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Alika Lafontaine, premier Autochtone président de l’Association médicale canadienne

Deux médecins masqués dans une salle d'examen.

Le Dr Alika Lafontaine (à droite) en compagnie de sa collègue, la Dre Sunelle Strydom. Le Dr Lafontaine deviendra le premier Autochtone à être président de l'Association médicale canadienne (AMC).

Photo : CBC / Dr Brian Goldman

Radio-Canada

Lorsqu’il était enfant, le Dr Alika Lafontaine bégayait et avait un trouble d'apprentissage. De plus, ses enseignants lui avaient dit qu'il n'obtiendrait jamais son diplôme d'études secondaires.

J'avais de grosses difficultés d'apprentissage, a précisé le Dr Lafontaine en entrevue avec le Dr Brian Goldman pour White Coat, Black Art. Les gens étaient prompts [...] à m'étiqueter comme quelqu'un qui ne pouvait pas réussir à cause de mes difficultés d’apprentissage.

Toutefois, le 21 août 2022, le Dr Lafontaine entrera en fonction comme président de l'Association médicale canadienne (AMC). Il deviendra ainsi le premier dirigeant autochtone de l’AMC.

Cependant, cette nomination survient à un moment où le système de santé au Canada est aux prises avec des difficultés exacerbées par la pandémie de COVID-19 : des médecins souffrent d'épuisement professionnel, des infirmières démissionnent en masse et des patients doivent subir de longues attentes dans les urgences.

En tant que président de l'AMC, le Dr Lafontaine devra aussi superviser plus de 68 000 médecins et stagiaires qui sont membres de cette association. L'AMC est le plus vaste regroupement de défense des intérêts des médecins au Canada.

« J'espère que tous les médecins du pays auront l'impression d'être entendus comme jamais ils ne l'ont été auparavant. »

— Une citation de  Le Dr Alika Lafontaine, président de l'Association médicale canadienne

Le Dr Lafontaine a grandi sur le territoire du Traité 4, dans le sud de la Saskatchewan. Il travaille comme anesthésiste à l'hôpital régional de Grande Prairie, en Alberta.

Il explique que les défis qu'il a dû relever en grandissant ainsi que ses expériences en tant que médecin autochtone – M. Lafontaine a des ancêtres métis, ojibwés et cris – l'aident à mieux comprendre ceux qui ont l'impression de ne pas avoir de voix.

Le Dr Lafontaine se tient debout dans une salle d'opération d'un hôpital.

À titre de président de l'Association médicale canadienne, le Dr Lafontaine va superviser plus de 68 000 médecins et stagiaires membres de la plus importante association de défense des intérêts des médecins au Canada.

Photo : CBC / Dr Brian Goldman

Le Dr Lafontaine a obtenu son diplôme d'études secondaires à l’âge de 14 ans. Il a ensuite entrepris ses études dans une école de médecine. Enfin, il a complété sa résidence en médecine à l’âge de 28 ans.

Il décrit les expériences qu’il a vécues durant son enfance comme une énorme motivation.

Le Dr Lafontaine s’est entretenu avec Brian Goldman au sujet de ses espoirs et de ses priorités à la tête de l’Association médicale canadienne.


Brian Goldman : Pas un jour ne passe sans qu'on lise sur les médias sociaux qu'un service d'urgence ne peut plus accepter de nouveaux patients pour quelques heures ou quelques jours. Quel est votre point de vue sur cette situation? Il y a des gens qui disent que le système est proche de l'effondrement, ce qui est probablement exagéré.

Le Dr Alika Lafontaine : Je pense que cela dépend de l'endroit où on se trouve. La crise des ressources humaines dans les services de santé touche les gens différemment, selon la disponibilité et les options des services.

Si une personne n'a accès qu'à une seule salle d'urgence dans toute sa ville, comme ici à Grande Prairie, la crise des ressources humaines en santé va la toucher de manière bien différente.


Brian Goldman : Le service des urgences [de Grande Prairie] a-t-il déjà fermé ses portes?

Le Dr Alika Lafontaine : Pas celui-ci. Mais beaucoup d’autres services d'urgence des environs ont dû fermer, et cela a mis beaucoup de pression sur notre propre service d'urgence, parce que les patients doivent être vus quelque part pour leurs problèmes [de santé].

Je crois qu'à certains endroits, le système est au bord de l'effondrement. Je crois aussi que ces endroits se trouvent généralement à l'extérieur des grands centres.

Le stress lié à l'obligation d'être sur place en permanence est quelque chose que les travailleurs de la santé, de tous les secteurs [d’activité], trouvent normal. En effet, il est devenu normal pour les infirmières qu'on leur refuse leurs vacances et qu'elles soient obligées de revenir à l'hôpital. Il est aussi devenu normal pour les médecins de travailler bien au-delà de leur épuisement, de leur seuil de tolérance.

Nous vivons maintenant dans un environnement où les soins en pâtissent [...]. Des centaines de milliers de personnes n'ont pas reçu de soins parce que nous avons dû interrompre les services au milieu de la pandémie à cause de la surcharge dans les hôpitaux, sans compter d'autres facteurs.

Mais maintenant, les gens comprennent que les choses que nous avons faites durant la pandémie de COVID-19 ne sont pas normales pour nous et que cela a des répercussions sur tout ce que nous faisons.

Lorsqu'on ne prend jamais de congé, cela a pour conséquence d’endommager notre corps. [Ça] nuit aux relations et à notre capacité d'être heureux et plein d'espoir. Les gens ont besoin d'espace et de temps afin de récupérer. Or, parfois, cet espace n'est pas offert parce que le système [de santé] a simplement l'habitude de dire : Allez-y. Vous devez aller travailler. Et on doit se rendre au travail. Alors, les gens partent.


Brian Goldman : Vous êtes sur le point d'assumer le rôle de président de l'Association médicale canadienne. Qu'est-ce que cela vous fait?

Le Dr Alika Lafontaine : C'est surréel. Je pense à la confiance que mes collègues de l'Alberta m'ont témoignée en me choisissant comme prochain président de l'AMC, au fait de devenir la voix des médecins canadiens et à ce que cela signifie.

Le rôle de président de l'AMC consiste à aider les gens à comprendre comment leur travail s'inscrit dans le contexte plus vaste du système de soins de santé. Comment nous devons lier les objectifs ambitieux que nous avons pour les soins lorsqu'ils se heurtent à la résistance du système et comment nous pouvons mieux faire les choses.

La guérison va prendre beaucoup de temps. Le problème ne sera pas résolu à 100 % au cours de l’année où je serai président de l’AMC, mais je crois que nous pouvons tous avoir un impact important lorsque nous disons la vérité là où nous nous trouvons.


Brian Goldman : Vous êtes le premier médecin autochtone à occuper ce poste. Que voudriez-vous accomplir en tant que premier président autochtone de l'AMC?

Le Dr Alika Lafontaine : J'aimerais qu’on trouve normal le fait que des médecins autochtones occupent des postes et dirigent des organisations.

Il faut en outre créer un espace non seulement pour les communautés autochtones mais aussi pour les communautés qui n'ont pas été présentes mais qui devraient l'être.

Je crois que nous essayons de résoudre des problèmes [et] si nous n'invitons pas à la table [de discussion] les personnes qui souffrent réellement de ces problèmes, alors nous passerons à côté des éléments les plus importants pour comprendre ces problèmes au sein du système. Nous avons historiquement exclu des voix et écarté des gens.

Et je pense qu’il faut des gens sans voix à ces postes de pouvoir pour que nous puissions comprendre ce qui manque [dans les organes de gouvernance].

D’après un texte de Ruby Buiza, CBC

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