•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’avenir du pergélisol du Yukon sous la loupe des experts et des Premières Nations

Vue aérienne d'un fleuve près de la terre.

Cette photo aérienne prise en 2021 montre l'effondrement d'une section du pergélisol qui a entraîné un glissement de terrain dans le fleuve Yukon, près de Whitehorse. Cela s'est produit tout près de la route de l'Alaska, bien visible dans le bas de la photo.

Photo : Université du Yukon

Radio-Canada

Plusieurs enjeux liés à l'occupation du territoire ont été au cœur de la Conférence sur le pergélisol du nord du Yukon qui s'est terminée vendredi, après cinq jours d'ateliers et de conférences portant sur les conséquences de la fonte du pergélisol et les moyens mis en œuvre par ses habitants pour s'adapter.

Les Premières Nations et les scientifiques sont inquiets pour le Yukon, dont certaines parties sont fragilisées par le dégel de son sous-sol, qui fond à une vitesse accélérée. Cela entraîne des changements irréversibles.

Le savoir autochtone est essentiel afin de trouver des moyens de s'adapter au dégel du pergélisol, affirme Chris Burn, un expert de l'Université Carleton et organisateur de la conférence. M. Burn sait de quoi il parle, car il a passé quatre décennies à étudier le pergélisol de cette partie du Canada.

Un homme devant un bar.

Chris Burn, de l'Université Carleton, à Dawson City, au Yukon, est spécialiste du pergélisol et de la glace de sol.

Photo : Radio-Canada / Chris MacIntyre

Notre voix compte

Outre la stabilité des terres, le dégel du sol pourrait aussi toucher des secteurs économiques plus particulièrement que d'autres. Du côté des perdants, il y a les sociétés minières dont l'avenir pourrait être incertain.

Plusieurs des parties concernées par le dégel du pergélisol ont pris part à ce grand rendez-vous, dont les gouvernements des Tr'ondëk Hwëchin et des Vuntut Gwitchin, la Première Nation des Na-Cho Nyak Dun et l'Association canadienne du pergélisol.

La voix des Premières Nations et des aînés compte, car nous avons beaucoup à apporter. Nous devons être entendus, affirme Jackie Olson, de la nation des Tr'ondëk Hwëchin, qui signifie peuple de la rivière en langue hän. Celle-ci a passé toute sa vie dans cette communauté de Dawson City.

Des conséquences bien visibles

Les conséquences du déplacement du pergélisol sont particulièrement visibles à Dawson City, poursuit Mme Olson. C'est qu'une partie de la ville est établie sur le pergélisol, censé être gelé en permanence et imperméable. Or, sa fonte modifie le sous-sol de la ville et endommage les infrastructures et le patrimoine bâti.

Les édifices commencent à se tordre. Vous pouvez surtout constater cela dans les vieux bâtiments qui n'ont jamais été réparés, à voir la manière dont ils commencent à s'incliner. Donc, la preuve que le pergélisol fond est là, ajoute-t-elle.

À Dawson City, avec le dégel, les édifices ont tendance à bouger et les propriétaires doivent s’ajuster aux mouvements tous les deux ou trois ans, confirme Fabrice Calmels, détenteur de la Chaire de recherche sur le pergélisol et la géoscience à l'Université du Yukon, à Whitehorse, qui compte une douzaine de campus sur le territoire.

Une chaire sur le terrain

La chaire, qui a bénéficié d'une aide de 400 000 $ pour étudier ce problème, vient d'ailleurs d'acquérir une unité de recherche mobile. Cela facilitera le travail des chercheurs sur le terrain.

Mme Olson est convaincue qu'il faut pousser les décideurs à agir et que tous doivent s'y mettre. En tant qu'individu, cela peut sembler une tâche impossible, mais si nous commençons tous à y penser, nous pouvons partager cette information et en parler de plus en plus afin que les personnes qui sont en mesure de changer les choses entendent notre message.

Parmi les autres signes qui ne trompent pas, celle-ci mentionne la grande imprévisibilité du temps, l'intensité accrue des feux de forêt, le changement des glaciers. À cela s'ajoutent les animaux qui assistent, impuissants, aux modifications de leur environnement.

Un édifice fermé dans une rue au Yukon.

La patinoire, la piste de curling ainsi que le salon de curling qui logeaient dans cet édifice de Dawson City ont été fermés en 2017 en raison de la fonte du pergélisol.

Photo : Capture d'écran - Google Maps

À l'extrémité nord du territoire traditionnel des Na-Cho Nyak Dun, par exemple, il est possible de constater de visu les nombreuses perturbations du pergélisol qui peuvent être vues des kilomètres à la ronde.

Des choses qui ne se sont pas produites depuis 14 000 ans surviennent, ajoute Chris Burn. Et, malheureusement, plusieurs de ces changements présentent des risques tant pour les poissons que pour la faune.

Il y a environ 20 ans, par exemple, il y avait peu de perturbations en raison du pergélisol sur la route Dempster. Mais, aujourd'hui, les choses ont changé.

Une route passe entre des arbres sous un ciel nuageux.

La route Dempster va de Dawson City, au Yukon, jusqu'à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Photo : Radio-Canada / Avery Zingel

Le nouveau monde du dégel du pergélisol

Les Vuntut Gwitchin, d'Old Crow, sont aux premières loges des changements climatiques, où le dégel du pergélisol a provoqué l'effondrement des terres dans la rivière.

Le chef des Vuntut Gwitchin, Dana Tizya-Tramm, est convaincu que le dégel du pergélisol finira par nuire aux poissons et à la faune. Il a déclaré à CBC que les discussions de cette conférence portaient sur les générations futures.

Nous devons vraiment nous rassembler, car les décisions que nous prenons maintenant sont exponentielles et résonnent. Ces décisions sont basées sur la qualité des conversations d'aujourd'hui.

Un homme portant une veste d'inspiration autochtone se tient devant une rivière.

Le chef de la Première Nation Vuntut Gwitchin, Dana Tizya-Tramm, devant la rivière Porcupine à Old Crow

Photo : Radio-Canada / Jackie Hong

Bien qu'il déplore les effets néfastes sur l'environnement des voyages en avion et des déplacements en voiture, M. Burn, de l'Université Carleton, est convaincu que la tenue des grands événements comme celui qu'il a organisé permet aux scientifiques et aux Premières Nations d'établir des relations et d'approfondir leur compréhension des impacts directs du dégel du pergélisol sur les communautés des régions touchées.

Le grand géorisque

Les participants ont eu l'occasion d'effectuer des visites sur le terrain afin de constater directement les conséquences du dégel du pergélisol.

Ceux-ci ont discuté des géorisques d'un climat changeant, comme les glissements de terrain ou les dommages aux routes et aux maisons ainsi que du grand géorisque lié au dioxyde de carbone et au méthane libérés par le pergélisol en train de fondre, a ajouté M. Burn.

Ils ont également discuté de l'adaptation aux changements climatiques et de la manière dont l'exploitation minière pourrait devoir s'adapter en fonction de la chimie modifiée des eaux souterraines et de celles qui entrent en contact avec des matières qui n'avaient pas été touchées depuis des milliers d'années.

Un homme sourit devant une fenêtre.

Consultant en environnement, Bill Slater estime que le dégel du pergélisol influera sur la planification des projets miniers ainsi que sur la fermeture et la remise en état des mines existantes.

Photo : Radio-Canada / Chris MacIntyre

C'est un monde nouveau dans lequel nous plonge le dégel du pergélisol, avance pour sa part le consultant Bill Slater qui a participé à la conférence sur l'adaptation à ce nouvel environnement.

Les habitants nous informent de ce que ces changements signifient pour eux, ce qui renseigne les scientifiques sur la manière dont ces changements surviennent. C'est aussi l'occasion de constater comment cela affecte directement ces communautés, ajoute celui qui s'est investi dans la gestion de l'eau du Yukon pendant 30 ans, et qui a agi à titre de consultant auprès de gouvernements autochtones.

Les conversations sur les changements climatiques tournent souvent autour des émissions des véhicules ou de la combustion de carburant, mais concernent rarement le type d'émissions qui pourraient être créées en creusant une zone humide, par exemple, ou en libérant du carbone qui a été stocké pendant des milliers d'années dans le pergélisol, déplore M. Slater.

Notre examen des conséquences des projets que nous réalisons et la manière dont ils pourraient perturber le pergélisol doivent être plus complets.

D'après un reportage d'Avery Zingel, de CBC, et de l’émission Panorama

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...