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Le paradis naturel que veulent à tout prix protéger les Naskapis

C’est LE territoire que les Naskapis veulent absolument protéger de tout développement minier ou hydroélectrique. Profondément liée à leur histoire, la région des lacs Cambrien et Nachicapau est en lice pour devenir une aire protégée. Une zone d’une incroyable beauté qui constitue également un laboratoire unique de la biodiversité nord-québécoise.

Vue aérienne sur un ensemble de lac et de forêts.

Les Naskapis retournent parfois dans ce bout de territoire à l'occasion de cérémonies de guérison.

Photo : SNAP-Québec, François Léger-Savard

David Swappie est l’un des plus anciens de Kawawachikamach, la seule communauté naskapie située à plus de 1000 kilomètres au nord-est de Montréal. Impossible de connaître son âge. Lui-même, né dans le bois près de Fort-Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq), ne le sait pas vraiment.

Un homme dans sa cuisine avec un bonnet tricoté sur la tête.

David Swappie tenait à porter le bonnet traditionnel naskapi au moment de prendre cette photo.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Moi je pense qu’il a au moins 100 ans, lance son petit-fils, qui porte le même nom. C'est lui qui fait office de traducteur, puisque David Swappie ne parle que naskapi.

Au début du siècle dernier, de Fort-Chimo, David Swappie senior, part avec sa famille pour Fort McKenzie, Waskaikinis, pour les Naskapis, plus au sud. C’est là que beaucoup de Naskapis convergent, notamment pour échanger avec les représentants de la Baie d’Hudson.

Un homme dehors.

David Swappie junior est comme son grand-père : il veut que la zone du lac Cambrien soit protégée.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

C’est là qu’il y a encore aujourd’hui un campement. Et un cimetière. C’est là aussi que les Naskapis souhaitent établir une grande zone protégée, mais pas seulement.

Leur territoire ancestral, disent-ils, ne s’arrête pas à Fort McKenzie, mais va bien plus loin : c’est toute la région des lacs Cambrien et Nachicapau, située au nord-ouest de Kawawachikamach.

Cette vaste étendue de 5740 km2, plus de dix fois la superficie de l'île de Montréal, est située au cœur du territoire traditionnel naskapi. C'est un bijou pour les Naskapis. Et ce n’est pas David Swappie qui dira le contraire. Ni son petit fils qui, lui aussi, a cette terre à cœur.

Tous ses souvenirs d’enfance, avant que sa communauté soit déplacée à Kawawachikamach, s’y trouvent. Sa première chasse, ses journées à jouer autour du feu de camp, à observer ses aînés trapper et pêcher.

Je suis tombé amoureux de cette terre, car il y a tout là-bas, dit l’aîné. Et ce, même si la vie y était rude. David Swappie se souvient des vêtements légers que leur donnaient les Blancs. Qu'il fallait parfois partir loin, très loin, pour chasser.

« Même aujourd'hui, il confie : j'aimerais plutôt être là-bas qu'ici, à tenter d'être assimilé. Ça me manque vraiment. Je n'aime pas suivre un Blanc qui me dit quoi faire. »

— Une citation de  David Swappie senior

Pour aider la communauté dans ses démarches d’en faire une zone protégée, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) s’est mise au travail. Ils ont été mandatés par les Naskapis, car ce territoire est convoité pour son potentiel, explique Alice De Swarte, directrice principale de la section Québec.

Vue aérienne sur un lac aux eaux turquoise et entouré d'arbre.

La région concernée est pour le moment préservée de toute activité minière ou hydroélectrique.

Photo : SNAP-Québec, Benoit Tremblay

Robert Prévost, qui agit comme conseiller pour les Naskapis, confirme que plusieurs minières lorgnent cette zone. Fer, terres rares... Les Naskapis sont assis sur une mine d'or.

Et si le secteur du lac Cambrien est entièrement protégé de ces activités, ce n'est pas le cas du lac Nachicapau. Les mines font de l'exploration tout autour. Québec n'a pas voulu en faire une aire protégée, mais plutôt une réserve à l'État, poursuit M. Prévost.

Le village nordique de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le nord du Québec.

Beaucoup de Naskapis sont partis de Kuujjuaq, au Nunavik, pour rejoindre Fort McKenzie.

Photo : Radio-Canada / Regard sur l’Arctique‏/Eilís Quinn

Le territoire est aussi dans la ligne de mire d’Hydro-Québec, qui avait un projet de barrage dans le secteur. Cela aurait comme conséquence d’engloutir tout le site. Ce serait une perte insurmontable pour les Naskapis, assure Mme De Swarte.

L’ancien chef, Noah Swappie, abonde dans ce sens. Il explique que les Naskapis ont signé une entente avec la société d’État en 2018 qui stipule qu’aucun barrage ne sera construit durant les 20 prochaines années. Ils devront ensuite faire une consultation pour obtenir notre consentement. Ce mot-là, ils ne l’ont pas aimé, raconte-t-il.

Hydro-Québec confirme cette entente, qui compte aussi le gouvernement du Québec et les Inuit.

Les restes d'un cimetière dans la forêt.

Il y a encore des sépultures près de Fort McKenzie.

Photo : SNAP-Québec, François Léger-Savard

Même dans 20 ans, Noah Swappie ne pense pas que l’avis des Naskapis aura changé. On ira aussi loin qu’on peut pour stopper ce projet, assure-t-il.

Hydro-Québec a toujours des plans… Si on ne protège pas notre territoire, on n’aura plus rien, ajoute-t-il en faisant référence aux Inuit et aux Cris qui, eux, sont très avancés dans la protection de leur territoire.

Cette entente prévoit tout de même la recherche d’alternatives au développement hydroélectrique. Francis Labbé, porte-parole d'Hydro-Québec, précise qu'un comité représentant les parties prenantes a été mis sur pied en ce sens.

Toutes les pistes sont étudiées, dit-il, en citant par exemple l'éolien.

Une vue aérienne du barrage de la Trenche.

Les Naskapis ne veulent pas de barrage sur leur terre, comme celui-ci, au nord de La Tuque.

Photo : Hydro-Québec

Comme David Swappie senior, Noah Swappie tient à ce territoire. On l’utilise souvent pour organiser des voyages pour les jeunes, pour faire des cérémonies de guérison, on y campe. Oui on a été déplacés, mais on l’utilise toujours, assure-t-il, en montrant les photos de son dernier voyage là-bas, en motoneige.

En plus d’avoir une importance culturelle, la zone est exceptionnelle au niveau de sa géologie et sa biodiversité.

Il y a des dunes mobiles, des lacs aux eaux turquoise, des feuillus subarctiques, alors que dans le nord, il y a surtout des conifères. Il y a des espèces menacées comme l’aigle royal et le faucon pèlerin. C’est important de protéger notre bibliothèque de nature, raconte encore Alice De Swarte.

Une vue de la communauté de Kawawachikamach sur laquelle on voit quelques maisons.

Fort McKenzie se trouve à environ 100 km de la communauté de Kawawachikamach.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Biologistes et archéologues sont allés fouler le sol de la région du lac Cambrien pour y faire des recherches. Ils devraient y retourner en août.

Il y a un enjeu d’oralité pour les Naskapis, car nous y avons trouvé des traces anciennes, explique Mme De Swarte.

Deux archéologues étaient accompagnés de deux Naskapis pour cette expédition. Nous y avons trouvé 22 sites archéologiques, qui témoignent d’une occupation passée, raconte Moira McCaffrey, l’une des archéologues, en ajoutant qu’il a d’abord fallu délimiter des zones de recherches dans ce vaste espace.

Vue aérienne sur des dunes proches d'une rivière.

Il y a des dunes mobiles dans la région des lacs Cambrien et Nachicapau.

Photo : SNAP-Québec, François Léger-Savard

Perles de verre, traces de feu de camp, outils en pierre… Plusieurs artefacts ont été trouvés sur place.

Noah Swappie rêve de cette aire protégée pour sa communauté, mais aussi pour les Québécois. Il aimerait la faire découvrir grâce à la création d’un projet d’écotourisme.

Car l’ancien chef le sait aussi, un projet d’Hydro-Québec viendrait avec de possibles redevances versées à la communauté, mais cette idée d’écotourisme pourrait être une option. Il faut trouver l'équilibre. On ne veut pas détruire tout le territoire pour de l’argent, dit-il.

On recevrait de l'argent d'Hydro-Québec, c'est sûr, mais tout n'est pas une question d'argent, ajoute encore David Swappie.

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