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Le pianiste Salvador Chavajay signe un album rap enraciné dans sa langue autochtone

Alors qu’un deuxième album est en préparation, l’artiste d'origine guatémaltèque a annoncé qu’il fera les premières parties des concerts de Samian en 2023.

Un homme

Le rappeur Salvador Chavajay est pianiste de formation.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Ismaël Houdassine

Les mots claquent aux sons des rythmes de la musique classique. Le rappeur Salvador Chavajay offre un premier album lumineux associant langue maya (tz’utujil) et notes de piano, instrument qu'il maîtrise à la perfection.

Pour marquer la sortie de son opus Chavahaze – baptisé ainsi en l’honneur d’un aïeul troubadour – l’artiste autochtone formé au prestigieux Conservatoire Tchaïkovsky, à Moscou, raconte son parcours étonnant des rives du lac Atitlán, au Guatemala, jusqu’à Saint-Basile-le-Grand, au Québec.

La langue maya est ma langue maternelle, raconte Salvador Chavajay. J’ai appris l’espagnol enfant quand j’ai commencé à fréquenter l’école. Dans ma famille, dans la rue ou avec les amis, on ne parlait pas l’espagnol.

C’est donc naturel que les neuf titres de son premier album soient tous interprétés en tz’utujil, ajoute-t-il. Mon idiome me permet de jouer avec les mots et les phrasés. J’aborde des thèmes intimes et très personnels. Tout cela n’aurait pas été possible dans une autre langue.

L’artiste est né à San Pedro La Laguna à plus de 170 kilomètres à l’ouest de la capitale Guatemala City, en Amérique centrale. Chez nous, la grande majorité de la population est autochtone, indique-t-il. Le pays compte une vingtaine de langues autochtones! Les langues et les traditions sont encore très vivantes.

C’est donc pour honorer sa culture et la mémoire de ses ancêtres que le rappeur ouvre son album avec la chanson Chavahaze. Je viens d’une famille d’artistes. Mon arrière-grand-père jouait déjà de la musique pour les "fiestas patronales". Il faisait la tournée des villages à pied en transportant son instrument sur le dos.

« Mon village natal est un endroit festif. La musique est partout. J’ai été [exposé à] de nombreuses influences comme les mélodies des premiers peuples, la salsa, le jazz ou le reggae. »

— Une citation de  Salvador Chavajay

Ainsi, la musique (Q'ojoom en maya) accompagne les Chavajay depuis des générations. Un jour, un professeur qui a décelé la précocité du jeune musicien convainc les parents de Salvador de le laisser partir pour la capitale afin d’étudier le piano au conservatoire.

Je suis parti dès l’âge de 12 ans vers la grande ville. J’ai eu du mal à m’adapter avec la langue espagnole que je connaissais mal à l’époque, mais je me suis concentré sur mon apprentissage. Mon mode d’expression, c’était la musique.

Un artiste qui a roulé sa bosse

Un brin nostalgique, l’artiste, aujourd’hui âgé de 32 ans, narre son parcours qui n’a pas toujours été un long fleuve tranquille avant de s’installer définitivement au Canada en 2016.

J’ai gagné une bourse d’études en Italie qui m’a mené au Conservatoire Stanislao Giacomantonio, énumère-t-il. Après avoir passé quelque temps au Costa Rica et en Russie, je me suis produit sur diverses scènes à Cuba et aux États-Unis.

« Mes parents n'ont jamais arrêté de me soutenir. Ils n'étaient pas pauvres, mais ils n'étaient pas riches non plus, pas au point de pouvoir m'acheter un piano. »

— Une citation de  Salvador Chavajay

Sa vie professionnelle l’a également mené plusieurs fois au Québec. Il a notamment été le pianiste aux Grands Ballets Canadiens, à l’École de ballet classique du Haut-Richelieu et à l’École supérieure de ballet. De retour dans son coin de pays, au Guatemala, Salvador Chavajay a continué à faire de la musique dans un hôtel touristique afin de gagner son pain.

Ma rencontre avec Louise-Marie Beauchamp a été une belle opportunité. Elle cherchait un pianiste pour l’accompagner dans ses tournées.

La chanteuse lyrique et fondatrice des Jardins de Marie Bio, à Saint-Basile-le-Grand, a fait venir le jeune homme au Québec. Il s’est alors investi dans plusieurs projets musicaux qui lui ont fait rencontrer un certain nombre de personnalités, comme Esther Péladeau, sœur du magnat de la presse Pierre Karl Péladeau, ou Samian. Ce dernier distribue d’ailleurs son opus par l'intermédiaire de son étiquette Nikamo Musik.

Le premier piano que j’ai possédé dans ma vie, c’est quand je me suis installé à Saint-Basile-le-Grand. C’est Esther Péladeau qui me l’a offert. Elle me l’a livré à mon domicile pour que je puisse continuer de pratiquer dans de bonnes conditions.

Un homme porte un manteau avec une capuche sur la tête.

Salvador Chavajay réside aujourd’hui à Saint-Basile-le-Grand au Québec.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Un temps agriculteur au Québec, Salvador Chavajay est ensuite allé planter des arbres dans les Prairies canadiennes pendant la pandémie. C’est à ce moment-là que j’ai eu le projet de mon premier album. J’ai commencé à écrire mes textes et à penser à ma composition pendant mes temps libres dans le bois.

« Le rap est venu dans ma carrière un peu par hasard. À mon avis, la musique commence à devenir intéressante quand il y a mélange des genres. »

— Une citation de  Salvador Chavajay

Celui qui se considère davantage comme un serviteur de la musique offre depuis le 18 novembre sur toutes les plateformes numériques un opus hybride, enregistré en 2022, combinant pièces du répertoire classique et paroles engagées.

Les grands compositeurs tels Mozart, Chopin ou Rachmaninov accompagnent le flot des mots. C’est un brassage entre la force de la musique classique, la langue ancestrale autochtone et l’énergie du rap.

Les titres des chansons font naître à l’esprit mille et une images. Tzolkin renvoie au fameux calendrier maya doté de pouvoirs divinatoires. Une autre chanson aux consonances mystérieuses (Tati’xeel) aborde le symbole suprême du soleil pour la civilisation précolombienne avec en toile de fond une version du Prélude no 16 en sol mineur de Jean-Sébastien Bach.

Entre mysticisme et répertoire classique, l’artiste n’hésite pas à scander ses espoirs et ses préoccupations. Une pièce annonce par exemple des heures sombres pour le genre humain. Avec Apocalypses, je parle de la crise climatique et de l’environnement. Si on ne fait rien pour sauver la nature, c’est nous qui allons finalement disparaître de la surface de la Terre.

Parfois un pamphlet contre les abus et la corruption des élites, mais aussi une magnifique lettre d’amour (Melody) pour sa fille de neuf ans, les propositions de Salvador Chavajay sont au fond un véritable cri du cœur pour un monde meilleur.

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