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Chaos au bureau de la cheffe nationale de l’APN RoseAnne Archibald

L'avocat de RoseAnne Archibald qualifie les accusations de « déplacées et inexactes ».

Gros plans sur le visage de RoseAnne Archibald.

La cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, fait l'objet d'une enquête externe de la part de son organisation après que quatre de ses cadres supérieurs ont déposé des plaintes contre elle concernant le milieu de travail (archives).

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Radio-Canada

Lorsque RoseAnne Archibald a pris place dans son bureau après avoir été élue, en juillet dernier, comme première femme à être cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations (APN), certains acteurs de la politique des Premières Nations ont vu en elle l'occasion de faire avancer leur carrière.

Mais un an après le début de son premier mandat, ce qui était considéré comme une chance d'inaugurer une nouvelle ère à l'APN sous un leadership féminin s'est transformé en turbulence, selon des sources qui ont parlé à CBC News.

Mme Archibald fait l'objet d'une enquête externe déclenchée à la suite du dépôt, par quatre cadres supérieurs, de plaintes pour intimidation et harcèlement.

Ces cadres ont été recrutés par Mme Archibald pour s'installer à Ottawa et diriger le bureau de la cheffe nationale.

Trois de ces quatre plaignants sont des femmes, a appris CBC News.

La cheffe de cabinet intérimaire de Mme Archibald a déposé sa propre plainte contre les quatre membres du personnel, ainsi que contre des cadres supérieurs de l'APN, a également appris le diffuseur public.

Les tensions internes au sein du bureau de Mme Archibald ont maintenant plongé l'APN, une organisation nationale qui défend les intérêts de 634 Premières Nations du pays, dans une crise sans précédent.

Mme Archibald est opposée à la majorité des chefs régionaux, qui l'ont suspendue après des déclarations publiques accusant les quatre membres du personnel de l’APN d'avoir demandé plus d'un million de dollars en indemnités de départ.

La cheffe nationale fait également face à un vote de défiance, attendu lors de l'assemblée générale annuelle de la semaine prochaine à Vancouver, qui pourrait la forcer à quitter son poste – ce qui ne s'est jamais produit dans l'histoire de l'organisation. Mme Archibald n'a pas été autorisée à assister à l'assemblée de Vancouver, mais l'APN a ensuite annulé cette décision, selon une déclaration envoyée jeudi dernier.

CBC News a examiné plusieurs documents liés aux plaintes et a parlé à sept sources ayant une connaissance directe des rouages internes de l'APN.

Les documents et les entretiens tracent le portrait le plus détaillé à ce jour du dysfonctionnement présumé au sein du bureau de la cheffe nationale.

Les plaintes allèguent que Mme Archibald exigeait du personnel qu'il participe à des rituels quotidiens de thérapie psychologique semi-religieuse et de psychanalyse, et qu’elle faisait appel à eux lors de stratagèmes visant d'autres employés de l'APN, tout en prétendant qu'ils étaient confrontés à des forces obscures visant à saper l'œuvre de Dieu.

CBC News a parlé aux sept sources de manière confidentielle, car elles craignaient des représailles sur leur lieu de travail si elles étaient nommées.

L'ultimatum

Les événements ont atteint leur paroxysme au début du mois de mai, lorsque Mme Archibald a lancé un ultimatum à ses plus hauts responsables : adhérer à son plan de démantèlement d'une partie de l'organisation, ou partir.

Les sept sources ont également déclaré que Mme Archibald ciblait le personnel de l'APN qu'elle considérait comme loyal à son prédécesseur, l'ancien chef national Perry Bellegarde.

Gros plan du visage de Perry Bellegarde.

Sept sources qui ont parlé à CBC News ont déclaré que RoseAnne Archibald cherchait à cibler le personnel de l'Assemblée des Premières Nations qu'elle considérait comme loyal à son prédécesseur, l'ancien chef national Perry Bellegarde.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Mme Archibald faisait preuve de paranoïa à l'égard de la présidente-directrice générale Janice Ciavaglia, selon le compte rendu des plaintes.

Mme Ciavaglia a été embauchée par le comité exécutif durant le dernier mandat de M. Bellegarde pour superviser la branche apolitique de l'APN, connue sous le nom de secrétariat, qui compte plus de 170 employés et qui se concentre sur le travail politique.

