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Annuler la pêche communautaire pour sauver le saumon

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Derrick Pinette et son fils Jordan se préparent à passer plusieurs heures sur la rivière pour taquiner le saumon.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

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Pour « sauver la ressource », à savoir le saumon, le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam a décidé d’annuler la pêche communautaire cette année. C'est dans ce contexte que la saison a commencé.

Marius Picard est un vieux loup de mer. Cet homme originaire de Pessamit qui vit à Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, depuis plus de 30 ans, connaît la rivière Moisie comme sa poche. Pour lui comme pour tous les Innus, elle s’appelle plutôt la Mishta Shipu, la grande rivière.

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Marius Picard pêche depuis plus de 35 ans : le brochet, le saumon, la truite grise...

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Non loin de la communauté, il a dû emprunter un chemin de terre pour se rendre au débarcadère. De là, de nombreuses petites embarcations quittent la terre pour voguer sur les eaux de la Mishta Shipu avec, à leur bord, des hommes et des femmes, canne à pêche à la main.

Dans cette zone spécifique, la pêche au filet est interdite pour donner une chance à la ressource de se renouveler, dit Éric Leblanc, assistant à la protection de la faune pour Uashat.

Le filet est autorisé à l'embouchure, pour les membres uniquement, et pour pêcher la truite de mer. Il arrive parfois qu'ils attrapent accidentellement du saumon, mais ce n'est pas arrivé cette année, assure Christian Vollant, gestionnaire de la rivière pour le conseil de bande.

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Cette année, la pêche communautaire a été annulée et les membres recevront du saumon d'élevage.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Cette année est spéciale pour les Innus qui adorent titiller le saumon. Fini la pêche communautaire! Le conseil a plutôt décidé d’acheter des saumons d’élevage pour les donner aux membres.

Tous les pêcheurs croisés sur le quai s'entendent sur cette décision du conseil : c'était la bonne.

En 2019, la communauté a intensifié son contrôle de la rivière à la suite d’une transaction financée par Québec à hauteur de 1,8 million de dollars. Alors, aujourd’hui, ce sont en bonne partie les Innus qui décident.

Depuis, ils ont fait l’acquisition d’une pourvoirie et ils s’activent à l’élaboration d’un code de pêche pour faire face au déclin. Une autre pourvoirie le long de la rivière est encore aux mains d'Américains.

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Christian Vollant a la Mishta Shipu tatouée sur le coeur.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Christian Vollant parle de la Mishta Shipu avec passion.

Les non-Autochtones ont fait du mal à la rivière avec la surpêche, et aussi car ils n’avaient pas assez de connaissances. Il y a une forte diminution des géniteurs dans la rivière. Alors, le code de pêche pourra imposer des quotas, explique-t-il tandis que son fils glisse timidement un doigt de pied dans la rivière.

Mais d’abord, il faut que les Innus fassent un inventaire des ressources disponibles. L’annulation de la pêche communautaire est donc, selon M. Vollant, un moyen de montrer une certaine cohérence.

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La rivière Moisie est un trésor que les Innus souhaitent vivement protéger.

Photo : Michel Villeneuve

Il croit déjà que cette saison sera l'une des meilleures.

Tout le monde a le souvenir d'une pêche maigre ces deux dernières années.

La pourvoirie récemment acquise devrait aussi connaître un succès, après deux ans de fermeture à cause de la pandémie de COVID-19. Elle est ouverte aux Innus (gratuitement) et désormais, aux non-Autochtones également.

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Marius Picard a même installé une chaise dans son bateau pour pêcher « tout confort ».

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Selon M. Vollant, il est important que les Innus continuent d’aller pêcher. Les mettre sur la rivière, ça les sensibilise, dit-il en rappelant que, sans cette Mishta Shipu, les Innus n’auraient pas survécu.

Un héritage dont sont bien conscients tous les Innus qui s’apprêtent à monter sur leur embarcation.

Dans son petit chalet à côté de la rivière, Bastien Michel termine son déjeuner. Depuis des années, il répertorie les prises des pêcheurs : poids et longueur du saumon. La rivière, c’est chez lui.

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Bastien Michel est fier de dire qu'il a de nombreuses cuillères dans son matériel de pêche. Il aime se retrouver sur la rivière.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Mon père passait par là, dit-il en indiquant du doigt le tracé de la rivière. C’était son chemin de portage pour aller dans le Grand Nord.

La transmission est aussi ce qui habite Derrick Pinette qui est venu aujourd’hui avec son fils de 12 ans, Jordan. Ils sont partis pendant 3 heures sur l’eau.

Et pour faire honneur à la tradition, chacun a sa technique. Deux écoles de pêcheurs s’illustrent : ceux qui pêchent à la mouche et ceux qui pêchent à la cuillère comme Marius Picard.

C’est le trip, c’est la bataille. Je me sens en harmonie avec la nature et c’est tranquillisant, explique-t-il en chargeant son petit bateau sur lequel il a même installé une chaise tout confort.

Le combat est différent à la mouche, il faut que tu le travailles, le saumon. Pêcher à la mouche, c’est un art, assure de son côté Éric Leblanc.

D’ici deux ans, le code de pêche de Uashat mak Mani-utenam devrait être terminé. Il doit indiquer les règles de pratique de pêche pour assurer la pérennité de la ressource.

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