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Kahsennenhawe Sky-Deer ou le renouvellement du leadership autochtone par les femmes

Portrait de Kahsennenhawe Sky-Deer.

Kahsennenhawe Sky-Deer a été élue à la tête de la communauté mohawk de Kahnawake en juillet 2021 (Archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

Un peu plus d’un an après son élection à la tête de la communauté mohawk de Kahnawake, la grande cheffe Kahsennenhawe Sky-Deer dresse un bilan positif de son leadership. Malgré des mois particulièrement occupés et plusieurs dossiers en suspens, elle revient sur les enjeux qui ont marqué sa première année au pouvoir, lors d’une entrevue accordée à Espaces autochtones.

Certes, la victoire de Mme Sky-Deer, la première femme élue grande cheffe de Kahnawake, ainsi que la première personne LGBTQ, est historique et l’a rendue très fière. L’engouement pour la nouvelle grande cheffe a été important dans les médias, et elle a dû gérer les nombreuses demandes d'entrevue. Ses trois premières semaines au pouvoir ont été particulièrement prenantes, indique Mme Sky-Deer.

Il lui a aussi fallu gérer les nouveaux membres élus au Conseil mohawk, dont certains l’ont été pour la première fois et étaient des novices en politique. Ils ont dû prendre leurs marques et apprendre leur rôle, convient Mme Sky-Deer.

Il y en a trois qui sont plus jeunes que moi, déclare la grande cheffe de 42 ans. Elle constate que chaque membre du conseil apporte ses expériences, et qu’ils représentent bien la communauté. Ils ont le soutien de tous, affirme-t-elle.

La transparence et l’accessibilité des élus du Conseil mohawk de Kahnawake pour la population étaient l’un des engagements de Mme Sky-Deer. Nous sommes leurs représentants, insiste-t-elle, ajoutant que les élus travaillent tous pour la communauté. Nous prenons le contrôle de nos institutions, par nous et pour nous, note-t-elle.

Elle ajoute que les élus sont disponibles pour les membres de la communauté sur les réseaux sociaux et sur les plateformes numériques. Le site web du Conseil diffuse aussi un nombre croissant de communiqués pour assurer la diffusion des informations qui touchent les membres.

Sa rencontre avec la gouverneure générale du Canada, Mary Simon, la cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, et la grande cheffe du Grand Conseil des Cris, Mandy Gull-Masty, trois femmes, illustre une nouvelle manière de concevoir le leadership des Premières Nations, croit-elle.

Elle souligne également l’invitation qu’elle a reçue peu de temps après son élection pour se rendre à Mexico célébrer 500 ans de résistance des Premières Nations. Elle souhaite bâtir des relations avec d’autres communautés autochtones de l’île de la Tortue.

Car la recherche de partenaires parmi les autres Premières Nations permet de faire progresser les dossiers et de créer des opportunités pour le développement économique pour la communauté mohawk de Kahnawake.

Au pays, Mme Sky-Deer remarque une plus grande reconnaissance des nations autochtones de la part des Canadiens, qui va au-delà des stéréotypes et des minorités qui sont généralement admis. De cette manière, les Autochtones sont reconnus pour ce qu’ils sont, et pour ce qu’ils ont vécu – les Canadiens savent maintenant, explique Mme Sky-Deer.

S’occuper du politique

Mais c’est sur le plan politique que la tâche de Mme Sky-Deer a été la plus ardue – notamment dans les relations entre la communauté avec les gouvernements fédéral et provincial. Certains des défis qui l’ont tenue en haleine durant cette première année à la tête du Conseil mohawk de Kahnawake ne dépendent pas de sa volonté.

L’adoption de la loi 96 sur la langue française par le gouvernement du Québec heurte de plein fouet l’une des priorités de Mme Sky-Deer : la langue est la culture.

Dans ce contexte, la grande cheffe souhaite que les communautés autochtones au Québec en soient exemptées. Mme Sky-Deer dit comprendre pourquoi la loi a été adoptée, mais que [les Autochtones] ont à protéger leurs langues eux aussi.

