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La rivière et l’île qui ont rapproché Autochtones et Québécois

Sur la Côte-Nord, à l’approche de la fin de la route 138, deux communautés innues travaillent main dans la main avec les institutions québécoises non autochtones pour protéger leur territoire commun : l’île d’Anticosti et la rivière Magpie. Un exemple de réconciliation, selon les acteurs du projet.

Paysage de la Côte-Nord.

La Minganie compte plusieurs joyaux naturels que les Innus et les non-Autochtones veulent protéger.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Au large de la Côte-Nord, les riverains et les touristes auraient pu faire face à un complexe pétrolier sur l’île d’Anticosti. Sauf que les acteurs locaux en ont décidé autrement. En 2017, le joyau a été inscrit sur la liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada, la première étape avant d’être inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bien avant l’arrivée des Européens, les Innus s’installaient le long de ses côtes pour pêcher et chasser.

Aujourd’hui, une vingtaine d’organismes, dont la MRC de Minganie, les communautés innues d’Ekuanitshit et de Nutashkuan ainsi que la municipalité d’Anticosti, travaillent à protéger ce qui est le principal témoin de la première extinction massive du vivant.

Une falaise surplombant la mer et la plage.

L'île d'Anticosti sera peut-être bientôt classée Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Photo : Radio-Canada

Selon Katie Gagnon, coordonnatrice développement et concertation pour la candidature d’Anticosti au Patrimoine mondial de l’UNESCO, la collaboration entre les non-Autochtones et les Innus allait de soi.

Les Innus ont été des alliés dès le début, ça a toujours été clair, et tout le processus se fait avec leur participation, détaille-t-elle.

La rivière s'écoule, bordée de caps rocheux.

La rivière de la Chaloupe, sur l'île d'Anticosti, permet de pratiquer la pêche au saumon.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Dans les faits, les Innus ont participé au travail de préparation à la candidature, à des comités de travail, aux rencontres, à l’accueil de l’évaluatrice venue inspecter le terrain, etc.

Les Innus apportent leur histoire, leur perspective, leur culture. C’est très important et, surtout, c’est très enrichissant et constructif, poursuit Mme Gagnon.

La MRC de Minganie et les Innus travaillent aussi ensemble sur l’objectif de protection de la rivière Magpie. Là aussi, le préfet de la MRC, Luc Noël, reconnaît l’expertise des Innus.

L'épave très abîmée d'un bateau en bois est près de la rive, sur une plage de roches.

Les restes de l'épave du Wilcox, échoué près de la rivière à la Patate en 1954, sur l'île d'Anticosti.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Gagnon

Ils apportent quelque chose qu’on a peut-être oublié au fil du temps : cette fine sensibilité du territoire que, de notre côté, nous développons de façon peut-être un peu sauvage, sans nous attarder aux choses importantes comme la protection du territoire.

Jean-Charles Piétacho, chef d’Ekuanitshit, rappelle l’importance de la Magpie pour les Innus : une autoroute que les anciens descendaient.

Un homme devant une peinture.

Le chef Piétacho a la protection de la rivière Magpie très à coeur.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Aujourd’hui, les jeunes s’y retrouvent pour faire du rafting, ils y pleurent, y rient, c’est comme une thérapie pour eux. On a toujours dit que notre territoire, c’est notre hôpital et notre école, ajoute le chef d’Ekuanitshit.

Réal Tettaut, le chef de Nutashkuan, souligne qu'on a des choses à apprendre de part et d’autre.

Dans leurs discussions avec les différentes parties prenantes, les deux chefs considèrent être écoutés. Oui, on se sent écoutés, et nous aussi, on écoute, précise le chef Tettaut en soulignant que les non-Autochtones et les Innus vivent ici, sur le même territoire, et qu'ils sont voisins.

Vue sur une rue de Nutashkuan.

La communauté innue de Nutashkuan est située tout au bout de la route 138.

Photo : Getty Images / AFP/Guillaume Lavallée

Même chose pour le préfet de la MRC, M. Noël. On partage ce territoire avec les Innus, alors ça va de soi qu’on a des dossiers en commun. Ici, nos deux peuples se rejoignent sur cette volonté de protéger la nature, de la préserver du changement climatique, alors on est montés aux barricades ensemble, dit-il.

Selon le chef Piétacho, cette collaboration n’aurait pas toujours été une évidence.

Un femme en kayak dans des rapides.

La rivière Magpie est appréciée pour ses rapides sur lesquels plusieurs Autochtones et non-Autochtones naviguent.

Photo : Pink Water / Sophie Lavoie

« Il y a 20 ans, on n’aurait pas imaginé avoir une alliance avec des maires, des préfets, car on était diamétralement opposés par rapport à la protection de l’environnement. On ne se parlait pas. »

— Une citation de  Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté d'Ekuanitshit

Cette collaboration, née de l’intérêt commun de protéger la nature, tant la rivière Magpie que l’île d’Anticosti, peut-elle être considérée comme une manière de se réconcilier?

Katie Gagnon préfère laisser la parole aux Innus sur ce sujet. C’est à eux de dire si ce travail est une forme de réconciliation.

Deux personnes marchent dans la baie de Magpie, sur la Côte-Nord.

La baie de Magpie, sur la Côte-Nord, est un endroit que les Innus et les institutions locales veulent protéger.

Photo : Radio-Canada / Audrey Beauchemin

Pour le chef Tettaut, la réponse est claire : Oui, c’en est une, car il ne faut pas juste parler, il faut agir, et c’est ce qu’on fait. Ça prend des actions pour aller de l’avant.

Quant au chef Piétacho, qui estime que c’est la première fois [qu’il] sent une réciprocité, il croit que ce travail d’équipe est un début de réconciliation, un bon pas. Je sens un éveil. Mais il reste encore beaucoup à faire.

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