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« Génocide » dans les pensionnats : « On ne peut pas trouver de mot meilleur que ça »

Portrait du pape François à bord d'un avion.

Durant son voyage de retour en avion au Vatican, le pape François a admis pour la première fois que les Autochtones dans les pensionnats ont subi un « génocide ».

Photo : Associated Press / Guglielmo Mangiapane

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

« Quand je regarde ce que "génocide" veut dire, arracher des enfants des pères, des mères, de leur milieu [...], ne pas parler leur langue [...], c’est tenter de détruire une race, et le génocide est bel et bien là », a déclaré l’ancien chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui, après que le pape François eut estimé que les peuples autochtones ont subi un « génocide » dans les pensionnats.

On s’est réveillés ce matin en entendant des propos que tout le monde attendait, que le pape déclare que ce qui s’est passé, c’est un génocide, ajoute M. Sioui, qui croit qu'on ne peut pas trouver de mot meilleur que ça pour décrire ce que les Autochtones ont vécu dans ces établissements.

Rectificatif

Une version précédente de ce texte attribuait, à tort, au professeur Jean-François Roussel des propos voulant que l'Église catholique savait que ce qui se déroulait dans les pensionnats pour Autochtones s'apparentait à un génocide. Nous avons modifié le texte pour mieux refléter ses propos.

C'était la première fois que le souverain pontife utilisait ce mot pour décrire les actions des membres de l’Église catholique dans les pensionnats pour Autochtones.

Des journalistes lui ont demandé pourquoi il n’avait pas mentionné le mot génocide quand il était en sol canadien. Je n’ai pas prononcé le mot parce que cela ne m’est pas venu à l’esprit, mais j’ai décrit un génocide, a-t-il répondu. Il a ajouté qu’il a présenté des excuses, demandé pardon pour ce processus qui est un génocide. Je l’ai condamné.

Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada avait déjà souligné que ce que les Autochtones ont subi dans les pensionnats constituait un génocide culturel.

C’est important non seulement sur le plan de la guérison, mais aussi sur le plan juridique, lance la sénatrice Michelle Audette.

« C’est arrivé, ça arrive encore maintenant : c’est le pape qui le dit. Le Canada, l’Église, les Premières Nations, les Métis et les Inuit, j’espère qu’on ne va pas arrêter là-dessus, mais qu’on va coconstruire. »

— Une citation de  Michelle Audette, sénatrice

Quand on enlève des enfants, quand on change leur culture ou leur état d’esprit, leurs traditions, changer une culture entière, c’est un génocide, et c’est ça qui est arrivé à notre peuple, rappelle le chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho.

Il ajoute qu’il reçoit les excuses du pape et qu'il le remercie pour son courage et sa persévérance [...] d’avoir rempli une promesse qu’il nous avait faite.

Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté d'Ekuanitshit, en marge de l'assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations du Canada.

Jean-Charles Piétacho, le chef de la communauté d'Ekuanitshit, remercie le pape d'avoir respecté sa promesse de présenter des excuses aux Autochtones du Canada.

Photo : Radio-Canada / Guy Bois

« Ça nous prend des terres »

Certaines voix dénoncent cependant le fait que, durant son séjour, le pape François ne s’est pas excusé au nom de l’Église en tant qu’institution. C'est le cas du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, qui estime que ce sera aux Autochtones eux-mêmes de déterminer ce que valent les excuses papales.

L’Église a utilisé l’éducation pour détruire, tranche de son côté l’ancien député fédéral Robert-Falcon Ouellette. Il pense qu’elle doit maintenant créer des ressources éducatives pour permettre aux Autochtones de bâtir leur avenir.

Robert-Falcon Ouellette devant un tipi.

Robert-Falcon Ouellette souhaite que l'Église catholique investisse dans l'avenir des peuples autochtones au pays.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Pour la militante autochtone Krysta Alexson, la mention du terme génocide par le pape est un bon début, mais il faut aller encore plus loin. Ça nous prend des terres, insiste-t-elle, de même que des compensations financières. Le pape François a déjà dit qu’il a donné l’accès aux documents [des archives] sur les pensionnats pour Autochtones en possession de l’Église. Maintenant, il faut des terres et un chèque, pense-t-elle.

La responsabilité remonte plus haut que quelques individus

Les plus hautes autorités de l'Église catholique devaient être au courant de la mission des pensionnats pour Autochtones au Canada, estime Jean-François Roussel, professeur à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, qui soutient que les œuvres missionnaires sont coordonnées à partir de la maison mère à Rome.

« Tous les papes, pendant le siècle d'existence du système des pensionnats, en ont entendu parler régulièrement. »

— Une citation de  Jean-François Roussel, professeur à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal

Selon lui, la responsabilité de l'Église remonte plus haut que quelques individus, et en cela, [le pape] aurait pu aller plus loin dans ses excuses présentées aux communautés autochtones du pays.

Appel à la fin de la doctrine de la découverte

Plusieurs voix demandent aussi au souverain pontife de réfuter la « doctrine de la découverte » et de renoncer aux bulles papales. Il y a 500 ans, le pape Alexandre XI avait édicté quatre bulles qui confirmaient la mainmise espagnole sur les Amériques en échange de la christianisation des Autochtones.

Ces ordonnances contribuent à façonner les arguments politiques et juridiques qui formeront ce que l'on appelle la "doctrine de la découverte", qui sert à justifier la colonisation des Amériques au XVIe siècle, est-il écrit dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Dans son rapport, la Commission explique comment cette doctrine a amené à penser que les territoires colonisés étaient déserts, malgré la présence des peuples autochtones.

Les impérialistes peuvent soutenir que la présence de peuples autochtones n'a aucun effet sur l'argument de la terra nullius puisque les Autochtones occupent simplement le territoire sans le posséder, ont indiqué les commissaires dans leur rapport.

En réaction aux critiques des dirigeants autochtones envers cette doctrine, les organisateurs de la visite du pape au Canada ont noté que cette doctrine n’avait aucune autorité morale et légale dans l’Église. Selon eux, le pape François a aussi condamné les idées qui peuvent être associées à cette doctrine, notamment l’assimilation.

Pour la cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, cette condamnation n'est pas une récusation formelle. Elle exige donc que le pape s’engage dans cette voie.

J'ai toujours défendu le besoin d'une nouvelle bulle papale qui parlerait des mérites des peuples autochtones et de leurs cultures. Des choses doivent être corrigées dans cette société, qui tire ses racines de la doctrine de la découverte, affirme Mme Archibald.

Avec les informations de La Presse canadienne

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