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Le combat d’Autochtones contre les barrages hydroélectriques, filmé pour l’Histoire

La réalisatrice haïda Heather Hatch braque ses caméras sur la lutte acharnée menée par des communautés de l’Ouest canadien pour empêcher la construction d’un barrage de BC Hydro sur la rivière de la Paix. Une poignante variation de « David contre Goliath », à découvrir aux RIDM.

Diane Abel tient dans les bras sa petite fille en regardant le paysage du futur barrage.

Diane Abel, une grand-mère de la Première Nation des Dunne-Za, se bat pour défendre ses terres ancestrales contre la construction d'un autre barrage sur la rivière de la Paix, dans le nord-est de la Colombie-Britannique.

Photo : Heather Hatch

« Il y a cette belle idée que les barrages constituent de l'énergie verte, mais ils sont dévastateurs pour l'eau, la terre, les gens qui y vivent, et au Canada, ils finissent généralement sur les terres des Premières Nations », s’indigne Heather Hatch, la réalisatrice du poignant documentaire Wochiigii lo: End of the Peace.

Le film, tourné sur cinq ans dans le nord de la Colombie-Britannique, plonge le spectateur dans des paysages verdoyants d’une beauté toute cinématographique. En contrebas coule la rivière de la Paix, que cherchent à protéger Diane Abel et le chef Roland Willson, de la Première Nation de West Moberly.

Derrière son nom générique, le site C représente un mégaprojet hydroélectrique de plusieurs milliards de dollars qui menace l’environnement et la culture autochtone. Il est présenté comme une source de revenus et d’emplois incomparable pour la classe politique au pouvoir qui l’agite comme un argument électoral irréfutable.

Émue par cette bataille digne de David contre Goliath, Heather Hatch a décidé de la porter au grand écran pour contribuer à faire connaître les revendications de ces communautés qui passaient inaperçues dans l'histoire du Canada, observe-t-elle.

La réalisatrice Heather Hatch.

Heather Hatch, cinéaste haïda ayant grandi à Vancouver, croit que le colonialisme devrait être le point de réflexion initial pour aborder de tels enjeux.

Photo : Dwayne Martineau

Mission réussie : son documentaire a même connu une trajectoire internationale en passant par le Festival de Cannes après avoir été lancé au TIFF à Toronto.

Il sera projeté les 26 et 27 novembre aux RIDM en compagnie de la réalisatrice; l’occasion de débattre d’un sujet pancanadien qui concerne aussi bien la Colombie-Britannique que le Québec où, faut-il le rappeler, les projets énergétiques du premier ministre François Legault redonnent une actualité brûlante à ces enjeux environnementaux et culturels complexes.

Intraitables traités

Comme le démontre le film, un certain nombre de Premières Nations estiment que la construction du barrage enfreint le Traité 8 signé en 1899, lequel garantit aux signataires qu’ils pourront toujours continuer à chasser, pêcher, trapper et cueillir sur tout le territoire concerné et que le traité n'entraînerait aucune interférence forcée avec leur mode de vie.

Le film illustre bien comment sur le terrain, la réalité est tout autre. Les précédents travaux d’infrastructure de BC Hydro ont rendu le poisson impropre à la consommation à cause du mercure et des métaux lourds relâchés dans l’environnement. Les zones de chasse ancestrales n’attirent plus les caribous, désorientés dans leurs migrations. Certaines communautés le long de la rivière ont dû être déplacées.

Quant aux consultations menées avec les Premières Nations, le documentaire souligne qu'elles relèvent davantage de la présentation de projet que du véritable dialogue, quand elles ne se transforment pas tout bonnement en menaces explicites. L’une des protagonistes se souvient d’un échange particulièrement musclé avec des représentants de BC Hydro : Si vous ne nous vendez pas votre maison maintenant, elle va s’effondrer!

Au plus près de ses personnages, la caméra d’Heather Hatch rend hommage à la combativité de Diane Abel et du chef Roland Willson, deux figures prépondérantes d'une lutte multigénérationnelle avec moult rebondissements judiciaires.

Division et usure judiciaire

Les embûches ne manquent pas sur leur chemin, face au puissant promoteur. Le gouvernement provincial de la libérale Christy Clark promet haut et fort que le projet du site C atteindra le point de non-retour qui empêchera tout gouvernement futur de l'annuler.

Une poursuite de 420 millions de dollars sera même engagée contre les opposants, du jamais-vu dans l'histoire du Canada.

« Quel choix avez-vous, quand ils vont vous enlever votre culture, votre vie, votre héritage? Et que pouvez-vous laisser à vos enfants? Soit vous mourez culturellement, soit vous vous battez.  »

— Une citation de  Heather Hatch, cinéaste haïda

Les longs plans-séquences de paysages bucoliques alternent avec des témoignages aux émotions fortes. Le spectateur comprendra combien la force de ces héros environnementaux puise ses racines au plus profond de leur être.

Diane s'est engagée à raconter l'histoire en l'honneur de son oncle Max, témoigne Heather Hatch. Il était important pour elle de continuer son combat, car il a grandi avant une grande partie de la construction du second barrage, et sur son lit de mort, il lui a demandé de ne pas abandonner le combat.

Onéreuses, les poursuites judiciaires finissent par créer des démissions. À l'instar de nombreux projets exploitant les ressources naturelles, les accords financiers passés avec certaines nations mais pas d'autres divisent.

Quand nous parlons de division des communautés, nous parlons de divisions entre les familles, parce que les gens sont cousins, oncles, précise la documentariste, et ces divisions brisent les familles, leur morale.

Cette politique du diviser pour mieux régner est symptomatique d'un système colonialiste, dénonce-t-elle.

Filmer pour la mémoire collective

Le film sorti en 2021 ne montre que cinq années du combat de la Première Nation de West Moberly. Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'en juin 2022, cette nation a conclu un accord partiel avec BC Hydro et les gouvernements provincial et fédéral dans le cadre d'une action en justice au civil contre le barrage hydroélectrique du site C.

Je pense qu'ils ont réalisé qu'ils n'allaient jamais arrêter de construire le barrage, analyse Heather Hatch, mais cela ne veut pas dire qu'ils acceptent la décision ni que ce n'est pas une violation de leur traité.

Même s'ils ne sont désormais plus capables de gagner en justice, c'est important qu'ils se soient battus parce que, surtout maintenant que c'est documenté, nous pouvons regarder ce morceau d'histoire et essayer de faire mieux en termes de réconciliation, conclut la réalisatrice.

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