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Mort de Joyce Echaquan : la fresque de la guérison pour Marie-Claude Néquado

L'œuvre sera visible au Musée d'art de Joliette pour les deux prochaines années avant d'être remplacée en 2024 par une nouvelle proposition artistique.

Une femme assise devant une fresque.

Marie-Claude Néquado explore les thématiques de l’identité culturelle, de la tradition atikamekw et de la spiritualité.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Ismaël Houdassine

Le Musée d'art de Joliette dévoilait samedi la nouvelle murale à la mémoire de Joyce Echaquan, décédée le 28 septembre 2020 à l'hôpital de Lanaudière. Réalisée par Marie-Claude Néquado, artiste atikamekw de Manawan, l'œuvre en peinture acrylique et remplie de symbolismes liés au bien-être se veut un baume pour soulager les peines et les blessures.

Ma murale est un relais de l'œuvre précédente, lance en entrevue Marie-Claude Néquado. J'ai donc choisi le titre autochtone Mirwatisiwin [guérison] comme une promesse de courage et de réconciliation entre les peuples.

La proposition de l'artiste multidisciplinaire succède en effet à celle d'Eruoma Awashish qui a inauguré, il y a deux ans, le cycle avec une fresque filiale titrée Mackwisiwin (la force en langue atikamekw) représentant Joyce Echaquan et sa famille à travers la représentation picturale d'une famille d'ours.

Marie-Claude Néquado se souvient encore de sa première réaction lorsqu'elle a appris le décès de Joyce Echaquan. Elle raconte qu'un vent de panique avait alors envahi toute la communauté de Manawan dont était originaire la mère atikamekw.

Nous allions dans cet hôpital pour recevoir des soins et, depuis sa disparition, je n'y suis plus jamais retournée. On était tristes, révoltés et on avait peur pour nous-mêmes et nos proches.

Une femme.

Marie-Claude Néquado est membre de la communauté atikamekw de Manawan.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Malgré la douleur encore vive, Marie-Claude Néquado a voulu mettre l'accent sur l'espoir. C'est pourquoi sa proposition se veut une plongée à l'intérieur du patrimoine de guérison des Premières Nations.

Ce n'est pas un hasard non plus si elle a signé son travail Marie-Claude Nikweto, le véritable patronyme de son grand-père avant qu'il ne soit francisé par les missionnaires catholiques, précise-t-elle.

Des chants, des danses et des clochettes pour soigner

De chaque côté de la murale, elle a peint deux danseuses portant une magnifique tenue cérémonielle arborée durant les pow-wow (regalia) et qui narre à la fois une histoire personnelle et toute une vision du monde.

Elles sont des danseuses à clochettes qui dansent exclusivement pour la guérison, commente l'artiste de 40 ans. Les Ojibwés des plaines de l'Ouest canadien qui sont à l'origine de cette tradition ancestrale parlent d'une jeune fille malade qui, soutenue par sa communauté, a retrouvé la santé grâce à cette danse.

« Les jeunes femmes dansent avec leurs robes à clochettes lors d'un chant de guérison. Elles accueillent les gens avec du tabac qu'elles font ensuite brûler dans le feu sacré. »

— Une citation de  Marie-Claude Néquado

Outre les deux figures en costume cérémoniel, mocassins et ceintures compris, plusieurs éléments et symboles des savoirs autochtones attirent l'œil. On reconnaît le célèbre capteur de rêve composé en partie de foin d'odeur. Cette plante herbacée vivace est utilisée par les Autochtones pour apaiser divers maux.

Il y a également la représentation d'une roue de médecine visible au milieu de la fresque. Elle offre un magnifique enseignement sur l'équilibre humain entre le cœur, la raison, l'esprit et le corps, dit-elle. Le cercle peut aussi représenter les quatre saisons et les quatre étapes de la vie humaine.

Des symboles autochtones peints sur un mur.

La murale arbore de nombreuses références au savoir médicinal des communautés autochtones.

Photo : Radio-Canada

Le cercle trône sur une brochette de plantes médicinales comme les thés de bois qui soignent les maux de gorge ou bien les bleuets, utilisés contre la fièvre. Pour l'artiste, chaque teinte et couleur renvoient aux conditions de vie, parfois difficiles, des premiers peuples au Canada.

Des fleurs roses commémorent les femmes autochtones disparues et assassinées, énumère-t-elle. Les pétales oranges viennent rendre hommage aux victimes et aux survivants des pensionnats. Quant à la nuance violette, elle rappelle que c'était la couleur préférée de Joyce Echaquan.

« J'ai choisi le rouge cramoisi pour indiquer que l'on est toutes et tous reliés par le sang. Peu importe nos origines, on a la même couleur dans nos veines. »

— Une citation de  Marie-Claude Néquado

Marie-Claude Néquado espère que son œuvre sera une porte ouverte pour les visiteurs, une façon de présenter le riche patrimoine atikamekw à la population. À ce titre, elle considère la murale comme sa pierre à l'édifice de l'ouverture mutuelle.

On est encore en train de se battre contre le racisme et pour faire changer les mentalités. Mais je crois que c'est important de poser un regard positif sur les choses et les événements que l'on vit en ce moment, conclut-elle.

Rappelons que la murale Mirwatisiwin est le fruit d'une collaboration entre le Musée d’art de Joliette et le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière.

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