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Éric Duhaime pourrait devenir le député de Wendake

Espaces autochtones est allé rencontrer différents membres de la communauté huronne-wendat de Wendake qui expriment leurs sentiments, leurs craintes et leurs souhaits vis-à-vis de la prochaine élection.

Un panneau d'Éric Duhaime planté à un croisement de rue.

Plusieurs pancartes d'Éric Duhaime sont visibles dans la circonscription de Chauveau.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Dans les rues adjacentes à la communauté huronne-wendat de Wendake, certaines pancartes électorales sont plus nombreuses que les autres : celles d’Éric Duhaime. Dans les jardins, sur les poteaux électriques, apposées aux fenêtres… elles sont partout.

Le chef du Parti conservateur du Québec brigue un mandat dans la circonscription de Chauveau et espère prendre la place du caquiste Sylvain Lévesque.

Cette circonscription comprend la petite enclave huronne-wendat de Wendake.

Alexane Picard, 23 ans, étudiante à la maîtrise en droit à l’Université Laval, est membre de la communauté et elle s’intéresse beaucoup à la politique.

Une jeune femme assise sur un canapé.

Alexane Picard craint qu'Éric Duhaime gagne dans sa circonscription.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

La jeune femme ne chôme pas en ce moment. À deux jours des célébrations du 30 septembre, elle porte fièrement le chandail orange et organise un événement sur le campus.

Elle est tiraillée : doit-elle voter avec son cœur ou stratégiquement? Il faut dire que la candidature du chef conservateur, Éric Duhaime, l’inquiète. Elle est même convaincue qu’il va gagner.

Vue d'une rue avec différentes pancartes accrochées aux poteaux.

Les pancartes fleurissent le long des routes dans la circonscription de Chauveau.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Ce gars a du contenu, il est intelligent et charismatique. Il est capable de défendre des positions qui, rationnellement, ne se tiennent pas et ses partisans ne vérifient pas ce qu’il dit. Il a une grande capacité de convaincre, analyse-t-elle.

« Je trouve ça plate que quelqu’un se présente dans une circonscription où il y a une communauté autochtone, alors qu’il ne nous considère pas du tout. »

— Une citation de  Alexane Picard

Selon elle, il y a une maison à Wendake qui affiche fièrement les couleurs du Parti conservateur. Ça me dépasse. J’ai le goût de l’arracher ou d’écrire dessus "what the fuck!".

Un panneau de soutien à Éric Duhaime planté dans un jardin.

Les soutiens à Éric Duhaime s'affichent très peu dans la communauté de Wendake. Sauf ici...

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Je ne m’inquiète pas juste pour les Autochtones, mais pour toutes les minorités sexuelles, ethniques et linguistiques. Je me demande si un jour on aura notre place ou si on va retourner en arrière, laisse-t-elle tomber.

Le chef conservateur inquiète beaucoup moins Charles-Philippe Vincent, qui travaille pour le conseil de bande. Ce jeune de 26 ans raconte qu’il aime suivre la politique. Mais je préfère la nôtre, lance-t-il en souriant et en affirmant fièrement être pro First Nation.

Un jeune assis sur une chaise à l'extérieur.

Charles-Philippe Vincent va voter pour la première fois cette année.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

S'il n’est pas un grand partisan du candidat conservateur, il lui reconnaît tout de même des idées intéressantes. Il pose de bonnes questions sur le privé et remet en cause certaines choses, mais en dehors de ça, il a toujours bashé les Autochtones, dit-il.

Les deux jeunes rappellent d'ailleurs que, lors du débat organisé par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, seuls les conservateurs n’ont pas répondu à l’invitation.

On est a pain in the ass [des emmerdeurs] pour lui, croit le jeune homme.

Steeve Gros-Louis, un commerçant de 52 ans, ne porte pas non plus Éric Duhaime dans son cœur.

Un homme pose dans une maison en travaux, devant un totem.

Steeve Gros-Louis ne soutient pas spécialement la CAQ, mais il apprécie énormément le travail qu'a fait le député caquiste dans sa circonscription.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Je n’ai pas l’impression qu’il a un intérêt pour les Premières Nations. Je n’ai pas senti qu’il transpirait la réconciliation ou le rapprochement. Son discours ne va pas me convaincre et il ne se mettra jamais du côté des Autochtones, car cela risque de lui faire perdre sa base électorale, estime l’homme d’affaires.

Celui qui a vu son restaurant, la Sagamité, en proie à un violent incendie en 2018, n’hésite pas à dire que son vote ira plutôt au candidat caquiste sortant, Sylvain Lévesque.

Steeve Gros-Louis dans les décombres.

