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« Le système pénal a une fois de plus laissé tomber les Autochtones », dit un chef

La tragédie qui a fait 10 morts et 18 blessés rappelle l’importance d’avoir un service de police au sein des communautés.

Le grand chef Brian Hardlotte tient un point de presse devant un tipi.

Le grand chef du Conseil de Prince Albert, Brian Hardlotte, lors d'un point de presse organisé par la Fédération des nations autochtones souveraines à la suite de la tragédie s'étant déroulée quelques jours plus tôt dans la communauté crie de James Smith et à Weldon.

Photo : Associated Press / Heywood Yu

La série d’attaques au couteau dans la Première Nation James Smith en Saskatchewan ravive la question de la nécessité d’avoir des services de police au sein même des communautés.

Le système pénal a une fois de plus laissé tomber les Autochtones. Les mots du chef du Grand Conseil de Prince Albert, Brian Hardlotte, sont forts alors qu’il se tient devant des tipis où des membres de la Première Nation James Smith se recueillent.

Même si le deuil vient à peine de commencer, que les blessures sont vives et que l’incompréhension est toujours là, plusieurs chefs autochtones de Saskatchewan n’ont pas hésité à rappeler l’urgence d’avoir une police communautaire et un système de justice différent.

Le camion d'escouade circule sur une route en terre sous le regard d'un policier.

Le camion de l'escouade tactique de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s'est rendu, le 6 septembre 2022, dans la Nation crie James Smith, en Saskatchewan, dans le cadre de l'enquête sur la série d'attaques au couteau du 4 septembre 2022.

Photo : La Presse canadienne / Heywood Yu

Aucun chef n’a remis en cause le travail de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour trouver les suspects de la série d’attaques qui a fait 10 morts et 18 blessés dans la Première Nation James Smith et à Weldon en Saskatchewan. Les agents de police ont même été loués.

J’aimerais pouvoir tous vous serrer dans mes bras. Alors je vous remercie publiquement, a dit le chef de l’une des trois communautés formant la Première Nation James Smith, Robert Head s’adressant autant aux agents qu’à la commissaire de la GRC, Brenda Lucki qui était présente dans la communauté.

160 employés de la GRC et d’organismes partenaires municipaux de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Alberta et de l’Ontario – tant des policiers que des civils – ont travaillé sans relâche sur cette enquête, selon la GRC.

Néanmoins, ça aurait pu être évité, a lâché Robert Head.

Quand le temps de réponse n’est pas assez rapide, on doit avoir notre propre police, a exprimé le chef du Grand Conseil de Prince Albert, Brian Hardlotte.

Une carte de la Saskatchewan.

Une carte présentant la Nation crie James Smith, en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

Le 4 septembre, la Station divisionnaire de transmissions opérationnelles de la GRC en Saskatchewan a reçu le premier signalement indiquant une agression au couteau dans la nation crie James Smith à 5 h 40. Le détachement de la GRC le plus proche se trouve à Melfort, à environ 45 kilomètres de là.

Trois minutes plus tard, selon la GRC, les deux agents en poste prennent la route poussiéreuse pour se rendre dans la communauté alors que de nouveaux signalements sont émis.

Ils arrivent près de 40 minutes après le premier appel et doivent se séparer pour se rendre sur les autres scènes de crime.

Un service essentiel

Souvent, il n’y a pas de détachement de police proche des communautés autochtones. Les membres appellent quelque part à un détachement et cet appel va jusqu’à Regina… Imaginez le temps de réponse, a donné comme exemple Brian Hardlotte.

Selon Mark Arcand, le chef du Conseil tribal de Saskatoon, qui représente sept Premières Nations, chaque nation devrait avoir ses propres forces de l’ordre.

« Parce que des fois, nous nous retrouvons sans services. La GRC est occupée à faire d’autres choses, je comprends, mais nous avons besoin de sécurité pour notre peuple. »

— Une citation de  Mark Arcand, chef du Conseil tribal de Saskatoon dont la sœur a été tuée

En Saskatchewan, il n’existe qu’un seul service de police autochtone desservant cinq communautés des Premières Nations situées dans le territoire du Traité n°4. Mais plusieurs autres provinces, comme le Québec, l’Ontario ou encore l’Alberta, en ont de nombreux.

En mars, le gouvernement canadien a lancé un processus de mobilisation pour aider à élaborer une loi fédérale sur les services policiers des Premières Nations, une loi reconnaissant que ces services soient un service essentiel qui doit être financé en conséquence, selon un communiqué du gouvernement.

Un homme avec une coiffe traditionnelle au micro

Le grand chef du grand conseil de Prince Albert, Brian Hardlotte, a lancé un appel vibrant pour un changement dans les systèmes de justice et policiers.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le chef Brian Hardlotte trouve inutile de refaire l’exercice puisque des modèles existent déjà dans d’autres provinces ainsi que des études de faisabilité. Le travail a déjà été fait, a-t-il lancé.

