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Chronique

La réconciliation économique

La contestation de certains projets par les Autochtones n'est pas signe d’un refus de participer au développement économique. C’est plutôt une invitation à le faire autrement, écrit notre chroniqueuse.

Pêcheur sur le quai avec des cordages et des casiers à homard.

Pêcheur autochtone le 22 octobre 2020 à Saulnierville, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / Eric Woolliscroft

Edith Bélanger

La semaine dernière à Val-d’Or se tenait l’évènement du Grand Cercle économique régional des Premières Nations. Cet évènement visant à favoriser la pleine participation des communautés, organisations et entreprises autochtones à la reprise économique est aussi l’occasion de faire quelques réflexions sur le sujet.

Ces rencontres interpellent, notamment, les élus et les milieux d’affaires pour faire valoir le potentiel énorme que représente la collaboration avec les Premières Nations sur les plans du développement de nouveaux marchés et de potentiels partenariats.

Les entreprises sont invitées à s’engager à explorer de nouvelles avenues permettant soit de recruter davantage de travailleurs autochtones ou d’avoir une démarche plus inclusive par rapport à l’implication des gouvernements des Premières Nations dans l’élaboration de projets.

Évidemment, il faut se réjouir de ce genre d’initiatives. Toutefois, il faut aussi prendre conscience qu’il s’agit d’un rappel qu’il existe encore des inégalités flagrantes en matière de santé économique dans ce pays. S’il faut encore insister à ce point aujourd’hui, en 2022, sur le fait que nos communautés peuvent et doivent prendre pleinement part à la relance économique, c’est bien parce que cela n’apparaît pas comme une évidence pour tous.

Plus que deux solitudes

En effet, s’il faut sans cesse que les communautés autochtones rappellent aux gouvernements qu’il existe un système à deux vitesses qui les tient trop souvent dans une situation défavorable, est-il possible que les milieux d’affaires perçoivent de manière peu avantageuse la collaboration avec les Premières Nations en raison d’un préjugé de pauvreté relative?

Le manque de connaissances des réalités autochtones contribue aussi au maintien d’une indéniable distance entre les milieux d’affaires allochtones et les milieux autochtones.

Pensons seulement aux idées reçues concernant les particularités fiscales en contexte autochtone. Certains stéréotypes ont la couenne dure et cela nécessite tout un travail d’éducation pour expliquer la nature de la relation financière entre les communautés et le gouvernement fédéral auprès d’entreprises privées qui n’ont pas du tout l’habitude de s’enfarger dans de tels niveaux de complexité pour la conduite régulière de leurs affaires.

L’argent ne se mange pas, mais...

Un autre obstacle fréquemment allégué pour justifier la faible participation des Premières Nations aux grands projets de développement économique est sans doute lié à la souveraineté territoriale. N’ayons pas peur des mots, cet enjeu est littéralement une patate chaude.

La relation entre les peuples autochtones et leur territoire est essentielle et la préservation de ce lien est un droit inaliénable et fondamental qui prend racine dans l’origine millénaire de nos nations. Ce lien sacré avec la Terre nous invite à la plus grande prudence lorsqu’il est temps notamment d’exploiter les ressources naturelles des territoires légués par nos ancêtres pour les générations futures.

La sagesse traditionnelle ne manque pas de nous le rappeler, notamment avec le dicton L’argent ne se mange pas, de même que par les récents mouvements d’opposition à des projets d’extractivisme de grande envergure.

Le spectre des revendications territoriales et des oppositions/interruptions de projets fait peur. Or, ce serait une erreur de conclure que ces soulèvements sont le signe d’un refus de participer au développement économique. C’est plutôt une invitation à le faire autrement.

L’éducation, la clé du partage

Même chose pour ce qui concerne les retombées réelles des projets, les répercussions et les redevances à verser aux communautés, il ne peut pas y avoir de réelle collaboration sans avoir pris en compte les écarts considérables et le retard socio-économique bien réel de plusieurs communautés qui les placent dans une mauvaise posture pour jouer d’égal à égal sur le terrain de jeu des investissements et des grosses affaires.

Comment pourrait-il en être autrement après des siècles d’application de politiques infantilisantes visant à maintenir les peuples autochtones dans un état de dépendance envers la Couronne?

S’il était possible de changer les préconceptions et les appréhensions derrière certains projets, il me semble qu’on irait dans la bonne direction. S’il était possible de se lancer en affaires ensemble sur une base plus égalitaire, fort probable que l’on verrait une plus grande représentation autochtone dans le milieu économique.

Pour y arriver, il faut se parler. Après tout, le monde des affaires contient son lot de codes et de pratiques qui peuvent sembler hermétiques pour certains, tout comme c’est le cas pour le monde autochtone. Rien de tout cela n’est insurmontable, au contraire, c’est même tout à fait réalisable.

L’avenir nous le dira, mais il me semble voir poindre à l’horizon les premières lueurs d’une réconciliation économique.

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