Le propriétaire Steeve Gros-Louis constate les dégâts après l'incendie qui a ravagé la Sagamité.

Photo : Radio-Canada / Camille Simard

Il a été présent. Je ne regarde pas le parti politique, mais l’homme, dit-il en reconnaissant que François Legault n’a pas été parfait avec les Autochtones. Oui, il y a encore du travail à faire, mais je crois qu’il a réussi à placer les bonnes personnes là où il faut, comme Ian Lafrenière [le ministre responsable des Affaires autochtones], poursuit-il.

Sylvain Lévesque.

Sylvain Lévesque a été très présent pour la communauté, selon Steeve Gros-Louis.

Photo : Radio-Canada

Fernande Gros-Louis penche aussi pour la CAQ, malgré sa position sur le racisme systémique. François Legault commence à changer d’idée. Je veux l’essayer encore quatre ans et si ça ne marche pas, on ira voir ailleurs, dit-elle.

L’aînée indique aussi ne pas détester Éric Duhaime, mais elle ne le voit pas comme premier ministre pour le moment.

Pas question pour Alexane de pencher de ce côté. Elle ne digère pas la position de la CAQ sur le racisme systémique. La position de François Legault à ce sujet m’agace. Il gagnerait tellement à dire que ça existe, plaide de son côté Steeve Gros-Louis.

Voter ou ne pas voter?

Le vote de tous ces Hurons-Wendat aura-t-il une incidence sur le résultat?

Les derniers chiffres indiquent que très peu d’Autochtones votent aux élections provinciales. Alexane, elle, a toujours voté, au fédéral comme au provincial. Ce qui n’est pas le cas de son grand-père, qui a toujours dit : C’est pas mon gouvernement.

Une file d'électeurs pour le vote par anticipation.

Les Autochtones votent très peu lors des élections provinciales généralement.

Photo : Radio-Canada / Louis-Simon Lapointe

Elle estime exercer [son] pouvoir de citoyenne.

Plus les Autochtones votent, plus notre voix comptera et plus on sera pris en considération.

Elle raconte que même sa mère, qui n’a pas voté depuis longtemps, envisage de faire entendre sa voix pour contrer le chef conservateur.

Fernande Gros-Louis croit que, cette fois, plus d’Autochtones s’exprimeront dans les urnes, car il y a beaucoup de sujets qui nous concernent.

Le panneau d'une rue de Wendake.

Wendake est une enclave dans la capitale nationale.

Photo : Radio-Canada / Philippe Kirouac

Ce n’est pas l’avis de Charles-Philippe. On représente un poids politique de 2 %... Ce qui explique sûrement le désintérêt des partis politiques à notre encontre, dit-il.

Le jeune homme confie qu’il n’a jamais voté, mais qu'il considère que cette année est différente. Malheureusement, on n’est pas encore un conseil de bande autodéterminé et on le réalise de plus en plus, notamment à travers les enjeux territoriaux. On négocie encore avec le gouvernement et pas entre nous, entre nations, poursuit-il.

Thèmes de prédilection

Tous ont évidemment des sujets qui leur tiennent plus à cœur que d’autres. Fernande Gros-Louis, par exemple, est très attachée à la santé. On n’en parle pas beaucoup, je trouve. J’aimerais qu’on parle plus de Joyce. Cette histoire m’a fait une peine épouvantable, dit-elle à propos du décès de cette femme atikamekw de 36 ans à l'hôpital de Joliette sous les insultes racistes d'une infirmière.

Mais c’est surtout la question du territoire qui est sur toutes les lèvres. Le sujet est d’autant plus actuel que François Legault vient d’annoncer un traité historique avec les Innus. Il viserait à reconnaître le territoire des Innus (Nitassinan) qui chevauche cependant celui des Hurons-Wendat (Nionwentsïo).

Un orage en cours dans la Réserve faunique des Laurentides.

La Réserve faunique des Laurentides est convoitée par les Innus et les Hurons-Wendat.

Photo : Gracieuseté : Jenifer Picard

Charles-Philippe reconnaît des tensions entre les deux nations, mais souhaite que les deux parties trouvent une entente pour avancer ensemble.

Le jeune homme garde une certaine réserve, car le sujet est brûlant. Il préfère insister sur d’autres questions, notamment économiques.

Alexane, pour sa part, n’hésite pas à donner son opinion.

Pour elle, ces conflits actuels sont liés au colonialisme qui tente depuis longtemps d’imposer une certaine vision d’un monde fait de frontières et de limites et qui ne correspond pas à celle des Autochtones.

Elle demande surtout à ce que chaque député élu lise les rapports réalisés sur les Autochtones, pour comprendre vraiment les enjeux qui les touchent. Ça serait quand même pas pire…, conclut-elle.

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