Elle [Mme Archibald] a déclaré qu'ils cherchaient à s'en prendre à elle et que des "forces obscures" étaient à l'œuvre au sein du secrétariat, et qu'elle devait "faire tomber tout le secrétariat", peut-on lire dans une plainte.

Elle a dit que le PDG était derrière tout ça, les chefs régionaux et tout le personnel du secrétariat, peut-on lire dans le document.

Mme Archibald a refusé une entrevue, jeudi, avec CBC News pour répondre à ces allégations, qui n'ont pas été prouvées en cour.

Son avocat, Aaron Detlor, a qualifié ces accusations d'inappropriées et inexactes.

CBC News a également contacté Mme Ciavaglia, qui n'a émis aucun commentaire.

Révéler des traumatismes

Les entretiens et les dossiers de plaintes examinés par CBC News révèlent également de nouveaux détails sur le style de gestion de Mme Archibald.

Par exemple, lors d'un voyage à New York en avril pour assister à des réunions avec les Nations unies, Mme Archibald a choisi un membre du personnel et l'a pressé de révéler l'événement le plus traumatisant de son enfance, selon une plainte.

Ce membre du personnel a fini par céder, mais s'est senti honteux et ridiculisé après l'incident, qui a déclenché chez lui des traumatismes autrefois enfouis, indique encore la plainte.

Questionné par CBC News, M. Detlor a qualifié ladite plainte de tout simplement fausse et inexacte.

Elle est mise de l'avant dans le cadre d'un programme plus vaste pour miner la cheffe nationale, a-t-il déclaré.

Avant que la controverse n'éclate, des sources ont déclaré que Mme Archibald prévoyait une retraite obligatoire de deux jours de ré-ensauvagement pour son personnel à la fin du mois de mai, dans le cadre d'une formation sur la décolonisation, qui est mentionnée dans une plainte.

RoseAnne Archibald touche le bras du prince Charles.

Le prince de Galles s'entretient avec la cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, lors d'une réception organisée par la gouverneure générale à Ottawa, le 18 mai.

Photo : Associated Press / Ian Vogler

Mme Archibald prévoyait d'engager son thérapeute sonore personnel pour diriger la retraite, d’après le document.

Les composantes traitaient de problèmes et des traumatismes personnels qui n'avaient pas leur place dans une discussion ouverte avec des "étrangers", et devaient relever d'un choix personnel, poursuit le document.

On nous a également dit que nous étions "endommagés" et que nous avions besoin de cette formation pour guérir.

Les retombées

Des sources ont déclaré que les problèmes ont commencé à s'aggraver au sein du bureau de la cheffe nationale après que Mme Archibald a demandé à ses cadres supérieurs d'aider à dissoudre le secrétariat.

Selon les sources, il s'agissait d'un écart important par rapport à sa promesse électorale d'établir des frontières saines entre les organes politiques et administratifs de l'APN, ce qu'elle a accompli avec Chiefs of Ontario, alors qu'elle était cheffe régionale.

Dans une entrevue accordée à APTN le 24 juin, Mme Archibald a déclaré que les quelque 200 employés du secrétariat conserveraient leur emploi si l'organisme était dissous.

Mais selon des sources à l'APN, ce n'est pas ainsi que Mme Archibald a présenté son plan aux quatre cadres supérieurs qui sont maintenant en congé payé, en attendant les résultats de l'enquête externe.

Le 6 mai, notent les sources de l'APN, Mme Archibald a tenu une réunion avec ses employés au cours de laquelle elle les a avertis que leur emploi pouvait être menacé, en raison de la probabilité d'un vote de défiance à son encontre. Elle les a encouragés à évaluer leurs options et leur a promis une référence, ajoutent les sources.

Dans un courriel du 12 mai examiné par CBC News, les quatre cadres supérieurs ont demandé à Mme Archibald de confirmer qu'elle était ouverte à la négociation d'une indemnité de départ équitable, y compris le paiement intégral des deux années restantes de leurs contrats.

Mme Archibald a répondu que leur demande devait être transmise au chef de la direction, pour aider sa cheffe de cabinet par intérim, et a demandé quand serait leur dernier jour de travail, d’après un courriel consulté par CBC News.

La cheffe nationale n'a pas le pouvoir d'approuver ou de refuser les indemnités de départ proposées, selon la politique de l'APN. Cette responsabilité incombe au chef de la direction, qui doit respecter le Code canadien du travail.

Néanmoins, Mme Archibald a affirmé à CTV News et APTN qu'elle avait refusé d'autoriser une telle indemnité de départ.

J'ai estimé que c'était contraire à l'éthique, a-t-elle souligné dans une entrevue accordée à APTN le 24 juin.

Nos Premières Nations ont besoin d'eau potable. Elles ont besoin de bons logements [et] en tant que cheffe nationale, je doit disposer d'un espace de travail sain et d'un nombre suffisant d'employés pour pouvoir commencer à m'attaquer à ces problèmes, a-t-elle affirmé à CTV le 23 juin.

Or, d’après les sources, les plaignants n'ont pas envoyé de demande officielle d'indemnités de départ. Les sources ont également affirmé que les sommes pour les indemnités de départ des cadres supérieurs proviendraient du budget du bureau de la cheffe nationale, et non des sommes destinées aux communautés des Premières Nations.

Avant que Mme Archibald ne rende publiques ces allégations, les quatre cadres supérieurs l’ont contactée, après avoir reçu sa réponse, pour lui indiquer qu'ils n'avaient pas démissionné, toujours selon les sources.

Des gens placent du tabac dans un feu lors d'une cérémonie.

Le premier ministre Justin Trudeau place du tabac dans un feu de cérémonie en compagnie du chef de la Première Nation de Williams Lake, Willie Sellars, à droite, de la cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, à gauche, et du ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, à l'arrière, sur les anciens terrains du pensionnat de la mission St-Joseph, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Les quatre cadres supérieurs ont déposé des plaintes contre Mme Archibald peu après, dans le cadre de la politique de dénonciation de l'APN, car ils craignaient des représailles.

L'APN a mis en place une politique de dénonciation à la suite d'une enquête antérieure sur des allégations d'intimidation et de harcèlement à l'encontre de Mme Archibald, lorsqu'elle était cheffe régionale de l'Ontario, afin de permettre au personnel de l'APN de déposer des plaintes en toute confidentialité.

Une enquête distincte a été menée sur ces allégations l'année dernière, mais aucun des plaignants n'a voulu se manifester publiquement pour déposer des plaintes officielles, et l'enquête a été close.

RoseAnne Archibald riposte

Mercredi, quelques jours avant l'assemblée de Vancouver, Mme Archibald a riposté en partageant une plainte de 15 pages déposée par sa chef de cabinet par intérim, Joyce Hunter, contre les quatre cadres supérieurs, la PDG Janice Ciavaglia et les membres du comité exécutif.

Dans la plainte déposée le 29 juin, Mme Hunter a écrit qu'elle n'avait pas vu ni subi de brimades, d'intimidations ou de harcèlement de la part de Mme Archibald.

Elle a accusé l'un des quatre membres du personnel visés d'avoir crié lors d'une réunion d'employés le 7 décembre 2021, prétextant qu'ils n'étaient pas satisfaits du contenu que le groupe avait préparé pour les commentaires de clôture de Mme Archibald lors de l'assemblée spéciale des chefs.

Après cela, nous en sommes venus à les craindre, explique la plainte communiquée par Mme Archibald.

Elle a également joint la déclaration d'un ancien responsable du recrutement de l'APN, où il est fait mention de cas de favoritisme, de corruption, d'injustice et d'abus du personnel au sein du secrétariat.

Et le 17 juin, Mme Archibald a tweeté une partie d'une autre plainte d'un employé de l'APN, qui accuse les mêmes cadres supérieurs d'être de mèche avec la PDG, Janice Ciavaglia, après avoir prétendument entendu l'un des membres du personnel critiquer la cheffe nationale devant la PDG.

Mme Archibald soutient qu'elle fait l'objet de représailles pour avoir exigé une vérification judiciaire et une enquête indépendante sur les activités menées au sein de l'organisation lors des huit dernières années.

La cheffe de la Première Nation des Algonquins de Pikwakanagan, Wendy Jocko, présentera pour sa part une résolution d'urgence, à l'assemblée de la semaine prochaine, pour demander la fin de la suspension illégale de Mme Archibald, ainsi qu'une enquête indépendante sur le climat de toxicité, de corruption, de discrimination sexuelle et de violence au sein de l'APN.

L'avocat de RoseAnne Archibald soutient que la suspension de sa cliente est illégale.

D’après un texte de Olivia Stefanovich de CBC

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