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Peu de ressources pour les Autochtones LGBTQ+ au Québec

Une version du drapeau bispirituel.

Une version du drapeau bispirituel

Photo : Radio-Canada / Graphisme : Camile Gauthier

Philippe Granger

Au Québec, il n’existe pas d’organismes voués spécifiquement aux personnes autochtones LGBTQ+ et aux personnes bispirituelles. En fait, les ressources sont extrêmement limitées pour cette tranche de la population, déplorent les principaux concernés.

Il y a un manque d'espace, d'écoute et de ressources.

C'est la conclusion à laquelle est arrivée l'équipe d’Annie Pullen Sansfaçon dont Johnny Boivin travaille comme assistant de recherche à l'Université de Montréal.

Ses collègues et lui se sont penchés sur la situation des bispirituels à Montréal. Pour ce faire, ils ont notamment rencontré de manière régulière des jeunes bispirituels, le tout avec l'aide de l'organisme Projet 10.

Il n'y a pas beaucoup de ressources qui sont culturellement appropriées pour les Autochtones, explique le Montréalais d'origine innue et atikamekw.

Qu'est-ce que la bispiritualité?

Terme générique, dont la définition peut varier dans les diverses communautés autochtones, qui désigne les Autochtones qui assument des rôles, des attributs, des vêtements et des attitudes de sexes multiples pour des raisons personnelles, spirituelles, culturelles, cérémoniales ou sociales. Le terme peut se référer à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre ou à l’expression de genre. Toutes les personnes autochtones de minorités sexuelles ne s’identifient pas comme bispirituelles : certaines peuvent s’identifier comme lesbiennes, gaies, bisexuelles ou trans.

Source : Gouvernement du Québec

À lire aussi : La bispiritualité, cette identité de genre autochtone mal connue

D'après ses recherches, il y aurait trois grands piliers expliquant les besoins des bispirituels.

« Il y a un manque d'éducation, de safe space et de représentation. »

— Une citation de  Johnny Boivin, assistant de recherche à l'Université de Montréal

Dans un désir de répondre à ces trois piliers qui sont autant de défis – et jugeant que, historiquement, la recherche n'est pas le meilleur allié des peuples autochtones –, Johnny Boivin et son équipe ont mis en place MAMU, un balado où les jeunes bispirituels interrogés durant leur recherche peuvent parler des enjeux qui les concernent.

Selon l'assistant de recherche et artiste, ce balado, dont les jeunes sont eux-mêmes les instigateurs, aura permis de respecter la tradition orale, élément au cœur de la culture autochtone, et de donner aux jeunes accès aux données récoltées par le chercheur.

Égoportrait d'un homme dans la nature.

Johnny Boivin s'est penché sur la bispiritualité à Montréal en tant qu'assistant de recherche.

Photo : Courtoisie de Johnny Boivin

Johnny Boivin est déçu de constater que le cercle de discussion auquel il a collaboré est l'un des seuls regroupements bispirituels de la province, voire le seul, alors que, dans l'ouest du pays, les ressources destinées à ces personnes sont plus nombreuses.

Il y a un manque de mobilisation au Québec, tranche Johnny Boivin.

La bispiritualité est taboue dans certaines communautés, même si ça fait partie de nos communautés depuis des millénaires, se désole-t-il par ailleurs.

Encore beaucoup de travail à faire, jugent des militants

De nombreuses organisations autochtones incluent graduellement les enjeux LGBTQ+ autochtones dans leur champ d’activité. C'est le cas par exemple de l'organisation Mikana, qui a organisé il y a quelques semaines un évènement de partage de connaissances 2SLGBTQIAA+.

Les LGBTQ+ autochtones peuvent également se tourner vers certains organismes LGBTQ+, comme Projet 10. Ces derniers sont de plus en plus à l’affût des réalités vécues par ce groupe particulier, et sont donc de plus en plus outillés pour les soutenir.

Il y a place à l'amélioration, confie toutefois la travailleuse sociale et militante bispirituelle Gina Metallic.

Pour cette Mi'kmaw ayant vécu de nombreuses années à Listuguj et à Montréal, le fait de s'affirmer à la fois comme bispirituelle et comme Autochtone a été dur, et ce, autant en communauté qu'en ville.

« Aucun des deux mondes ne comprenait qui j'étais fondamentalement. […] Je me suis sentie seule et isolée. »

— Une citation de  Gina Metallic, travailleuse sociale, chercheuse et militante bispirituelle

Elle explique qu'elle avait peur de dévoiler sa sexualité en communauté, mais qu'elle subissait également du racisme et de la discrimination en ville.

Il y avait une sorte de romantisation et de fétichisation des peuples autochtones par la communauté queer, explique-t-elle.

L'auteur Maloose aboutit à des constats similaires. L'homme originaire de la Nation crie d'Eeyou Istchee considère que, bien que la société soit de plus en plus sensibilisée à ces réalités, le manque de ressources est encore bien présent.

« Si quelqu'un est en détresse, on l'envoie au sud. Mais au sud, il n'y a pas plus de service pour cette personne. »

— Une citation de  Maloose, auteur

L'auteur, qui s'identifie comme homosexuel, admet qu'il se serait peut-être approprié le terme bispirituel s'il était apparu plus tôt.

J'ai fréquenté des institutions francophones. La manière de soutenir était coloniale et francophone, raconte-t-il, expliquant ainsi qu'il n'a été sensibilisé que dans les dernières années à la bispiritualité.

Gina Metallic juge que la langue n'est pas un aspect à négliger dans ces défis pour les LGBTQ+ autochtones.

Nous avons à nous assurer que les services sont suffisamment égaux pour pouvoir servir en anglais et en français, et que les personnes qui parlent [une langue autochtone] peuvent être aussi servies, explique la travailleuse sociale.

Une femme debout sourit à la caméra, à l'extérieur.

Gina Metallic est originaire de la Nation mi'gmaw de Listuguj.

Photo : Courtoisie de Gina Metallic

En juin 2021, Femmes et Égalité des genres Canada, en collaboration avec la Coalition des familles LGBT, a publié un rapport sur les besoins des personnes autochtones LGBTQ+ et bispirituelles.

Le rapport, rédigé par la chercheuse Elizabeth Diane Labelle, constate que les différentes expressions de la sexualité et les diverses identités de genre ne sont pas encore acceptées ou affirmées au sein des communautés autochtones, et que les défis sont également nombreux pour les personnes hors des communautés.

Cette stigmatisation aurait un impact considérable sur la santé des personnes concernées. Le rapport appelle donc les organismes alliés à aider les LGBTQ+ autochtones en leur fournissant une assistance temporaire tout en aidant les organismes régionaux et locaux à renforcer leurs capacités.

À cet effet, 14 recommandations ont été soumises dans le cadre de la recherche.

L'homme sourit à la caméra et derrière lui on voit les boules vertes qui surplombent la rue Sainte-Catherine dans le Village gai.

Maloose a été porte-parole du Cercle bispirituel du centre communautaire Montréal autochtone.

Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Si ce rapport n'est pas la première étude concernant les personnes LGBTQ+ et bispirituelles autochtones à avoir été publiée, l'auteur Maloose juge que ces documents sont trop souvent tablettés.

On ne fait rien avec ces études, se désole Maloose.

La visibilité des Autochtones LGBTQ+ en lente croissance

La présence d'Autochtones ouvertement LGBTQ+ semble de plus en plus marquée, notamment dans le secteur de la culture.

Dans les dernières années, des films comme Wildhood (Des racines et des ailes) ou The Miseducation of Cameron Post ont mis en avant des personnages bispirituels. L'actrice queer originaire de Kahnawake Kawennáhere Devery Jacobs est aussi en train de prendre d'assaut Hollywood, elle qui a récemment joué dans la célèbre série Reservation Dogs et le film québécois Bootlegger.

Deux jeunes hommes autochtones s'enlacent.

Le film « Wildhood » (« Des racines et des ailes ») explore la question LGBTQ+ en contexte autochtone.

Photo : Gracieuseté : Riley Smith

Pour l'édition de cette année, le festival Fierté Montréal a parsemé sa programmation d’artistes autochtones, décidant de ne pas mettre tous les artistes autochtones dans une seule et unique activité.

Les Autochtones à Fierté Montréal

  • IMAGE+NATION@FIERTÉ tout ce qu’on est : INDIGIQUEER / BPOC (5 août)
  • Kahsennehawe Sky-Deer - Conférence 3 : Movers and Shakers - Femmes queers d’influence (6 août)
  • Laura Niquay - FeminiX (6 août)

Seule la diffusion de films en ligne le 5 août – en collaboration avec le festival de cinéma LGBTQ+ image+nation – mettra une majorité d’artistes autochtones à l’affiche.

La présence d'Autochtones LGBTQ+ ne se fera pas seulement du côté culturel, mais également du côté politique, avec la participation de la grande cheffe Kahsennehawe Sky-Deer à un panel de discussion, auquel participe notamment la députée provinciale et co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.

Espaces autochtones

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