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L’accès à l’assurance, une condition pour la prospérité des Autochtones

Baptème du Ugjit Mijua’ji’jg.

Des membres de la communauté de Listuguj devant leur nouveau bateau de pêche, en Gaspésie

Photo : Radio-Canada / Bruno Lelièvre

Julie Roy

Se procurer une assurance est souvent un défi de taille pour les Autochtones au Canada. Un malheur ou un désastre naturel peut donc priver de manière définitive certaines communautés de précieux biens collectifs. Mais la situation pourrait bientôt changer grâce à un projet novateur ébauché par l'Autorité financière des Premières Nations (FNFA).

Ce projet est un programme d’assurance collective et de gestion des risques qui serait administré par un organisme à but non lucratif détenu par des Autochtones. À la manière d’une coopérative, les membres de l’organisme en seraient aussi les propriétaires.

En regroupant leur pouvoir d’achat et en partageant les risques, ils bénéficieraient d’un meilleur accès aux produits d’assurance. Ils seraient alors en mesure de choisir le produit le mieux adapté à leurs besoins, à un prix plus abordable.

La FNFA travaille à cette initiative depuis plus d’un an. Avec l’aide de la société de courtage BFL Canada, elle entame ces jours-ci l’étude de faisabilité du projet, qui soulève déjà l’enthousiasme.

La démarche est soutenue par tout le monde : les Premières Nations, le gouvernement fédéral et Services aux Autochtones Canada… Eux aussi voient que c’est un problème, explique Ernie Daniels, président-directeur général de la FNFA.

Les réactions sont très, très positives et les gens voudraient que le programme soit effectif dès maintenant. C’est un projet qui est bien accueilli et qui est nécessaire.

Un cheminement naturel

Cette idée de mettre en place un programme collaboratif pour améliorer l’assurabilité des Autochtones au Canada n’est pas tombée du ciel. Elle s’inspire directement du modèle et de l’expérience organisationnels de la FNFA.

Créée en 2005, la FNFA est une institution sans but lucratif détenue et administrée par des Autochtones. Sa mission est de fournir aux Premières Nations du Canada les mêmes outils financiers que les autres ordres de gouvernement au pays pour qu’elles puissent bâtir des communautés saines et prospères.

En 2011, un amendement à la Loi sur la gestion financière des Premières Nations (LGFPN) a habilité la FNFA à fournir des services de financement et à collecter des fonds pour ses membres. L’un de ses principaux mandats est donc de chercher et d’obtenir du capital abordable sur les marchés financiers au nom des gouvernements emprunteurs de Premières Nations, pour répondre à leurs besoins de financement.

La force du groupe permet à la FNFA de maximiser le pouvoir d’emprunt de ses membres et d’accéder à des prêts dont les taux et les conditions sont beaucoup plus intéressants.

Ces prêts aident les Premières Nations du Canada à financer une variété de projets allant de la construction de logements à celle d’infrastructures sociales comme des écoles et des centres communautaires. Certaines communautés vont les utiliser pour réaliser des projets d’énergie verte, pour acheter des terres ou pour investir dans le système d’approvisionnement en eau.

Un homme avec un collier traditionnel autochtone devant un panneau solaire et une éolienne.

Le chef de la Première Nation de Cowessess, Cadmus Delorme, devant des panneaux d’énergie solaire. La communauté située près de Regina, en Saskatchewan, s’est dotée d’installations d’énergie renouvelable.

Photo : Radio-Canada / Rob Kruk

Malheureusement, les Premières Nations sont souvent incapables de protéger ces investissements avec des assurances. Par conséquent, il devient difficile pour elles de bâtir l’avenir sur des fondations solides.

En accompagnant les communautés dans leurs demandes de financement, on les entend parler des défis que pose le marché de l’assurance. Certains de ces défis ont vraiment désavantagé les organisations autochtones, les conseils de bande et les individus au cours des années, constate Ernie Daniels.

Inflation, isolement et catastrophes naturelles

Outre l’augmentation des coûts des produits d’assurance, les risques liés à la situation géographique nuisent à l’assurabilité des communautés autochtones. 

En effet, celles-ci sont souvent situées dans des endroits isolés, et certaines sont aussi plus à risque de subir des ravages en raison de catastrophes naturelles. Celles qui se trouvent en zone inondable, par exemple, n’ont évidemment pas la cote auprès des assureurs.

Selon l’endroit où ils vivent au Canada, les Autochtones sont parfois incapables de se procurer des assurances, affirme M. Daniels.

Une maison, une voiture et un véhicule récréatif entourés d'eau provenant de la crue printanière.

Les inondations ont forcé plus de 1500 personnes vivant dans la communauté autochtone de Peguis, au Manitoba, à quitter leur maison en mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Tyson Koschik

Certaines réserves sont isolées et plus difficiles d’accès, pour les pompiers par exemple, s’il y a un incident, poursuit le président-directeur général de la FNFA. Les désastres naturels sont également une composante. L’inflation et l’augmentation du coût des biens à remplacer ont aussi un impact majeur sur le marché de l’assurance qui, déjà à la base, est difficile d’accès. Pour certains individus ou communautés autochtones, c’est simplement hors de portée.

Dans un contexte aussi défavorable aux Premières Nations, la FNFA a senti l’urgence de penser à une nouvelle approche.

« Présentement, les Autochtones travaillent chacun de leur côté pour trouver une assurance. Et dans la plupart des cas, ils n’y arrivent pas. En nous basant sur notre expérience en financement, qui est de rassembler les demandes de prêts des Autochtones, on s’est dit : pourquoi est-ce que ça ne fonctionnerait pas aussi pour l’assurance? D’autres l’ont fait avec beaucoup de succès dans des secteurs différents. »

— Une citation de  Ernie Daniels, président-directeur général de la FNFA

En raison de notre expérience dans le financement, nous savons que la meilleure façon d’aller de l’avant est de travailler ensemble, dans un regroupement, poursuit M. Daniels.

L’argent parle, et les sociétés d’assurance veulent en faire. Si nous regroupons notre pouvoir d’achat en matière d’assurance, elles vont nous écouter davantage. C’est une manière de changer le rapport de forces, de nous donner la possibilité de magasiner et de faire affaire avec qui nous voulons pour obtenir la meilleure couverture au meilleur prix.

Un modèle à reproduire

Le programme d’assurance collective pour les Autochtones et l’organisme qui le chapeauterait seraient en grande partie calqués sur le modèle organisationnel de la FNFA

« L’organisme sera autonome et gérera ses propres affaires dans l’industrie de l’assurance. Sa structure ressemblera à celle d’une coopérative, où les membres seront aussi propriétaires. Elle permettra un partage des risques en matière d’assurabilité entre les membres pour empêcher l’augmentation des prix. Le programme créera aussi des emplois et d’autres occasions pour les Premières Nations. »

— Une citation de  Ernie Daniels, président-directeur général de la FNFA

Comme c’est le cas à la FNFA, les membres de la nouvelle organisation auront leur mot à dire dans les orientations et les politiques de l’entité et dans la nomination du conseil d’administration. 

Plusieurs étapes restent à franchir dans l’élaboration du programme, que la FNFA et ses partenaires espèrent pouvoir lancer d’ici deux ans. La question de l’adhésion fait partie des réflexions actuelles.

« On va établir certains critères pour être membres, poursuit M. Daniels. On va commencer avec les conseils de bande et les gouvernements autochtones, mais au fil du temps, avec l’expérience et l’usage, on pourra élargir le membership autant que nécessaire. Le critère de base sera d’être Autochtone et d’avoir des biens et des actifs à assurer. »

À terme, Ernie Daniels est convaincu que cette initiative aidera les Premières Nations du Canada à acquérir la résilience et la stabilité économiques nécessaires pour construire un avenir qui leur ressemble. 

C’est assurément un premier pas vers la réconciliation économique. Ce programme nous placera dans une situation beaucoup plus compétitive.

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