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Rapport sur les jeunes Autochtones : « Le système est fait pour qu’on réussisse pas »

Le RÉSEAU de la communauté autochtone à Montréal publie un rapport accablant sur la situation des jeunes dans la métropole.

Un groupe de jeunes lors d'une séance de rétroaction du RÉSEAU de la communauté autochtone à Montréal.

Des cercles de discussion ont porté sur le sentiment de sécurité des jeunes en ville, mais aussi l'accès aux services de base ou encore le système de protection de la jeunesse à Montréal.

Photo : Joni Bertrand

« J’étais pas capable de me trouver un logement ». « Je ne veux pas que mon enfant vive aujourd’hui ce que j’ai vécu ». « Y’a une grande déconnexion entre [la communauté d’origine] pis la vie à Montréal. » Voilà quelques-uns des témoignages tirés d’un rapport rendu public jeudi sur les obstacles vécus par certains jeunes Autochtones dans la région du grand Montréal.

Le RÉSEAU de la communauté autochtone de Montréal, un organisme de défense de la qualité de vie dans la métropole, a récemment mené des discussions auprès d’une vingtaine de participants.

L’objectif? Lever le voile sur les barrières que rencontrent les jeunes Autochtones en milieu urbain. L’initiative financée par Ottawa leur a offert un cadre culturellement sécuritaire pour que les langues se délient.

De nouveaux programmes mieux adaptés aux besoins exprimés pourraient voir le jour s'ils obtiennent le financement requis. En haut de la pyramide administrative, le ministère fédéral Sécurité publique Canada a débloqué 1,2 million de dollars pour ce projet de prévention de la criminalité.

Racisme urbain

Sans tabou, certains participants ont raconté comment le système est fait pour qu’on réussisse pas. Des travailleurs sociaux inadéquatement formés, un système de protection de la jeunesse qui ne protège pas et qui déconnecte les enfants de leur culture d’origine… y voulaient pas me dire, vraiment, que j’étais Autochtone, pis je l’ai découvert quand j’avais 9 ans, que j’étais Anishinaabe, a partagé une participante, elle-même enfant de la DPJ.

Certains ont témoigné de scènes de racisme, que ce soit dans la rue parce qu’ils ne parlaient pas français, explique le rapport, ou parce qu’ils ont subi des stéréotypes liés à la drogue et à l’alcool dans un contexte médical.

Outre les expériences du système de protection de la jeunesse à Montréal, les participants ont également échangé sur le sentiment d'insécurité qu’ils peuvent éprouver en habitant la métropole où l'accès aux services de base reste lui aussi compliqué.

Le manque de connaissances en matière de finances, qui se traduit par une faible cote de crédit, par exemple, en pousse certains à accepter des logements de moindre qualité et peu sécuritaires, indique le rapport.

Des obstacles persistent aussi au sein des communautés elles-mêmes. Habiter en ville pour ceux qui ont grandi dans une réserve peut signifier vivre entre ces deux mondes, [ce qui] conduit à un conflit d’appartenance et à un sentiment d’isolement, indique le document d’une trentaine de pages.

Parole ouverte

Les récits ont été recueillis puis conservés sous anonymat lors de trois cercles de discussion minutieusement organisés pour libérer la parole, mais cet acte demeure difficile, reconnaît Linda Tremblay, la directrice générale innue du RÉSEAU.

Des aînés étaient présents pour assurer un soutien culturel, tandis que plusieurs intervenants-facilitateurs autochtones ont été embauchés afin d'offrir un espace d'expression sécuritaire et sans jugement.

Le rapport a été chapeauté par Elizabeth Fast, une professeure adjointe au Département des sciences appliquées de l’Université Concordia. En listant 50 recommandations sur la sécurité, le bien-être et l'appartenance culturelle des jeunes en milieu urbain, l’étude servira ensuite à orienter différents projets pilotes destinés aux Autochtones à Montréal les quatre prochaines années.

Il y a plusieurs catégories de jeunes avec des besoins particuliers, analyse la directrice générale Linda Tremblay, en évoquant ceux qui s’identifient aux communautés 2ELGBTQIA+, les jeunes passés par la DPJ et les urbains ayant grandi dans une réserve qui peuvent développer un sentiment d’imposteur et ont besoin de se reconnecter.

Tous se rejoignent dans le besoin d’avoir accès à des soins adaptés à leur culture, poursuit-elle, que ce soit sur le plan culturel, émotionnel, physique ou spirituel. Et tous ont des difficultés à naviguer dans le système d’une grande ville comme Montréal, complète Mme Tremblay.

Une grande maison pour les Autochtones

Les recommandations insistent sur l’importance de miser sur les programmes et les forces vives déjà mobilisés autour du bien-être des jeunes Autochtones à Montréal.

Elles proposent des pistes de solution générales – davantage de soutien culturel, financier, à l’emploi –, mais établissent aussi des solutions concrètes pour Montréal.

Parmi les suggestions, des cartes-cadeaux pour de la nourriture et d’autres besoins essentiels, par exemple, ou encore des titres mensuels de transport en commun gratuits.

Les solutions arrivent, mais pas de la façon dont on le souhaiterait, commente la directrice générale innue du RÉSEAU.

Dans les témoignages, les jeunes ont également mentionné leur désir d'avoir accès à un lieu pour se retrouver, un carrefour autochtone urbain à Montréal, qui servirait de centre de services et de ressources holistiques ainsi que de lieu de rassemblement.

Linda Tremblay caresse l'espoir d'inaugurer un jour une grande maison à Montréal dédiée aux communautés autochtones où jeunes, aînés et familles pourraient se retrouver; un lieu qui valoriserait aussi bien les cultures contemporaines qu'ancestrales, précise-t-elle.

Mais ce dossier ne débloque pas, déplore-t-elle en évoquant de possibles actions pour mieux se faire entendre auprès de la Ville de Montréal.

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