•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’accès aux dossiers fédéraux des anciens « hôpitaux pour Indiens » se fait attendre

Des patients autochtones auraient subi des traitements expérimentaux à l'hôpital Camsell d'Edmonton.

L'hôpital Camsell d'Edmonton a soigné des patients autochtones de 1946 à 1996.

Photo : Université de l'Alberta

La Presse canadienne

Face à un recours collectif de 1,1 milliard $ pour les mauvais traitements allégués dans 29 anciens « hôpitaux pour Indiens » de compétence fédérale, le gouvernement se dit ouvert à une entente à l'amiable et à ouvrir les dossiers des établissements concernés. Mais certains sont sceptiques.

Georgina Martin est née à l'hôpital indien Coqualeetza, en Colombie-Britannique, après que sa mère y eut été confinée avec la tuberculose. Elle a par la suite grandi avec ses grands-parents dans la Première Nation de Williams Lake, tandis que sa mère est restée hospitalisée.

Depuis des années, cette professeure titulaire de la Chaire d'études autochtones de l'Université de l'île de Vancouver cherche des réponses concernant les traitements reçus par sa mère.

Elle déplore de ne pas avoir un portrait complet de son passé, bien qu'elle ait demandé à plusieurs reprises l’accès aux dossiers.

« Ma naissance dans un hôpital pour Indiens a été ma première expérience de trauma, qui a ensuite été exacerbée par le fait d'avoir été élevée sans la proximité d'une mère. »

— Une citation de  Georgina Martin, professeure

Dans la documentation actuelle, qui est très limitée, il n'y a aucune information disponible sur les effets de ces hôpitaux sur ma communauté, a dit Georgina Martin, dont les recherches portent sur les traumatismes intergénérationnels liés aux pensionnats et au système de santé.

Ce que je sais, c'est que je suis née là-bas. J'ai fait des efforts pour obtenir mon certificat de naissance et, jusqu'à présent, je n'ai pas été en mesure de savoir où je pouvais le trouver ni même s'il existe encore.

Une histoire troublante

Le gouvernement fédéral a construit un réseau d'hôpitaux pour Indiens au Canada à partir des années 1930 et son expansion s'est accélérée après la Seconde Guerre mondiale. Ces établissements ont été créés à l'origine pour traiter les Autochtones qui avaient contracté la tuberculose ou étaient soupçonnés de l'avoir contractée.

Par la suite, leur champ d'intervention a été élargi à toutes sortes de pratiques médicales, y compris les grossesses, les brûlures et les fractures. Mais en réservant ces établissements aux Autochtones, on venait de créer une forme de ségrégation qui perdura jusqu’en 1981. Cette année-là, les deux systèmes hospitaliers ont fusionné après que des inquiétudes eurent été exprimées concernant la façon dont les patients autochtones, y compris les enfants, y étaient confinés de force et traités.

Certains patients décédés dans les hôpitaux ont été enterrés dans l'anonymat, le gouvernement refusant souvent de payer les frais de rapatriement de leurs corps à leurs familles.

Désormais, les communautés cherchent des réponses.

Poursuite judiciaire contre le gouvernement

Le ministère des Relations Couronne-Autochtones a indiqué qu'il serait disposé à ouvrir les dossiers concernant les anciens hôpitaux indiens dans le cadre de toute réponse à un recours collectif de 1,1 milliard $ déposé en 2018 au nom des peuples autochtones ayant reçu des traitements dans ces établissements.

Un juge de la Cour fédérale a certifié le recours collectif en janvier 2020.

« Les survivants racontent des histoires de violence sexuelle, d'abus physiques, de séquestration. Ils racontent avoir été attachés à des lits d'hôpitaux pendant de longues périodes, isolés de leurs familles, et avoir subi des opérations chirurgicales sans anesthésie. »

— Une citation de  Adam Tanel, avocat du cabinet Koskie Minsky LLP

Aucune des allégations n'a encore été prouvée devant les tribunaux. Les peuples des Premières Nations méritent que soit instaurée une méthode efficace et fiable pour accéder à leurs propres documents historiques, tant au niveau individuel qu'au niveau communautaire, a ajouté Me Tanel.

