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Laissez-nous raconter, un saut dans l’authenticité des 11 nations autochtones du Québec

Des personnalités inuit et membres des Premières Nations s’expriment sur plusieurs enjeux comme le territoire, l’identité, la spiritualité et la réparation.

Une homme joue du tambour aux côtés d'une femme

La production donne la parole à une centaine d’intervenants.

Photo : Radio-Canada

Ismaël Houdassine

Que savons-nous de la réalité des premiers peuples du Québec? Sur leurs traditions, leurs savoirs et leurs histoires? La série documentaire Laissez-nous raconter, bientôt diffusée sur ICI Télé, brosse un portrait inédit des 11 nations autochtones de la province, une véritable porte ouverte sur les richesses et la diversité des cultures.

Diffusés les samedis à partir du 19 novembre à 21 heures, les quatre épisodes réalisés par la cinéaste abénakise Kim O'Bomsawin donnent avant tout la parole aux premiers peuples du Québec. Hommes et femmes, jeunes ou moins jeunes, nous relatent ce qu’ils sont à travers leurs langues, leur spiritualité ou bien les liens particuliers qu’ils continuent d’entretenir avec leur territoire ancestral.

L’objectif de la série, c’est de proposer une incursion très intime dans nos communautés, c'est qu'elle représente une célébration de nos cultures et d’une certaine renaissance, a expliqué cette semaine Kim O’Bomsawin lors d’une table ronde à laquelle Espaces autochtones a été convié.

La réalisatrice a souligné que, même si les épisodes abordent des moments douloureux et sombres pour les nations autochtones comme les déplacements forcés ou la période des pensionnats, la série en forme de fresque met aussi l’accent sur la force de résilience.

On ne met pas de lunettes roses, mais la série s’attarde davantage à ce que l’on est en train de se réapproprier, a-t-elle dit. On célèbre notre résistance qui démontre que nos voix méritent d’être entendues.

Deux femmes de différente génération.

Les témoignages parsèment les épisodes dans un échange constant.

Photo : Radio-Canada

La cinéaste a toutefois regretté que les peuples autochtones soient souvent réduits à travers les drames ou les problèmes sociaux. C’est pourquoi elle a choisi d’offrir une approche plutôt lumineuse, loin du misérabilisme mêlant au contraire richesses des récits et légendes multimillénaires.

Quand je vais dans n’importe quelle communauté, je fais la connaissance de gens accueillants qui nous invitent à manger, à partager et à raconter des histoires.

Ces voix sont d’ailleurs multiples et variées. Des Abénakis aux Naskapis, en passant par les Atikamekw, les Cris (Eeyou), les Wendat, les Innus, les Mi’kmaq, les Anishinabe, les Mohawks (Kanien’kehà:ka), les Inuit et enfin les Wolastoqiyik (Malécites), toutes les nations du Québec sont ici représentées.

« Il n’y a pas tant de monde au Québec qui sait qu’il y a 11 langues autochtones et autant de premiers peuples, et encore moins qui est capable de les nommer. La série c’est également l’opportunité de créer des ponts entre les peuples. »

— Une citation de  Kim O'Bomsawin, réalisatrice

Kim O'Bomsawin a indiqué qu’elle et son équipe n’ont pas lésiné sur les efforts pour aller à la rencontre des populations, et ce, aux quatre coins du Québec, mais aussi en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans le Maine. Un tournage sur le terrain qui s’est déroulé entre septembre 2020 et mai 2022.

On a parcouru plus de 25 000 kilomètres et rencontré plus d’une trentaine de communautés et villages, a-t-elle raconté. Je crois qu’on a là un portrait assez sincère de qui nous sommes en tant que premier peuple.

Un homme assis sur un traîneau à chiens.

L’équipe de production a utilisé différents moyens de déplacement pour aller à la rencontre des communautés que ce soit en voiture, en avion, en hydravion, en hélicoptère, en train, en motoneige, en canot ou même à vélo.

Photo : Radio-Canada

Les chapitres de la série Laissez-nous raconter – produite par Francine Allaire pour Terre Innue – sont divisés en quatre thèmes : le territoire, l’identité, la spiritualité et la réparation. Les deux premiers épisodes, que nous avons pu visionner en exclusivité, sont riches en rencontres et en échanges, le tout narré par Marie-Andrée Gill, poète innue de Mashteuiatsh.

Nos communautés sont, selon moi, rendues à l’étape de guérison assez avancée, a précisé Kim O'Bomsawin. Beaucoup sont portés vers l’avenir, heureux d’être membre d’une Première Nation. On a des artistes, aujourd’hui, présents dans tous les domaines.

La production, amorcée à l’origine par Réginald Vollant décédé en 2018, jouit en effet d’une flopée d’intervenants, connus et moins connus, issus de tous les milieux et de différentes générations. Leurs expériences ainsi partagées à la caméra sont comme des fenêtres ouvertes sur une vision du monde et un récit personnel ancré sur la fierté d’être autochtone.

Mentionnons la participation du ténor wolastoqey Jeremy Dutcher, mais également celle de l’artiste atikamekw Eruoma Awashish, l’ancien grand chef du Grand Conseil des Cris Matthew Mukash, l’astrophysicienne innue Laurie Rousseau-Nepton et le rappeur mi’kmaw Quentin Condo.

Ce dernier estime que la série documentaire est une occasion pour les jeunes Autochtones de s’exprimer enfin de manière positive. Les Premières Nations veulent prendre leur place et elles voient que dorénavant, il y a de nombreuses possibilités qui s’ouvrent, a noté le rappeur.

« Les spectateurs vont écouter nos vraies histoires, les choses que l’on fait au quotidien pour la protection de notre environnement naturel, et je suis heureux de voir que les gens sont prêts à nous entendre. »

— Une citation de  Quentin Condo, rappeur

Quentin Condo croît qu’une série comme Laissez-nous raconter est une manière de remettre plusieurs pendules à l’heure en ce qui concerne l’éducation et la place des premiers peuples dans les programmes scolaires. Il a mentionné pour exemple la vitalité des discours et des initiatives que l'on peut retrouver sur les plateformes en ligne comme TikTok et autres.

Un groupe de personnes discutent autour du feu en buvant du thé.

La série documentaire s’ouvre sur la chanson thème Nika uitenan qui signifie « On va vous raconter ».

Photo : Radio-Canada

Le rappeur a rappelé que les premiers peuples du pays ont à ce titre beaucoup à partager avec les autres, notamment sur la préservation de la nature et le respect envers les aînés. Il invite les gens, Autochtones ou pas, à aller à la rencontre des communautés du Québec.

Ce sont les aînés qui nous transmettent leurs savoirs ancestraux. Il faut s’asseoir avec eux autour d’un repas ou un thé et on les écoute. Ils sont au cœur de notre culture.

Outre sa diffusion au petit écran, notons que la production Laissez-nous raconter se déploie sur différentes plateformes qui vont du balado sur Radio-Canada OHdio au site Internet. Une exposition, un film en dôme immersif présenté au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal et la publication de guides pédagogiques sont aussi au programme.

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