Il existe deux types d’ententes de services de police dont les coûts sont partagés entre le fédéral et les provinces : des services de police autogérés donc des polices autochtones, et des ententes communautaires tripartites avec des agents attitrés de la GRC qui assurent les services dans les communautés.

Selon l’évaluation du programme des services de police des Premières Nations et des Inuit, en 2020-2021, 214 ententes de service de police étaient en place.

Avec de tels services, une perception positive de la sécurité a été constatée, selon l’évaluation.

Une police locale serait les yeux et les oreilles sur le terrain. Les solutions viendraient directement de chaque Première Nation, a précisé Bobby Cameron, le chef de la Fédération des nations souveraines autochtones de la Saskatchewan. Celle-ci représente 74 communautés dans la province.

Depuis plusieurs années, la Fédération des nations souveraines autochtones (autrefois Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan) plaide pour avoir une police communautaire, selon son chef. Elle a même adopté une résolution pour créer sa propre association de police, son propre service.

On va finir par y arriver, a souligné le chef Cameron. Bien sûr, politiquement, on doit faire notre travail avec les gouvernements pour que ce soit financé.

Un homme au micro tenant sa coiffe traditionnelle

Bobby Cameron a dit à la commissaire de la GRC : « Je sais que vous avez le cœur à la bonne place. On va y arriver. »

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La GRC s’est engagée à travailler avec les Premières Nations sur des solutions communautaires et accroître le recrutement d’Autochtones, a assuré la commissaire de la GRC Brenda Lucki. Elle a même avancé vouloir travailler avec les Autochtones pour des services de police gérés par eux.

Cela ne peut jamais se reproduire, cette violence insensée, a-t-elle déclaré.

Selon la dernière évaluation du Programme des services de police des Premières Nations et des Inuit (PSPPNI), le montant limité du budget alloué au programme a entraîné un sous-financement des ententes sur les services de police du PSPPNI.

Par conséquent, la portée et la nature des services de police offerts sont limitées et font face à des défis opérationnels constants qui nuisent aux conditions de travail des agents. Ces problèmes peuvent avoir des effets à long terme sur la sécurité publique des collectivités.

Un système brisé

D’une voix qui laissait poindre sa colère, le chef de la Première Nation James Smith, Wally Burns a lancé : Regardez le système de justice, il ne marche pas pour nous.

Les taux de criminalité dans les collectivités des Premières Nations et des Inuit demeurent plus élevés que dans les autres collectivités canadiennes et les Autochtones sont surreprésentés dans le système de justice pénale, en tant que victimes et délinquants.

Source : Évaluation du programme des services de police des Premières Nations et des Inuit (Nouvelle fenêtre)

La Saskatchewan est la province où le taux d’homicide chez les Autochtones est le plus élevé.

« On doit protéger notre communauté. Je remercie du fond du cœur la GRC d’avoir travaillé jour et nuit […] mais je le dis haut et fort, on doit avoir notre propre police, notre propre justice. »

— Une citation de  Wally Burns, chef de la Première Nation James Smith

Et selon lui, un tel service bénéficiera à tout le monde, pas qu’à nous, mais aussi à nos voisins, a-t-il affirmé.

Le chef devant un lutrin et un ciel ennuagé.

Wally Burns, le chef de la Première Nation James Smith.

Photo : AFP / Lars Hagberg

Le chef Hardlotte a demandé un changement dans le système de justice qui est selon lui, brisé.

Il a demandé à la Commission des libérations conditionnelles d’être plus transparente et réclamé la mise en place d’un système de transition pour les délinquants dangereux.

Le système de justice doit travailler avec nous!, a-t-il plaidé.

Selon lui, un colloque a été organisé en 2019. Des recommandations sur une administration autonome de la police et de la justice des Premières Nations ont été faites.

« Procureur général, vous avez ces recommandations dans votre bureau, je vous demande de les examiner! Il est temps, il est temps qu’on aille de l’avant. »

— Une citation de  Brian Hardlotte, chef du Grand Conseil de Prince Albert

La Commission des libérations conditionnelles du Canada va réviser sa décision de relâcher Myles Sanderson, suspecté d’être l'un des auteurs des attaques au couteau commises en Saskatchewan. En février, elle avait statué qu’elle ne considérait plus que l’homme représentait un risque excessif pour la société.

Myles Sanderson a été condamné à 59 reprises durant les 20 dernières années, accusé d'agression, d'agression armée, d'agression à l'égard d'un policier et de vol, notamment.

Les attaques au couteau ayant eu lieu dimanche dernier ont fait 10 morts. Les deux suspects sont aussi morts au cours des jours qui ont suivi.

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