Nous sommes les occupants originaux de ce territoire, insiste Mme Sky-Deer, et bien que la langue française soit un outil, les Autochtones doivent être capables de communiquer et de dialoguer avec Québec. Cependant, une autre langue étrangère peut s’avérer être un frein pour le développement et l’éducation des jeunes de la communauté.

Elle souligne par ailleurs que plusieurs Mohawks de Kahnawake ont obtenu des diplômes de maîtrise ou de doctorat, et que de nombreux jeunes souhaitent accéder aux études supérieures. Mais le faire en français est un sérieux fardeau à porter pour les jeunes, et la loi 96 pourrait grandement leur nuire.

Elle mentionne toutefois que des tables sectorielles ont été mises en place avec Québec pour discuter d’enjeux qui touchent plus particulièrement la communauté de Kahnawake. Elle aurait cependant préféré avoir accès à des rencontres plus régulières avec le premier ministre du Québec François Legault, et le ministre responsable des Affaires autochtones Ian Lafrenière.

Et s’il y a des relations avec le gouvernement fédéral, d’autres enjeux émergent et ont une incidence sur sa communauté. Mme Sky-Deer mentionne les revendications territoriales des Mohawks de Kahnawake, de même que l’appartenance à la communauté.

« Nous avons des préoccupations avec les membres [car] c’est Ottawa qui détermine qui est Mohawk. »

— Une citation de  Kahsennenhawe Sky-Deer, grande cheffe de la communauté mohawk de Kahnawake

Si Mme Sky-Deer rappelle les difficultés rencontrées pour les sites d’enfouissements illégaux parmi les principaux points d'achoppement, elle se dit optimiste quant à ses discussions avec ses interlocuteurs fédéraux, comme le ministre des Relations Couronne-Autochtones Marc Miller.

Centrée sur sa communauté

Mme Sky-Deer hésite à nommer le principal enjeu de sa première année de mandat à la tête de Kahnawake – il y en a plusieurs, commente-t-elle. Mais le logement fait certainement partie de la courte liste.

La construction de logements sur le territoire de la communauté va permettre à l’économie locale de prospérer et de les rendre fiers. Parce que le développement économique est aussi un dossier prépondérant. L’industrie du tabac a permis à la communauté d’engranger des revenus importants, mais il faut plus, selon elle.

La grande cheffe loue la construction du centre culturel de Kahnawake, un projet de plusieurs millions de dollars, qui permettra de diffuser davantage l’héritage culturel de la communauté. Nous sommes des gens fiers, souffle-t-elle, ajoutant que de nombreux artistes et acteurs sont issus de la communauté. Le but du centre, résume-t-elle, est d’offrir un espace pour les gens au cœur de Kahnawake, dans la mesure où la culture joue un rôle actif dans l’identité mohawk.

La santé et le bien-être de la population, c'est l’autre cheval de bataille de Mme Sky-Deer. La pandémie de COVID-19 a affecté lourdement Kahnawake, estime-t-elle, les restrictions sanitaires et la vaccination ayant représenté des défis importants.

Elle reconnaît aussi que l’héritage des pensionnats pour Autochtones pèse toujours sur les membres de sa communauté. Nous connaissons l’impact des écoles pour Autochtones [et] le traumatisme intergénérationnel des pensionnats, concède Mme Sky-Deer.

Selon elle, les problèmes de dépendances et d’abus dans la communauté, la dépression et la violence, ce n’est pas notre faute. Or, nous devons aller de l’avant, espère-t-elle, pour briser le cycle et trouver le chemin de la guérison. L’amour et la compassion permettront à la communauté de surmonter les nombreux traumatismes que portent en eux les Autochtones.

Elle cite la mise en place d’une équipe d’action sur le bien-être, qui est engagée dans un travail vers la guérison.

Kahsennenhawe Sky-Deer a été élue le 4 juillet 2021 avec 573 voix contre 368 pour sa plus proche rivale, Gina Deer. Elle a succédé à Joe Norton, décédé en août 2020 après avoir été grand chef de 1980 à 2004, et de 2015 jusqu’à sa mort.

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