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L’Université de Montréal veut sensibiliser les juristes aux réalités autochtones

Portrait de Karine Millaire.

La nouvelle professeure de l'Université de Montréal, Karine Millaire, offrira à partir de l'hiver 2023 un nouveau cours obligatoire sur les systèmes juridiques autochtones.

Photo : Université de Montréal / Amélie Philibert

La Faculté de droit de l’Université de Montréal fait un pas de plus vers la réconciliation avec les Premiers Peuples en créant une formation consacrée aux systèmes juridiques autochtones. Le nouveau cours obligatoire sera offert à partir de l’hiver 2023 et s’adressera à tous les étudiants inscrits au baccalauréat en droit de l’Université de Montréal.

Pour moi, c’est un grand accomplissement [et] une fierté d’avoir une telle responsabilité, estime l’avocate wendat originaire de Wendake, Karine Millaire, qui a récemment intégré le corps enseignant de la Faculté de droit de l’Université de Montréal en tant que professeure de droit constitutionnel et de systèmes juridiques autochtones – et c’est elle qui offrira le nouveau cours obligatoire.

Cette formation permettra aux futurs juristes de concevoir les fondements du droit autrement, indique Mme Millaire en entrevue. Les systèmes juridiques autochtones sont composés de traditions, de coutumes et de droits [qui constituent] un ensemble de normes interreliées entre elles, affirme-t-elle. Ainsi, les étudiants seront sensibilisés à une manière différente de concevoir le droit – qui peut différer du droit étatique tel qu’il est habituellement entendu.

Mme Millaire pense au droit de la famille, qui a une autre résonance pour les Premières Nations. L’adoption coutumière et la protection de la jeunesse, notamment, n’ont pas les mêmes implications pour les Autochtones, et la formation à l'Université de Montréal montrera comment les coutumes [et les traditions autochtones] influencent le droit étatique.

Il en va de même pour la reconnaissance d’autres droits pour les Premières Nations, en santé, en culture, mais aussi pour le territoire. La protection de l’environnement est liée à la notion de territoire, rappelle Mme Millaire, et les enjeux du développement durable dans une perspective autochtone auront aussi leur place dans le nouveau cursus universitaire en droit.

Mme Millaire n’est pas la seule professeure à être impliquée dans la création du nouveau cours obligatoire sur les systèmes juridiques autochtones. Il y a une équipe d’experts en droit autochtone à la Faculté [de droit] qui y participe, explique-t-elle, ajoutant que le modèle traditionnel est adapté et repensé pour répondre aux objectifs qui sont visés.

Travail en collégialité

Nous voulons nous détacher des façons traditionnelles d’enseigner, souligne la nouvelle professeure de droit. Nous voulons faire en sorte que les étudiants retirent le plus possible du nouveau cours, et enlever la pression d’apprendre pour un examen, note-t-elle. Il n’y aura donc pas d’examen traditionnel pour évaluer les étudiants.

Au contraire, les étudiants seront évalués sur leur capacité d’apprendre et de travailler en équipe, confie Mme Millaire. Leur facilité à s’exprimer oralement et le fait d'être en contact avec le terrain et d’avoir le regard de leurs pairs seront déterminants, estime-t-elle.

Nous allons nous adapter aux réalités autochtones [...] et créer un espace de liberté qui sera ouvert à la discussion entre les étudiants, annonce celle qui animera le cours.

L’objectif est d’introduire à une pluralité de points de vue, en discuter et d’avoir des points de vue divergents, avance Mme Millaire. Nous ne formerons pas des experts, mais [nous conduirons les étudiants à] une ouverture.

Si elle convient que d’autres facultés de droit ailleurs au pays, comme en Colombie-Britannique, sont en avance sur le Québec dans l’enseignement des systèmes juridiques autochtones, elle croit que le fait que le cours ne soit pas une matière optionnelle est quelque chose d’historique au Canada.

Si on est sérieux dans notre [volonté] de réparer les injustices du passé, ce [cours] doit être obligatoire, souligne-t-elle. L’éducation est un outil puissant, affirme Mme Millaire, et l’Université de Montréal prend un virage important, pense-t-elle.

Mais pour enseigner les systèmes juridiques autochtones, il faut aussi aborder la culture, l’histoire et le droit des Premières Nations, car l’un ne va pas sans l’autre, rappelle Mme Millaire. Or, il faut contextualiser la coutume et les valeurs historiques sur lesquelles repose le droit des Autochtones, et c’est ce que le nouveau cours se propose de faire.

La réconciliation nécessaire

L’Université de Montréal veut faire davantage de place aux Premiers Peuples, et on commence avec cette formation-là, mentionne Mme Millaire.

La réconciliation est un long chemin, mais on peut accélérer la cadence, soutient-elle.

L’Université de Montréal prend la démarche au sérieux et mise sur une synergie entre différentes disciplines pour y parvenir. Je sens la volonté de l'Université de Montréal, commente Mme Millaire, pour qui le travail en collégialité est essentiel à la réconciliation avec les Premières Nations.

Le virage institutionnel dans l’enseignement des fondements du droit est cependant une grande [mais] excitante responsabilité pour Mme Millaire. La stratégie de réconciliation se déploie, et la nouvelle formation obligatoire sur les systèmes juridiques autochtones ne pourra qu’y contribuer.

Mme Millaire espère semer chez les étudiants une ouverture et des échanges culturels qui les pousseront à devenir des citoyens plus sensibles aux réalités autochtones, conclut-elle.

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