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La victoire politique de la cheffe Archibald confirmée, mais avec conditions

Une femme en habit traditionnel.

La résolution présentée mercredi et soumise à la délibération jeudi matin a obtenu 148 votes en sa faveur.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

La cheffe de l’Assemblée des Premières Nations RoseAnne Archibald voit sa victoire politique confirmée par le vote d’une résolution qui l'autorise à demeurer à la tête de la principale organisation autochtone au Canada.

Cette victoire est cependant assortie de conditions âprement négociées entre les chefs des communautés, le comité exécutif de l’APN et la garde rapprochée de la cheffe.

La résolution présentée mercredi et soumise à la délibération jeudi matin a obtenu 148 votes en sa faveur. Cinquante délégués s’y sont opposés, et 18 autres se sont abstenus. La cheffe ainsi que le comité exécutif qui l'a suspendue le 17 juin sont exhortés à participer activement à l’enquête en cours sur les ressources humaines, menée par un enquêteur indépendant.

Cet élément de la résolution fait référence à l'enquête déclenchée à la suite d'une plainte pour harcèlement déposée par quatre employés de l'APN à l'encontre de la cheffe.

RoseAnne Archibald a non seulement nié les fondements sur lesquels reposent ces accusations, mais elle a reproché aux plaignants d'avoir demandé 1 million de dollars en compensation, une information qui n'a jamais été confirmée.

La résolution dicte cependant à la cheffe de s'abstenir de tout commentaire public aux médias, jusqu'à ce que l'enquête soit terminée.

Une victoire en demi-teinte

La résolution reconnaît que les mesures de transparence et de reddition de compte faisaient partie des engagements de RoseAnne Archibald lors de son élection en juillet 2021. La cheffe a dénoncé à de multiples reprises des manœuvres qu'elle associait à de la corruption, réclamant une enquête en profondeur sur les processus menant à l'octroi des contrats par l'APN et la politique salariale, en particulier les pratiques associées aux allocations de départ versées à des employés.

La cheffe remporte à ce chapitre une victoire en demi-teinte. La résolution d'urgence prescrit de procéder à une vérification judiciaire portant sur les dix dernières années d'activités financières de l'APN, en accordant une attention particulière aux versements de salaires et de contrats récents.

Or, la résolution est précédée d'une nuance significative : le vérificateur indépendant qui sera engagé pour exécuter cette recommandation est lié au Comité des chefs, qui aura à déterminer si nécessaire […] la nature et la portée de l'examen. Une mesure qui donnera toute la latitude au Comité de déterminer ce qui est nécessaire et ce qui l'est moins.

Le hasard, ou non, a fait que la firme Deloitte a présenté devant l'assemblée, juste avant le début des délibérations sur la résolution d'urgence, le résultat de la vérification des finances de l'APN. Selon le cabinet d'audit, les états financiers après vérification correspondent aux normes canadiennes en la matière.

La résolution adoptée jeudi exige aussi que l’organisation devienne un modèle en éradiquant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et le sexe au sein de l’APN.

Il y a dans cette affirmation une reconnaissance de ce que la cheffe Archibald a soutenu depuis qu’elle est en poste, elle qui dénonçait à l’ouverture de l’assemblée générale le sexisme et le patriarcat en tant que manifestation du colonialisme qui règne au sein de l’APN.

L’Assemblée des Premières Nations (APN) est la principale organisation politique autochtone du Canada. Elle représente environ 900 000 citoyens des Premières Nations. L’APN défend les intérêts des Premières Nations sur des questions telles que les traités, les droits des Autochtones ainsi que les terres et les ressources. L’organisation a vu le jour en 1982 dans le but de donner aux chefs l’occasion de faire valoir les voix des Premières Nations du pays au sein d'une assemblée délibérante.

Source : Encyclopédie canadienne

Enfin, les délégués ont reconnu à travers l’adoption de cette résolution d’urgence qu’il y a un problème de gouvernance à l’APN. Un problème qui tient à la conception de l’exercice du pouvoir, une conception qui serait elle aussi contaminée par le colonialisme.

Plusieurs délégués ont ainsi évoqué le fait que, dans la tradition autochtone, c’est l’organisation qui est au service des communautés et de ses habitants, et non l’inverse.

En d’autres termes, le pouvoir est détenu par la base. En ce sens, les chefs sont les porte-parole des membres des Premières Nations. Ils incarnent la volonté de leurs membres, plutôt que d’en être les dirigeants.

Des chefs de communauté, comme la grande cheffe de Kahnawake Kahsennenhawe Sky-Deer, parlent même de révoquer les formes de représentation qui prévalent actuellement à l’APN et qui existent en fonction des provinces. La grande cheffe croit qu’on devrait les remplacer par une structure non coloniale dont la base serait une représentation qui regrouperait les nations.

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