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Autonomie et savoirs autochtones pour faire face à l’urgence climatique

Page couverture de L'état du Québec.

Publié par l'Institut du Nouveau Monde, l'ouvrage L'état du Québec est remis chaque année à l'ensemble des élus de l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada

Chaque année l’ouvrage L’état du Québec réunit des textes visant à éclairer un débat d’actualité. En 2023, la publication s’intitule Urgence climatique : Agir sur tous les fronts, et un de ses chapitres pose un regard autochtone sur la question.

L’autodétermination et les savoirs autochtones sont des clés de l’adaptation aux changements climatiques, y font valoir Suzy Basile et Ioana Radu, toutes deux professeures à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Les peuples autochtones ont élaboré une vision du monde où l’être humain fait partie de la nature et doit apprendre à vivre avec elle dans un esprit de respect et de réciprocité, écrivent les autrices.

À l’échelle de la planète, ils sont les gardiens du territoire depuis des millénaires et 80 % de la biodiversité mondiale se trouve dans leurs territoires traditionnels, souligne Ioana Radu en entrevue avec Espaces autochtones, ajoutant qu’ils sont particulièrement vulnérables aux impacts des changements climatiques.

Ils ont aussi établi des systèmes de gouvernance qui, à la base, ont une vision où l’environnement et la nature sont au cœur des relations entre les humains et le territoire et où l’équité entre les générations est une valeur importante, poursuit Ioana Radu.

Ces connaissances devraient être valorisées et utilisées afin de co-construire des solutions pour faire face aux problèmes environnementaux, affirme la chercheure, qui souligne que ces savoirs ont un potentiel qui a été reconnu par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC).

Elle donne l’exemple de la table ronde autochtone du caribou de la péninsule d'Ungava, qui a réuni des représentants des peuples cri, innu, inuit et naskapi afin de mettre sur pied une stratégie de gestion de l’espèce pour la période allant de 2017 à 2117.

Ou encore l’initiative de la Nation Waban-Aki dans le Centre-du-Québec afin de documenter les impacts des changements climatiques sur l’abondance et la distribution des plantes et des animaux, et leurs conséquences sur les activités traditionnelles.

L'importance d'agir localement

Ioana Radu.

Ioana Radu est professeure à l'École d'études autochtones de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : UQAT

Ioana Radu lance toutefois une mise en garde face à la tentation de chercher des solutions universelles, alors qu’il est nécessaire de tenir compte des circonstances locales.

Cela est d’autant plus important que les transformations de l’environnement en raison des changements climatiques ont un impact sur la santé mentale. Ioana Radu évoque le néologisme solastalgie, soit le sentiment d’impuissance devant un environnement qui est détruit

Pour les peuples autochtones, c’est comme un deuil écologique qu’on voit dans les communautés, avec le changement climatique, mais aussi le développement des ressources naturelles, explique-t-elle. C’est un sentiment de ne pas se sentir chez nous, même si on est chez nous.

Plusieurs autres aspects des changements climatiques trouvent leur place dans L’état du Québec 2023, notamment les défis des municipalités et de la santé publique. Le recueil met en lumière de multiples facettes des difficultés qu’ont les gouvernements et les citoyens à se mettre en action.

L’ouvrage se termine avec le regard du jeune Jimmy Angel Bossum, Innu de Mashteuiatsh, qui, parmi plusieurs projets, organise une marche de 100 km en territoire pour les jeunes de sa communauté.

Le territoire, c’est notre université, c’est là où les aînés nous apprennent notre savoir-faire, mais surtout notre savoir-être, ce qu’on appelle le respect. C’est ce même respect, pour la nature, qui nous permet de survivre des générations durant, dit-il.

Le jeune homme conclut en souhaitant un véritable dialogue de nation à nation, afin de prendre le temps de guérir le territoire pour les sept prochaines générations.

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