•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Un camion roule sur une route.

L'entrée du territoire mohawk de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Ismaël Houdassine

Depuis la crise d’Oka, survenue en 1990, les relations sont compliquées entre Kanesatake et cette bucolique municipalité située au nord-ouest de Montréal. Le statu quo et la sérieuse crise interne que traverse présentement le Conseil mohawk rendent difficile toute tentative de réconciliation.

Élu grand chef en août dernier avec la promesse d'apporter des changements positifs dans sa communauté en remettant Kanesatake sur le droit chemin, Victor Bonspille a depuis lors déchanté. Le 16 septembre dernier, plusieurs médias ont rapporté des altercations violentes survenues, d'une part, entre lui et sa sœur jumelle, la cheffe Valerie Bonspille, et, d'autre part, le reste des membres du conseil.

Ce qui arrive est très grave, confirme Victor Bonspille au bout du fil. Le grand chef de la communauté mohawk de Kanesatake parle d'un ton grave mais se fait avare de mots : tout au plus parle-t-il d'une fronde de la quasi-totalité des chefs du conseil.

Je n'y suis pour rien, se défend-il. Le dysfonctionnement au conseil est la responsabilité des quatre chefs qui agissent comme des voyous. J'ai été choisi par les membres de ma communauté et je vais malgré tout continuer mon travail.

L'emblème du conseil de bande de Kanesatake, sur lequel on peut voir un ours brun et un loup gris.

Rien ne va plus au conseil de bande de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Francis Labbé

De son côté, un des chefs du conseil, Brant Etienne, accuse Victor Bonspille d'agir de façon autocratique sans prendre en compte les positions et les avis de ses conseillers. Il s'arroge illégalement les pouvoirs et décide de nous exclure parce qu'on n'accepte pas sa gestion des affaires qui impliquent des membres de sa famille.

Il avoue ne pas voir d'issue à cette crise, à moins d'un changement radical de la part de Victor Bonspille. Je ne sais pas comment tout cela va finir, mais c'est vrai que j'ai perdu toute confiance en lui.

Quant à l'ancien grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, qui dit ne pas porter Victor Bonspille dans son cœur, il n'en revient pas de voir une situation dégradée à ce point. Dans ces conditions, Kanesatake n'est pas près de parler de réconciliation avec qui que ce soit, lâche-t-il en entrevue.

« Pendant que le grand chef joue au petit dictateur, les problèmes ne sont pas résolus et empirent à Kanesatake. »

— Une citation de  Serge Otsi Simon, ancien grand chef de Kanesatake

M. Simon, qui a récemment tenté de se présenter comme chef au conseil – les élections ont été reportées à une date ultérieure depuis lors –, parle d'un moment honteux pour la nation mohawk. Si rien n'est fait pour régler cette triste affaire, cela pourrait avoir des répercussions désastreuses sur le fonctionnement de la communauté.

Serge Otsi Simon, ancien grand chef de la nation mohawk de Kanesatake

Serge Otsi Simon, ancien grand chef de la nation mohawk de Kanesatake

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Pour Wanda Gabriel, professeure adjointe à l'École de travail social de l'Université McGill, la division au conseil est le symptôme d'un mal plus profond qui prend racine dans la crise d'Oka de 1990. Bien des gens à Kanesatake sont toujours effrayés aujourd'hui par ce qui s'est passé à cette époque, raconte-t-elle.

Les divisions internes affaiblissent la communauté mohawk et cela ne date pas d'hier, rappelle Mme Gabriel, qui sait de quoi elle parle. Elle est la sœur de l'ancien grand chef James Gabriel, dont la maison a été brûlée en 2004 durant la fameuse crise (une autre) de Kanesatake.

Ce qu'a vécu mon frère et les crimes liés au grand banditisme qui ont suivi sont à mon avis les conséquences des traumatismes de la crise d'Oka, dit Wanda Gabriel.

Cet événement traumatisant pour les deux camps a créé une rupture majeure entre Kanesatake et la municipalité et rien n'a été réglé depuis, ajoute-t-elle. Tant qu'on ne trouvera pas de solution, ma communauté continuera de souffrir de ce passé douloureux et il n'y aura jamais de véritable réconciliation entre les parties.

« La division à l'intérieur des communautés autochtones a toujours été une stratégie profitable aux oppresseurs. »

— Une citation de  Wanda Gabriel, sœur de l'ancien grand chef James Gabriel

D'après le maire d'Oka, Pascal Quevillon, le crime organisé a commencé à se développer à Kanesatake après les événements de 1990. Et depuis la légalisation du cannabis, ça s'est même dégradé, indique-t-il. Plusieurs grands chefs ont tenté de faire le ménage, mais on sait ce qui s'est passé par la suite.

M. Quevillon cite l'exemple de la route 344, qui traverse Kanesatake d'est en ouest. L'endroit est maintenant sous l'emprise, selon lui, du crime organisé. Les gangs de rue, la mafia, les motards, ils sont tous entrés de plain-pied dans ce territoire.

Une route.

Sur la route provinciale 344 qui traverse la communauté mohawk de Kanesatake se succèdent de grandes enseignes vertes qui affichent une variété d'images sur le thème de la feuille de cannabis.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

En attendant, les luttes intestines à Kanesatake ont forcé la mise sur pause des relations avec la municipalité d'Oka, au grand dam du maire, qui n'a pas encore rencontré en chair et en os le nouveau grand chef depuis son élection.

C'est difficile de s'entendre avec une communauté aussi déchirée, lance-t-il. C'est au conseil de bande qu'on a généralement affaire en ce qui concerne de possibles ententes et des discussions.

« C'est compliqué, car les chefs élus ne parlent pas pour l'ensemble de la population. Il y a une partie de la communauté de Kanesatake qui ne reconnaît pas le conseil de bande. »

— Une citation de  Pascal Quevillon, maire d'Oka

Depuis son élection, Victor Bonspille n'a en effet pas encore rencontré le maire ni d'ailleurs aucun des élus municipaux d'Oka. Je l'ai appelé une fois pour lui dire que j'étais dans l'impossibilité de le rencontrer en ce moment vu la situation que nous traversons, explique-t-il.

Un homme se tient debout sur les marches d'un escalier.

Pascal Quevillon est le maire d'Oka.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Il admet qu'il y a encore beaucoup de choses à régler en matière de cohabitation. Les contacts n'ont jamais été au beau fixe, tout demeure fragile, précise-t-il.

Oui, on aimerait avoir de meilleures relations avec la municipalité, poursuit le grand chef. Elle doit toutefois comprendre qu'elle est en territoire mohawk. Cela ne s'améliorera jamais aussi longtemps qu'elle remettra en cause nos droits ancestraux.

Les communications restent cordiales mais froides avec la Première Nation, atteste le maire Quevillon. Ils nous considèrent encore comme des voleurs de terres, alors ça ne facilite pas les rapprochements. Et puis, on n'a pas non plus les mêmes interprétations sur nos présences respectives.

Le maire parle d'une situation territoriale unique au Canada. Nos deux communautés sont imbriquées comme un damier. Rien que dans le noyau villageois, on trouve 57 lots fédéraux qui ne relèvent pas de l'autorité de la municipalité. Aujourd'hui ou demain, un jour, on n'aura pas le choix de s'entendre, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !