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La CAQ et les Autochtones : « 4 ans de rendez-vous manqués »

Ghislain Picard et, derrière lui, Ian Lafrenière.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), et Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À l’aube de la campagne électorale au Québec, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, se réjouit des avancées effectuées au cours du premier mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ) et estime que le gouvernement est sur la bonne voie. Cependant, pour l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) et les trois partis d’opposition, rien n’est moins certain.

Le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, a dressé en juin un bilan historiquement décevant des relations entre le gouvernement du Québec et les Premières Nations.

Les rapports entre le gouvernement caquiste et l’organe représentant les Premières Nations du Québec ont en effet été tendus.

Respect de la langue et de la culture, droits de l'enfance et discrimination, le gouvernement Legault n'a livré sur aucun de ces aspects et a démontré non seulement de l'arrogance, mais aussi un manque flagrant de considération pour les réalités des Premières Nations, écrit le chef Picard, qui n'a pas acquiescé aux demandes d'entrevue d'Espaces autochtones pour cet article.

« Nous avons malheureusement assisté à quatre années de rendez-vous manqués. »

— Une citation de  Ghislain Picard, chef de l'APNQL, dans un communiqué

Je suis en grand désaccord avec M. Picard là-dessus, rétorque le ministre Lafrenière en entrevue téléphonique. Ça arrive dans les meilleures familles, mais qu'on soit en désaccord ne nous empêche pas de faire notre travail.

« De belles choses ont été faites, mais on ne vient pas dire que tout est réglé. »

— Une citation de  Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones

On ne peut pas corriger 400 ans en 4 ans, illustre-t-il.

Pour le ministre, le gouvernement a jeté les bases de choses importantes, même s'il reste des choses à faire.

Ian Lafrenière cite entre autres la loi 79 sur le soutien aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés, qui a déjà donné des résultats concrets.

Le ministre se réjouit également de la création de trois centres d'hébergement pour étudiants autochtones et de l'accord de principe obtenu avec les Anishnabeg en 2021.

Le fait qu'il ait pu visiter les 55 communautés autochtones à travers le Québec est aussi une grande fierté, tient à souligner le ministre.

Du point de vue de l'APNQL, le refus du gouvernement Legault de reconnaître le concept de racisme systémique fait de l'ombre à ces initiatives.

Dans la foulée du décès tragique de Joyce Echaquan, le ministre Ian Lafrenière s'était engagé au minimum requis par les circonstances : inclure la notion de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux, rappelle Ghislain Picard. Ce printemps, le gouvernement a renié sa parole en renonçant à amender la LSSS en ce sens.

D'autres pommes de discorde

En plus du racisme systémique, la protection de la jeunesse a également été un dossier qui a mis à mal les relations entre les Premières Nations et le gouvernement au cours des quatre dernières années.

« Le gouvernement Legault a écarté plusieurs des principales recommandations de la commission Viens [sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec] et de la commission Laurent [sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse] », soulignait récemment M. Picard.

Dans leurs rapports finaux, ces deux commissions ont recommandé que les Premières Nations aient le contrôle de leurs propres services à l'enfance et à la famille.

Pour l'APNQL, le fait que Québec conteste en Cour suprême la loi fédérale C-92, qui reconnaît ce principe, démontre que peu de respect est accordé au droit à l'autodétermination des Autochtones.

Au cours de la dernière année, les enjeux linguistiques ont créé des différends entre les Premières Nations et le Québec en raison de l'adoption du projet de loi 96 qui actualise la Charte de la langue française et une vingtaine d'autres lois.

Les Premières Nations voulaient en être exemptées, puisque leurs langues et leurs cultures sont grandement fragilisées.

En 1977, rappelait alors l'APNQL, les communautés autochtones avaient été exemptées de l'application de la Charte de la langue française.

Les questions relevant de la protection du caribou ont aussi été sources de déception chez les Premières Nations. Dernièrement, l'APNQL déplorait les manières de fonctionner de la Commission indépendante chargée de ces travaux.

Des communautés innues se sont même rendues devant les tribunaux, sentant qu'elles n'avaient pas été consultées adéquatement.

Des relations pas suffisamment prises au sérieux

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), n’accorde pas la note de passage au gouvernement Legault en ce qui a trait à sa gestion des enjeux touchant les Autochtones.

Parfois, j’ai honte de l’attitude de M. Legault face aux peuples autochtones, affirme-t-elle.

Il utilise l'expression de "nation à nation", mais dans les faits, le chef de notre État ne va pas s'asseoir avec le chef des autres nations, constate-t-elle.

C'est sûr que M. Lafrenière peut faire son possible, mais quand le chef de ton parti ne prend pas plus que 15 minutes dans un grand forum pour aller s'asseoir et répondre aux questions des chefs, ça envoie un grand message, dit Mme Massé en référence au Grand cercle économique des Peuples autochtones et du Québec de novembre 2021 pendant lequel il a été reproché à François Legault d'avoir presque ignoré les chefs des Premières Nations.

C'est une situation qui a également marqué le Parti québécois (PQ).

L'attitude du premier ministre a été, par moment, problématique, affirme le candidat péquiste dans Saint-Hyacinthe, Alexis Gagné-Lebrun.

Sa présence et ses interactions avec les chefs au Grand cercle économique ont été ponctuées de faux pas, poursuit-il. C'est dommage que ça soit associé au Québec.

Comme chez QS, on estime au PQ que davantage doit être fait pour régler les questions territoriales et d'autonomie.

Le partage des territoires, ça ne marche pas!, soutient Manon Massé.

Un cadre doit être établi pour les négociations, dit quant à lui Alexis Gagné-Lebrun. Les peuples autochtones devraient également avoir une façon de se faire entendre sur les projets de loi avant que l'Assemblée nationale les adopte.

Un manque de représentation et de compréhension

Tunu Napartuk, candidat du Parti libéral du Québec (PLQ) dans Ungava, estime pour sa part que le gouvernement caquiste a démontré qu'il était déconnecté des situations touchant le nord du Québec.

C'est un manque de représentation, souligne le candidat.

Au Nunavik, chez les Inuit, ou dans Eeyou Itschee, chez les Cris, la CAQ n'est pas présente, poursuit celui qui a été maire de Kuujjuaq de 2012 à 2018.

Nous sommes éloignés, nous sommes isolés, on n'a pas toujours les services et les ressources nécessaires à une meilleure qualité de vie, dit M. Napartuk. Le soutien du gouvernement devient donc essentiel.

On peut s'attendre à ce que les Autochtones tentent de se tailler une place importante au sein des débats publics d'ici le 3 octobre, jour de scrutin.

Face à tant de rebuffades, nous nous assurerons d'être entendus au cours des prochains mois et de la campagne électorale. Le respect de nos droits fondamentaux en dépend, a d'ailleurs fait savoir Ghislain Picard en juin.

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