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Le réaménagement de l’ancien Royal Victoria engendre des tensions

Alors que le gouvernement supervise des travaux à l’ancien hôpital Royal Victoria, un groupe de femmes mohawks s’y oppose. Depuis, une série d'événements sont survenus et ne cessent de complexifier le dossier.

L'ancien hôpital Royal Victoria.

L'ancien hôpital Royal Victoria, construit à la fin du 19e siècle.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils veulent réaménager l’ancien hôpital Royal Victoria. Elles veulent les stopper pour retrouver d’éventuels corps qui resteraient en dessous. Entre les instigateurs de ces travaux et les mères mohawks, le dialogue semble rompu.

Depuis plusieurs mois, le groupe appelé Mères mohawks (kanien’kehá:ka kahnistensera) s’oppose à ce projet. Elles estiment que les travaux passent avant la recherche d'éventuels corps d’Autochtones enterrés il y a quelques décennies sur place.

Ces Autochtones auraient selon elles été victimes des expériences psychiatriques menées par le Dr Donald Ewen Cameron à l'Institut Allan Memorial de McGill dans les années 50 et 60.

Un bâtiment en pierres.

L'Institut Allan Memorial à Montréal est le lieu où des expériences ont été menées par le Dr Donald Ewen Cameron.

Photo : CBC

Plus généralement, elles affirment que les terrains de l’hôpital et le mont Royal en général font partie d’un territoire non cédé et que, par conséquent, les Autochtones devraient être consultés pour tout projet.

Leurs allégations se basent sur plusieurs témoignages et des articles de journaux qui ont été présentés à la cour.

Les Mères mohawks ont déposé une demande d’injonction interlocutoire pour que ces travaux soient suspendus. Elle sera d’ailleurs entendue ce mercredi 26 octobre.

En 2016, l'Université McGill, à laquelle est rattaché l’hôpital, a commandé une étude sur le potentiel archéologique de l'emplacement de l'hôpital Royal Victoria.

Selon cette étude, il est peu probable que des restes de corps autochtones soient trouvés sur les lieux du projet.

Vandalisme

Mais ces dernières semaines, les choses ont évolué. Surtout depuis que des activistes sont entrés cagoulés et ont vandalisé les locaux d’Arkéos, l’entreprise d’archéologie mandatée par la Société québécoise des infrastructures (SQI) et l’Université McGill pour effectuer des recherches sur le terrain.

Un mur sur lequel est marqué : « Respectez la souveraineté »; il y a aussi une armoire dans laquelle on voit des livres.

Les locaux d'Arkéos ont été vandalisés par un groupe d'anarchistes.

Photo : Site MTL Contre-information

Ces faits se sont déroulés le vendredi 14 octobre. Le 20 octobre, des cercueils de décoration ont aussi été déposés sur le chantier, selon David Tessier, l’archéologue d’Arkéos qui porte ce dossier.

Kahentinetha, l’une des Mères mohawks, laisse deviner une amertume retenue.

« On n’a absolument rien à voir avec ce qu’il s’est passé. C’est terrible. D’autant plus que la SQI a directement rapporté l’incident au juge qui doit entendre la cause des Mères mohawks. »

— Une citation de  Kahentinetha

Une manœuvre de la SQI qui viserait à décrédibiliser les Mères mohawks, selon elle.

Si c'était le cas, ce geste serait malvenu de la part de la SQI, indique aussi M. Tessier d’Arkéos.

Une femme pose devant le drapeau des femmes mohawks.

Kahentinetha est une aînée qui a participé à de nombreux combats des Mohawks.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Les instigateurs du saccage, qui se présentent comme quelques anarchistes, ont finalement rectifié le tir sur leur site Internet.

Nous avons planifié et mis en œuvre cette action de façon complètement indépendante des kahnistensera et n’avons pas communiqué avec elles à propos de l’action, peut-on lire.

Kahentinetha rappelle que, de leur côté, les Mères mohawks ont plutôt lancé un appel à la paix, dans la plus grande tradition mohawk, et qu’il n’est pas du tout dans leurs habitudes de se livrer à de telles actions.

Le conseil de bande de Kahnawake dénonce lui aussi ces actes de vandalisme. Ceux qui choisissent de perturber [le travail des ouvriers et archéologues] rendent en fait un mauvais service à leur propre cause qui est de déterminer si des vestiges se trouvent sur le site.

Confusion

Depuis quelques semaines, les Mères mohawks accusent la SQI et Arkéos de mettre en œuvre les travaux avant même que leur demande pour les stopper ne soit entendue par le tribunal.

David Tessier indique qu’il y a confusion entre deux emplacements distincts. L’entreprise a en effet reçu deux mandats différents : l’un concerne un endroit où des travaux de branchement doivent avoir lieu et un autre vise le lieu où des corps auraient été enterrés, selon les Mères mohawks.

Une équipe d'archéologues sur leur site de travail à Mashteuiatsh.

Des fouilles archéologiques sont menées dans plusieurs communautés depuis les découvertes de Kamloops, comme ici, à Mashteuiatsh.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Les ouvriers vont creuser des tranchées pour y installer des tuyaux à environ 200-250 mètres à vol d’oiseau du site indiqué par les Mohawks sur lequel des corps seraient enterrés, détaille l'archéologue.

Ce projet n’a rien à voir avec leurs allégations. Il y a beaucoup de mélange à ce sujet présentement et on en paie le prix, dit M. Tessier.

Mais Kahentinetha n’y croit pas. Je pense qu’il y en a partout [des corps, NDLR]. Ils n’ont jamais fouillé, alors ils ne peuvent pas savoir où ils sont exactement, dit-elle en demandant à Arkéos d’utiliser des radars et des chiens renifleurs au lieu de détruire les preuves.

Arkéos mentionne que ses équipes seront présentes tout le temps des travaux et seront prêtes à intervenir si les ouvriers tombent sur des ossements ou des artefacts.

David Tessier renvoie les Mères mohawks à la police, puisqu’elles semblent traiter ces lieux comme une scène de crime.

On nous accuse de ne pas utiliser des méthodes qui ne sont pas des méthodes utilisées en archéologie, poursuit M. Tessier.

Kahentinetha explique que son groupe a bien tenté de le faire. En vain. Nous avons appelé la police. Ils nous ont dirigés vers le 911 puisque nous évoquions une scène de crime. Finalement, ça n’a rien donné. La police n’a pas été très coopérative, dit-elle en entrevue.

La matriarche explique que ces questions entourant les dépouilles d’Autochtones sont très importantes. Le Québec et le Canada ne respectent pas nos tombes et ils n’y prêtent pas attention. C’est horrible, s'exclame-t-elle.

Le groupe a même déposé une plainte auprès de l’Association canadienne d’archéologie.

David Tessier précise que son entreprise ne dépend pas de cet organisme qui n’a aucune prise sur elle.

Consultations critiquées

Autre sujet litigieux : les consultations. La SQI indique dans un courriel que [des] informations ont été communiquées à l’ensemble des parties prenantes, groupes d’intérêts, groupes communautaires, partenaires autochtones le 3 octobre dernier dans le bulletin d’information.

Arkéos mentionne aussi que le conseil de bande et les aînés ont fait l'objet de rencontres.

Contacté par Espaces autochtones, le Conseil de bande de Kahnawake indique avoir soutenu les travaux effectués sur le site de McGill.

Une petite maisonnette sur laquelle est peint "Every child matters" et le logo des Six Nations.

La communauté de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Nous sommes convaincus que ces travaux sont menés de manière respectueuse et selon tous les protocoles appropriés, écrit-il. Nous avons travaillé avec Arkéos dans le passé et nous avons toujours trouvé que la qualité de leur travail et leur volonté de travailler en collaboration étaient éthiques et irréprochables.

Les Mères mohawks, elles, estiment ne pas avoir été consultées. D’autant plus qu’elles ne reconnaissent pas l’autorité ni la légitimité du conseil de bande, qu’elles considèrent comme une entité colonialiste.

David Tessier précise que son équipe a tenté de rencontrer les Mères mohawks. Le rendez-vous était pris, mais le jour même, la SQI nous a demandé de ne pas aller de l’avant, dit-il.

La grande cheffe de Kahnawake avec un micro en main.

L'autorité de la grande cheffe de Kahnawake n'est pas reconnue par les Mères mohawks.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Finalement, ce dialogue entre les deux parties n’a jamais eu lieu, alors que, selon Kahentinetha, elles ont tenté de planifier une nouvelle rencontre. On n’a jamais eu de réponse, dit-elle.

La SQI répond plutôt que la rencontre n’a pas été annulée, mais plutôt reportée. Elles ont reçu quelques propositions de créneaux. Toutefois, malgré les efforts pour organiser cette rencontre, la sensibilité du dossier a pris des proportions telles que des enjeux de sécurité préoccupants ont été rapportés par les différents partenaires.

Kahentinetha et les Mères mohawks ne comptent pas baisser les bras dans ce combat qui leur tient très à cœur.

D’ailleurs, Kahentinetha dit que, dans la communauté, les gens nous soutiennent, et même au-delà, notamment à Akwesasne [une communauté mohawk située à cheval sur l’Ontario, le Québec et les États-Unis, NDLR].

Ce que les Mères mohawks veulent avant tout, c’est qu’une enquête indépendante soit menée par des Autochtones, comme le préconisent des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation.

On n’arrêtera jamais de les chercher. C’est notre famille. On veut savoir qui a ordonné tout ça. On est patients et on n’oubliera pas, termine Kahentinetha.

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