•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Raconter l’histoire des Autochtones à travers des ateliers de cuisine

Plusieurs produits comme le maïs soufflé ou les produits d’érable, emblèmes nord-américains, étaient déjà utilisés par les Premières Nations avant l'arrivée des colons. Et à l'inverse, le pain bannique aurait plutôt des racines écossaises.

Une femme réalise une recette avec un enfant sous un chapiteau.

Lysanne O'Bomsawin lors d'un atelier donné au Jardin botanique.

Photo : Gracieuseté

Les enfants qui suivront l’atelier culinaire en ligne de la cheffe Lysanne O’Bomsawin apprendront à cuisiner trois collations typiques de la culture autochtone tout en creusant un peu plus dans l’histoire des aliments et les points communs entre les Autochtones et les Canadiens français.

Organisé le 9 octobre prochain, dans le cadre du festival C’est moi le chef!, l'atelier proposera gratuitement aux enfants francophones de partout au Canada d'apprendre à confectionner un pemmican (sorte de boule d’énergie à base de viande fumée séchée, de noix et de baies), du pop-corn au sucre d'érable, ainsi que de la pâte de fruits.

L’organisatrice du festival, Karine Desserre-Pezé, s’est dite séduite par plusieurs aspects de la proposition de recettes de la cheffe Lysanne O’Bomsawin.

« Comme notre organisme vise à éveiller la curiosité des enfants, notamment en leur racontant l’histoire des aliments, c’est intéressant de voir que certaines recettes bien connues aujourd’hui sont issues du monde autochtone, qu’elles ont perduré dans le temps et ont aussi été reprises par d'autres cultures. »

— Une citation de  Karine Desserre-Pezé, fondatrice de l'organisme C'est moi le chef!

L’organisme qu’elle a fondé croit fermement que c’est en faisant participer très jeunes les enfants à la confection des repas qu’on jette les bases d’une culture culinaire solide. Or, utiliser la cuisine comme vecteur de réunion entre les cultures, c’est aussi le mantra de Lysanne O’Bomsawin.

Les deux femmes étaient donc faites pour se rencontrer.

Pendant la préparation du pemmican (qui signifie graisse transformée en cri), les enfants en apprendront plus sur cette recette hyperprotéinée qui permettait aux coureurs des bois comme aux Autochtones en déplacement de se nourrir rapidement dans le bois lorsqu’ils n'avaient pas le temps de chasser ou de pêcher.

La confection de maïs soufflé à l’érable sera, quant à elle, l’occasion d'en apprendre plus sur cette céréale alors inconnue des explorateurs européens (d’où son nom de blé d’Inde). Les enfants découvriront aussi pourquoi l’érable a été quasiment absent des repas autochtones et allochtones au 19e siècle, remplacé par la mélasse issue des Antilles.

Du sirop de poteau au menu alors qu’on est un grand producteur de sirop d’érable? Il y a une période au 19e siècle où l’on était obligé d’envoyer toute l’eau d’érable en Angleterre. C’est une période politique très troublée de l’histoire du Canada qui est étrangement très peu étoffée, presque taboue, où l'on passe du régime français au régime britannique, explique Lysanne O’Bomsawin.

Cette époque l’intéresse aussi particulièrement, car elle correspond aussi à celle de l’essor du nationalisme canadien-français qui est allé de pair avec la dissociation entre Autochtones et allochtones.

« Ensuite, quand l’État à décidé de valoriser la culture des Canadiens français, sous l’impulsion notamment de Lionel Groulx, c’est là qu’on a séparé l’histoire des Premières Nations et qu’on a commencé à être absents du paysage. »

— Une citation de  Lysanne O’Bomsawin, fondatrice du Traiteur Quebenakis
La cheffe cuisinière Lysanne O'Bomsawin est vêtue d'un tablier et se tient devant une planche à découper.

La cheffe abénakise Lysanne O'Bomsawin

Photo : Festival Montréal en lumière

Elle en voit encore les effets dans les écoles où elle se rend pour donner ses ateliers culinaires.

Même si ça bouge un peu dans les écoles, et qu’on ne nous demande plus uniquement d’intervenir pour des chants et des danses autochtones, j’ai l’impression que c'est surtout grâce à certains professeurs et que, globalement, l’institution fait du surplace. Alors je fais le bout de chemin que l’école n’est pas encore capable de faire, confie Lysanne O’Bomsawin.

Créer des ponts grâce à la cuisine

À travers les ateliers qu'elle réalise pour le compte de l’organisme Familles d’autrefois, Lysanne O'Bomsawin cherche donc à raconter l’histoire culinaire commune entre Autochtones et allochtones et à montrer comment le mélange des cultures est source d’enrichissement. Par exemple, plusieurs croient à tort que le pain bannique est autochtone, alors qu’à la base "the bannock" est une recette écossaise, illustre-t-elle.

Lors de l'événement qui sera diffusé en direct sur Facebook, les enfants pourront réaliser, à partir de leur cuisine et avec l’aide de leurs parents, les recettes en même temps que la fondatrice du Traiteur Quebenakis. De son côté, Karine Desserre-Pezé servira d’interface entre la cheffe abénakise et les jeunes marmitons pour vulgariser certains éléments ou donner certains trucs aux apprentis cuisiniers.

Ces derniers pourront aussi poser des questions ou faire des commentaires en direct. L’idée derrière notre démarche, c’est de déclencher des émotions positives chez les enfants autour du fait de cuisiner, pour qu’ensuite ils partagent leur expérience avec leurs amis et qu’ils aient envie d’élargir leurs horizons culinaires.

La fondatrice de C’est moi le chef! précise que pour connaître à l’avance la liste des ingrédients et des ustensiles à avoir en main, il suffira de s’inscrire à la page Facebook de l'événement (Nouvelle fenêtre). Toutefois, comme la vidéo restera épinglée sur les réseaux sociaux, il sera toujours possible de réaliser les recettes autochtones (et celles des autres ateliers gratuits du festival) les jours et les mois suivants.

Un autre atelier de cuisine autochtone est aussi prévu le 16 octobre, cette fois via la plateforme Zoom. Les jeunes (et leurs parents) cuisineront un risotto au riz sauvage (Nouvelle fenêtre) et à la courge, adapté d'une recette de la cheffe Swaneige Bertrand membre de la Nation Acho Dene koe des Territoires du Nord-Ouest, de même que du pain bannique. Cet atelier animé par l’équipe de C’est moi le chef est limité à 12 participants (en duo avec leurs parents) et est payant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !