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Quand les pompiers autochtones s’affrontent en compétition à Kahnawake

À genou, un pompier dirige le jet qui sort de la lance d'incendie. Tandis que, derrière lui, debout, son partenaire a le poing levé pour donner des indications à celui qui manipule la pompe.

La technique et la communication jouent un rôle primordial compte tenu notamment de la puissance du jet.

Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal

C’est la communauté crie de Nemaska qui a remporté le 31e concours annuel des pompiers autochtones du Québec, devant l'équipe mohawk de Kahnawake et les Mi'kmaq de Gesgapegiag.

La compétition se tenait à Kahnawake, territoire mohawk de la Rive-Sud de Montréal connu notamment comme étant la patrie de sainte Kateri Tekakwitha, première femme autochtone d'Amérique du Nord à avoir été canonisée par le pape.

On ne sait pas combien d’équipes sont passées avant par l’église de la Mission St-Francis Xavier, où repose son tombeau, mais un petit miracle ne sera pas de trop : la température est de 30 °C et les compétiteurs portent environ 20 kg d’équipement sur eux, casques, cagoule et gants inclus.

Après la défection des Cris de Waskaganish, sept équipes de six nations différentes sont en lice : les Atikamekw de Manawan, les Cris de Nemaska, les Innus de Mashteuiatsh et Pessamit, les Mi’kmaq de Gesgapegiag, les Mohawks de Kahnawake et les Naskapis de Kawawachikamach.

Cette dernière équipe se distingue pour deux raisons : c’est la première dans l’histoire de la compétition à être composée uniquement de femmes et c’est aussi celle qui vient de plus loin. La communauté de quelque 800 âmes se situe à 1200 km à vol d’oiseau de Montréal, non loin de la ville minière de Schefferville.

Une carte montrant le positionnement et l'isolement de la communauté en plein coeur du Québec.

La communauté naskapie de Kawawachikamach n'est pas accessible par la route à partir de Montréal.

Photo : Google Maps

On a été chanceux, on a été commandités par Air Inuit qui nous a payé la moitié du prix du billet [un A/R coûte environ 2500 $]. Sinon on aurait dû prendre un vol jusqu’à Sept-Îles et faire 12 heures de route, souligne William Moffat, l'entraîneur des pompières naskapies.

Au mois de mai, la plupart d’entre elles ne connaissaient rien des particularités du métier de pompier.

« Plusieurs ont un passé difficile fait de dépendances et de violence familiale et avaient une faible estime d'elles-mêmes. Mais avec l'entraînement et l’esprit de groupe qui s'est créé, on voit déjà des changements. »

— Une citation de  William Moffat entraîneur des pompières naskapies
Trois femmes en équipement préparent leurs tuyaux.

Les compétitrices naskapies de la communauté de Kawawachikamach, proche du Labrador.

Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal

Après un breffage entre juges et entraîneurs, la première des quatre épreuves peut débuter. Celle du défi du seau d’eau, une course à relais où il faut remplir une chaudière de 19 litres, la porter sans courir sur une cinquantaine de mètres, avant de tenter un lancer de précision du contenu sur une cible située à 3 mètres de distance.

En cas d’échec, il faut recommencer.

Pas facile, surtout par cette température, les kilos d’équipement et les juges qui peuvent vous donner des pénalités en cas d’erreur de manipulation. Parlez-en à l’équipe de Mashteuiatsh qui ne marquera aucun point lors de cette épreuve après avoir brièvement lâché le tuyau qui, avec la pression, est allée rafraîchir certains spectateurs dans la foule.

C’était une faute majeure qui peut causer des blessures, mentionne l'un des juges.

Quelques minutes, le temps de se rafraîchir, et c’est déjà la seconde épreuve : le défi de l'assemblage/désassemblage/rembobinage de trois boyaux d’incendie. Là encore, attention aux pénalités en cas de manque de précision du jet, de mauvaise communication ou de pièce d’équipement qui chute.

Une cible, maintenue par des poids, est atteinte en son centre par un jet d'eau.

Quand la cible est atteinte en son milieu, ce dernier se détache, indiquant au juge le succès de la tentative.

Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal

Dans la foule, quelques anciens pompiers mohawks, aujourd’hui à la retraite, apprécient le spectacle en connaisseurs. C’est incroyable comment la technologie a évolué, note l’un d’eux. Encore dans les années 1990, on perdait une bonne quinzaine de minutes à sortir à la main les échelles du camion et à trouver le meilleur endroit pour les déployer.

« Désormais, avec le camion-échelle que la communauté a acheté en 2012, grâce à la générosité de tous, on sauve du temps, on sauve des vies, celles de nos clients et celles des pompiers. »

— Une citation de  Un spectateur et ancien pompier

C'est la mi-temps

Durant la pause bien méritée, les participants et les spectateurs sont invités à découvrir les produits de l’un des commanditaires, histoire de se voir confirmer que le métier évolue.

L’équipe gagnante repartira notamment avec cette citerne rétractable qui mesure 30 cm d’épaisseur repliée (11 mètres dépliée), et qui peut contenir jusqu’à 4500 litres d’eau une fois déployée. Un objet qui peut s'avérer utile dans les secteurs sans borne incendie, qui donne le temps au camion-citerne d'ailler refaire le plein à la rivière ou au lac le plus proche. La citerne Handy Hydrant peut aussi servir de barrière contre les inondations, ou comme réserve d'eau potable.

« L'avantage de ce type de citerne, c'est qu'elle peut être déployée rapidement par une seule personne. C'est non négligeable, car les renforts mettent généralement de 5 à 10 minutes pour arriver. »

— Une citation de  Tony Jumeau, co-propriétaire de Handy Hydrant
Un homme pose pour la photo devant un long tunnel gonflable et à un « fusil » à air comprimé.

Tony Jumeau, devant une citerne pliable, porte un pistolet de pénétration capable à la fois de percer des murs et d'envoyer de l'eau en même temps.

Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal

Éteindre un incendie dans une maison peut nécessiter plus de 45 000 litres d’eau, ajoute M. Jumeau qui poursuit en parlant de l'importance de pouvoir économiser l'eau quand son accès est restreint. Il présente une lance d’incendie à ultra haute pression PyroHMA dont le jet est 15 fois plus puissant, tout en étant cinq fois plus économe en eau.

Mais la lutte contre les incendies n’est pas qu’une question d’eau. Les pompiers vous le diront, le danger, ce sont souvent les gaz combustibles contenus dans les fumées lors de la combustion des matériaux. Dans la phase de croissance d'un incendie où l'on cherche à faire baisser la température, le pistolet de pénétration peut être fort utile, ajoute M. Jumeau.

Au puissant jet d'eau sont incorporés de fins graviers capables de percer différents types de matériaux et d'épaisseurs de murs, permettant ainsi d'éviter les risques de surchauffe et d'explosion. Les pompiers peuvent ensuite intervenir à l'intérieur avec une plus grande sécurité. Fin de la période des commanditaires.

Troisième épreuve

La troisième épreuve de la compétition est une déclinaison de la seconde, mais avec une variante : une fois la première cible atteinte, on simule le remplacement du boyau du milieu, supposément percé.

La coordination de l’équipe est mise à l'épreuve, car il faut le plus rapidement possible fermer l’arrivée d’eau, désassembler les tuyaux pour remplacer le boyau défectueux, avant remettre la pression et viser juste. Attention à ne pas oublier de faire un nœud dans le tuyau percé sous peine de pénalité!

Un pompier tire un bout de tuyaux, pendant que ses collègues s'affairent à l'assemblage sous l'oeil des juges.

Même scrutés par les juges, les pompiers mi'kmaw de la communauté de Gesgapegiag en Gaspésie étaient aussi là, comme les autres concurrents, pour avoir du plaisir et tisser des liens.

Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal

La quatrième et dernière épreuve consistait en une course à relais impliquant l'habillement complet et le remplacement d'une bouteille d'air pressurisé.

Classement final : 1-Nemaska, 2-Kahnawake, 3-Gesgapegiag, 4-Kawawachikamach, 5-Manawan, 6-Mashteuiatsh et 7-Pessamit, pour qui c’était un retour à la compétition après une vingtaine d’années d’absence.

C'est donc la communauté crie de Nemaska, située à 13 heures de route au nord de Montréal, qui est qualifiée pour l'épreuve nationale. Elle se tiendra plus tard cette année avec les équipes victorieuses des différentes provinces et territoires.

L'équipe féminine de Kawawa a, de son côté, terminé quatrième sur sept. Les filles sont déçues de leur résultat. La chaleur les a atteintes à la dernière épreuve. Mais pas d'excuses, elles ont tout donné et ont su être du niveau des hommes, a confié leur entraîneur.

Et comme l’a bien dit à l’ouverture de la compétition Ryan Montour, responsable de la sécurité publique au Conseil de bande de Kahnawake : vous êtes tous des gagnants, car vous sauvez des vies.

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