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Présence autochtone : 30 ans d’un festival « enraciné » à Montréal

Un homme portant des lunettes.

Le fondateur et directeur artistique de Présence autochtone, André Dudemaine

Photo : Présence autochtone

Ismaël Houdassine

Le Festival international Présence autochtone est devenu au fil des ans l'un des rendez-vous incontournables du paysage culturel montréalais.

Au lendemain de la soirée de clôture de la 32e édition, son fondateur et directeur artistique, André Dudemaine, revient sur le chemin parcouru de cet événement consacré aux oeuvres autochtones dans les domaines du cinéma, de la musique et des arts visuels.

Après plus de deux ans de pandémie, Présence autochtone s’est déroulé cet été sans aucune restriction sanitaire, un soulagement pour André Dudemaine, content d’avoir pu retrouver son public en chair et en os.

C’était enfin de véritables retrouvailles, lance-t-il en entrevue téléphonique.

« On réalise que le festival est enraciné dans la métropole, en particulier auprès des Autochtones et d’un public fidèle. »

— Une citation de  André Dudemaine, fondateur et directeur artistique de Présence autochtone

Fini donc les rencontres virtuelles, les programmations tronquées ou réduites, l’édition 2022 a été l’occasion de relancer la machine avec un menu comportant des centaines de créations autochtones venues des quatre coins du monde.

Il y a eu plusieurs moments forts, comme le concert baptisé Quelque part et autres lieux qui mélange tradition orale et musique classique. La soliste inuk Deantha qui interprète sur scène les mots de la poète innue Joséphine Bacon, c’est inoubliable, souligne M. Dudemaine.

Pour une pleine reconnaissance des artistes autochtones

Présence autochtone a inauguré sa première édition en 1990. C'était l’année de la crise d’Oka. Les revendications des Premières Nations au Québec ouvraient les bulletins d’information dans une ambiance électrique.

André Dudemaine se souvient qu’à l’époque, l’arrivée d’un festival consacré à l’art autochtone était loin de faire l’unanimité. Il a fallu se battre à contre-courant afin de faire changer les esprits. On y est arrivé avec de la patience, il reste que ça n’a pas toujours été facile.

« Pour la plupart des gens, les artistes autochtones, ça n’existait pas dans la scène culturelle. Ceux qui tentaient de faire une percée dans le milieu étaient relégués à la marge, leur travail considéré comme désuet ou folklorique. »

— Une citation de  André Dudemaine, fondateur et directeur artistique de Présence autochtone

Beaucoup de gens dans les années 1990 pensaient que la production artistique autochtone n’était pas assez abondante pour nourrir la programmation d’un festival annuel, raconte le fondateur qui s’est alors fait visionnaire. Il croyait à son projet dur comme fer, même si les débuts du rendez-vous demeurent pratiquement confidentiels.

Il fallait voir plus loin que son nez, explique-t-il. Je rappelais aux sceptiques la pyramide des âges chez les communautés autochtones, avec bientôt l’arrivée d’une nouvelle génération. Ces jeunes qui portent en eux des occasions de création vont vouloir proposer des façons de voir l’identité dans différents domaines artistiques.

André Dudemaine cite en exemple l’émergence récente de cinéastes autochtones d’ici (Jeff Barnaby, Tracey Deer, etc.) qui ont réussi à faire leur marque dans l’industrie. Et tous les secteurs artistiques sont concernés, précise-t-il. En 30 ans, le chemin vers la reconnaissance est énorme. Rien qu’à la dernière Biennale de Venise, il y a eu un pavillon entièrement dédié aux artistes samis de la Scandinavie.

De jeunes Autochtones s'occupent respectivement du son et de la caméra lors d'un tournage.

Cofondé en 2003 par Manon Barbeau, le Wapikoni mobile a été lancé en 2004 dans le cadre du festival Présence autochtone à Montréal.

Photo : Mathieu Buzzetti

En 30 ans d’existence, l’événement a traversé bien des tempêtes, mais le festival a également vécu plusieurs moments de grâce, notamment avec la venue en 2001 de la militante des droits de la personne Rigoberta Menchú, lauréate du prix Nobel de la paix en 1992.

Elle nous a donné du prestige et fait connaître le festival à l’international, en particulier en Amérique du Sud, d’où elle est originaire. Depuis sa visite, on décerne chaque année un prix qui porte son nom, raconte André Dudemaine.

Trois décennies plus tard, la manifestation n’a pas fini de se développer, jure le fondateur qui voit son festival comme un lieu d’imagination pour les artistes inuit et membres des Premières Nations.

« Je veux que Présence autochtone deviennent un véritable terrain de jeu, une structure flexible et malléable où chacun peut venir créer. »

— Une citation de  André Dudemaine, fondateur et directeur artistique de Présence autochtone

André Dudemaine souhaite aussi rajeunir le public du festival avec des propositions ludiques et numériques visant les moins de 15 ans. Il a d’ailleurs accueilli cet été un certain nombre de jeunes représentants autochtones comme l’Abénakis Xavier Watso et l’Américaine Naiomi Glasses, membre de la Nation Navajo.

Ce sont des créateurs de contenus sur l’application TikTok. Ces deux jeunes artistes utilisent les réseaux sociaux pour parler de ce qu’ils font et de leur culture. C’est cela aussi, Présence autochtone, illustre-t-il.

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