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Visite papale : un casse-tête frustrant et inquiétant pour les Autochtones

À deux semaines de la visite, les communautés peinent à avoir de l'information pour les survivants qui veulent voir et entendre le pape François.

La basilique Sainte-Anne-de-Beaupré.

La basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, où le pape doit célébrer une messe le 28 juillet.

Photo : Radio-Canada / Claude Bellemare

Des informations qui sortent au compte-gouttes, l’impossibilité de savoir combien de places exactes il y aura, ni comment vont se faire les navettes… À deux semaines de la venue du pape à Québec, c’est un véritable casse-tête pour les organisateurs dans les communautés autochtones, qui s’interrogent sur un tel flou qui devient frustrant.

On nous dit que... on entend entre les branches… Andrée Paul résume en quelques mots le peu d’informations qu’elle arrive à obtenir alors que le temps presse. Cette infirmière, responsable de la visite du pape pour la nation innue et membre du comité d’accueil pour la visite du pape, a de la difficulté à obtenir des indications claires et précises.

Elle a demandé 2000 places pour toutes les communautés innues et naskapies, mais elle ne sait toujours pas si elle aura les billets, quand elle les aura et combien elle en aura.

« On ne sait rien, on a de la misère à trouver de l’information, des gens sont mécontents. C’est un casse-tête qui commence à devenir très frustrant. »

— Une citation de  Andrée Paul, membre du comité d’accueil pour la visite du pape

Et, selon cette bénévole du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, les gens sont anxieux, ils se demandent quand ils vont les obtenir, précise-t-elle.

Cette frustration n’a pas été apaisée par la mise à disposition du grand public, gratuitement sur le site Ticketmaster, de 2000 billets pour des places extérieures afin d’assister à la messe du pape François à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. En moins de dix minutes, toutes les places ont été écoulées pour le 28 juillet.

C’est vraiment décevant, lance Andrée Paul. Ce sentiment est partagé notamment par Lise Dubé. Cette Atikamekw attend des nouvelles pour son groupe de 80 personnes de Manawan, habitué à faire le pèlerinage annuel à Sainte-Anne fin juillet.

Tant que je n’ai pas confirmation que je vais avoir des passes, j’ai l’impression que je ne peux pas passer à une autre étape. C’est un vrai casse-tête, c’est vraiment ridicule, explique Lise Dubé, intervenante en santé mentale à Manawan.

On sentait que c’était le bon moment d’ouvrir au grand public, mais on garantit les 70 % des places intérieures et extérieures aux Autochtones. La priorité des survivants est au cœur de la démarche, se défend l'un des porte-parole de l'équipe nationale de la visite papale au Canada, Jasmin Lemieux-Lefebvre.

Début juillet, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) avait manifesté sa déception et son inquiétude après avoir appris que seulement 400 places seront réservées à ses membres survivants des pensionnats pour Autochtones à l’intérieur de la basilique.

En effet, les 70 % des 1400 places à l’intérieur de la basilique réservés pour les Autochtones sont réparties entre les Premières Nations du Canada, les Inuit et les Métis.

Mais on sait que certains groupes ne vont pas venir. Il y a actuellement redistribution et on saura dans les prochains jours exactement, quand tout sera ficelé, précise Jasmin Lemieux-Lefebvre.

De plus, il assure que l’organisation officielle de la visite du pape laisse à l’APNQL le soin de répartir les billets entre les communautés. On accueille les listes présentement, on veut tous les besoins. L’objectif est de pouvoir accueillir tout le monde, assure-t-il.

En plus des places à l'intérieur, 10 000 personnes en tout pourront suivre la messe à l’extérieur de la basilique. 70 % sont là encore réservés aux Autochtones. Et les personnes qui n’auront pu se procurer des billets pourront se rendre sur les plaines d’Abraham, où la messe sera retransmise en direct sur des écrans géants. 140 000 personnes peuvent y être accueillies.

Pas aux plaines d’Abraham, ils vont être déçus, avertit Lise Dubé.

Ce ne sera pas une question de guérison, mais de la frustration et de la déception. Ça va être difficile d’entamer le processus de guérison avec ce sentiment, assure-t-elle.

D’ailleurs, elle prévoit déjà que des gens vont être déçus et qu'il va y avoir des laissés-pour-compte. Elle espère juste qu’il y ait au moins un survivant de Manawan qui puisse être à l’intérieur de la basilique.

Des aînés, pas des ados

La communauté innue d’Ekuanitshit espère elle aussi avoir au moins juste une place à l’intérieur pour nous représenter. Mais ce qui préoccupe surtout actuellement la coordonnatrice en santé communautaire Tania Courtois est l’organisation pour se déplacer et sur place.

« On ne part pas avec une gang d’ados qui vont fêter sur les plaines, mais avec des personnes âgées, des malades. »

— Une citation de  Tania Courtois, coordonnatrice en santé communautaire d’Ekuanitshit

Et forcément, cela demande de la préparation, de l’organisation. Or, ce n’est pas évident avec les informations qui sortent au compte-gouttes.

Elle aussi évoque le casse-tête pour le transport, le logement, la nourriture pendant la journée, la navette pour se rendre sur le site, si les communautés vont pouvoir être regroupées pour s’entraider, etc.

On va partir avec des gens âgés, des gens malades qui ont besoin d’aidants et on n’est pas assez. On ne sait pas comment le transport va se faire. C’est difficile, on essaie de s’organiser et s’entraider, mais c’est flou, affirme-t-elle.

Tania Courtois dit comprendre la problématique de ne pas mettre en danger la sécurité du pape, mais elle réitère être en quête de réponses.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a aussi fait part, il y a une semaine, de ses inquiétudes quant au déplacement et à l'accompagnement des aînés autochtones venant voir le pape François des quatre coins du pays.

Tout sera fait pour faciliter leur présence et éviter les défis logistiques. On communiquera la logistique dès qu’on pourra, se fait rassurant Jasmin Lemieux-Lefebvre.

Ce membre de l'équipe nationale de la visite papale au Canada rappelle qu’habituellement une visite papale s’organise en moyenne en 72 semaines. Et là, on doit le faire en un peu moins de deux mois, donc le défi logistique est énorme.

Il se dit néanmoins bien conscient que les communautés n’ont pas toutes les informations en main.

Des plaies ravivées

Plusieurs Autochtones ont indiqué à Espaces autochtones que toute cette incertitude ravivait des souvenirs, des plaies, des souffrances aux survivants qui ont l’impression que l’Église a encore le dernier mot et qu’elle dirige tout.

Des aînés m’ont dit : on se fait organiser encore. Comme si on était encore sous l’emprise comme à l’époque, lance Andrée Paul.

C’est extrêmement compliqué. Ce n’est pas une étape de réconciliation, mais l’étape de pardon, rappelle Tania Courtois.

En effet, les Premières Nations, les Métis et les Inuit s’attendent à ce que le pape s’excuse en sol canadien après l’avoir fait une première fois en avril dernier au Vatican pour le rôle de l’Église catholique dans la gestion des pensionnats pour Autochtones et les mauvais traitements infligés par des religieux dans ces établissements.

Pour certains Autochtones, cette étape sera une de plus dans leur processus de guérison. Raison pour laquelle les organisateurs dans les communautés plaident pour que les Premières Nations soient à l’avant pour entendre le pape.

Dans une version précédente de ce texte, le nom de Tania Sirois a été évoqué. Il fallait plutôt lire Tania Courtois, comme mentionné plusieurs fois.

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