Ottawa ouvert à une entente à l'amiable

Kyle Fournier, porte-parole du ministère des Relations Couronne-Autochtones, a déclaré qu'Ottawa travaillait en collaboration avec les parties en vue d'une résolution significative du recours collectif. Mme Fournier a laissé entendre que le gouvernement fédéral serait disposé à donner accès aux dossiers recherchés.

« Assurer la disponibilité des dossiers pour les anciens patients et leurs familles sera considéré comme faisant partie de toutes les discussions de résolution. »

— Une citation de  Kyle Fournier, porte-parole du ministère des Relations Couronne-Autochtones

La recherche pour collecter des documents pertinents à partir de diverses archives est en cours, a-t-elle ajouté.

Les universitaires qui ont eu un accès limité aux dossiers au moyen de demandes d'accès à l'information affirment que de nombreux patients autochtones atteints de tuberculose ont reçu un traitement obsolète pour la maladie, contrairement à la population non autochtone.

Plaidoyer pour plus de transparence

Laurie Meijer Drees, qui est également membre de la Faculté d'études autochtones de l'Université de l'île de Vancouver, a enregistré des témoignages d’Autochtones ayant été traités dans ces établissements pour son livre Healing Histories: Stories from Canada's Indian Hospitals, paru en 2013.

Elle affirme que la compréhension collective du traitement des patients est incomplète. Les histoires orales sont utiles, mais les documents de politique institutionnelle révéleraient les directives administratives, a-t-elle déclaré.

Les documents qu'elle a trouvés grâce à ses recherches suggèrent une attitude cavalière par rapport au consentement des parents d'enfants atteints de tuberculose. Je ne pense pas qu'il faille trop insister sur le consentement des parents pour les cas de tuberculose avérés. Il devrait être tenu pour acquis, indiquait une note gouvernementale de mars 1946, obtenue par Mme Meier Drees.

En 1953, une modification de la Loi sur les Indiens spécifiait que les personnes qui y étaient assujetties pouvaient être poursuivies si elles refusaient d'aller à l'hôpital ou de se conformer aux ordres d'un médecin.

Maureen Lux, qui enseigne l'histoire des relations entre les gouvernements et les Autochtones, et l'histoire de la médecine à l'Université Brock à St. Catharines, en Ontario, souhaite également que les documents soient rendus disponibles.

J’ai essayé d'obtenir tous les dossiers des hôpitaux indiens pendant 10 ans, a déclaré Mme Lux. Dernièrement, il s'est avéré très difficile d'obtenir quoi que ce soit.

Maureen Lux a écrit un livre sur le sujet en 2016 : Separate Beds: A History of Indian Hospitals in Canada, 1920s-1980s. Elle dit que de nombreuses familles ne savent toujours pas où sont enterrés leurs proches décédés dans les hôpitaux.

« Il est important que les hôpitaux ouvrent leurs dossiers, notamment pour que les familles puissent retrouver leurs proches. »

— Une citation de  Maureen Lux, professeure

En 2019, le premier ministre Justin Trudeau a présenté ses excuses à Iqaluit pour la politique du gouvernement fédéral sur la tuberculose au milieu du siècle dernier. Celle-ci prévoyait de séparer des milliers d'Inuit de leurs familles pour les envoyer se faire soigner dans des établissements du sud du Canada. Nombreux sont ceux qui ne sont jamais rentrés à la maison.

Le ministère des Relations Couronne-Autochtones a créé l'Initiative Nanilavut, une base de données pour aider les familles à accéder aux informations sur les Inuit qui ont été envoyés dans le sud pour des traitements contre la tuberculose entre les années 1940 et 1960, y compris le lieu où ils ont été enterrés.

Claudette Commanda, une aînée anichnabe de Kitigan Zibi, est aujourd’hui chancelière de l'Université d'Ottawa. Plusieurs membres de sa famille ont été envoyés dans des hôpitaux indiens, certains pendant des années.

Dans le cas de mon père, il a été envoyé dans l'un de ces hôpitaux pour Indiens. J'avais environ 13 ans et il y est resté au moins un an ou deux, a-t-elle déclaré. Dans le cas de mon mari, sa mère a été mise dans un hôpital indien. Ils y ont enlevé un de ses poumons.

Selon elle, plusieurs personnes de sa communauté sont revenues avec des cicatrices d'opérations au sujet desquelles ils n'avaient pas été correctement informés. Il n'y a pas de réconciliation sans vérité, a-t-elle affirmé. Ils doivent ouvrir ces archives.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !