaires, les peuples autochtones cultivent des liens d’interdépendance avec leurs territoires et tout ce qui y vit. Cette relation unique est garante d’un souci de préservation pour le bien de la collectivité, autant pour ses contemporains que pour les générations futures, et engendre des comportements écoresponsables.

Maintenir l’équilibre, voilà le savoir-faire ultime que nous ont légué nos ancêtres.

C’est aussi sur ce point que l’anthropocène – cette période amorcée par la machine à vapeur et qui se caractérise par des conséquences désastreuses de l’activité humaine sur la planète – est en train de l’échapper...

Pourtant, quand c’est le temps de bien paraître, les ministères et organisations gouvernementales disent vouloir valoriser les savoirs traditionnels autochtones. Ça sonne bien, ça fait très discours de la réconciliation.

S’il y a une réelle volonté d’honorer les savoirs traditionnels autochtones, essentiels à la préservation de la diversité, pourquoi n’y a-t-il pas plus de territoires entièrement gérés par ces communautés?

Justement, un récent reportage sur la création d’une aire protégée de conservation autochtone de la nation dénée aux Territoires du Nord-Ouest rapportait qu’il a fallu pas moins de 20 ans pour que les communautés en reprennent le plein contrôle.

Dans un pays qui a adopté une Loi sur la Déclaration des Nations unies sur les droits de peuples autochtones, il y a urgence de faire mieux en termes de délais. Concernant la situation écologique actuelle, tout comme les menaces à l’érosion de nos cultures traditionnelles, il est minuit moins une... Au moment où le gouvernement Legault annonce qu’il entend (enfin!) rattraper son retard au niveau de la protection de certaines espèces en danger, j’ai une pensée pour les communautés qui tirent depuis tellement longtemps la sonnette d’alarme face au déclin des populations de caribous et d’orignaux.

Si les savoirs traditionnels autochtones étaient vraiment pris en considération, il n’y aurait pas tant d’opposition aux travaux forestiers sur les territoires ancestraux et les communautés n’auraient pas ces frustrations récurrentes d’être consultées de manière superficielle par les gouvernements sans jamais vraiment être entendues.

On voudrait l’expertise des anciens, des aînés autochtones, mais sans les avoir aux tables de discussion ou sur le terrain...

On peut se demander quel sera l’effet du changement de structure proposé par la CAQ qui a déplacé la responsabilité de la faune et des parcs sous le ministère de l’Environnement.

Souhaitons que cela ne crée pas davantage de problèmes de cohérence entre les missions de ces deux ministères. En effet, les coupes forestières et les plans d’aménagement du territoire sont faits avec très peu d’égards envers les territoires ancestraux non cédés et leurs populations qui, pourtant, les connaissent mieux que quiconque.

Sachant que la perte d’habitat est directement responsable de la perte de la biodiversité, je suis préoccupée de savoir de quelle manière les ministères Environnement et Forêt travailleront de concert.

Il y a un danger à trop compartimenter les rôles et responsabilités, car ça devient plus facile de pelleter les problèmes dans la cour du voisin. Ici aussi, les valeurs autochtones faisant appel à une vision plus holistique – plus globale – des relations entre l’humain et son environnement sont porteuses d’enseignements importants qui devraient guider les décisions.

La terre ne nous appartient pas, nous en avons la responsabilité, le temps d’une vie, pour que nos descendants puissent aussi y vivre.

Or, tant que les gouvernements craindront les revendications territoriales autochtones pour des raisons politiques et financières, les décisions continueront à se prendre en l’absence de ceux qui ont les codes d’accès à des solutions vieilles comme le monde, mais efficaces.

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