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Déception face au bilan du Plan d’action national pour les femmes autochtones

David Lametti (à gauche), Marc Miller (au centre) et Patty Hajdu (à droite) devant un fond noir avec des robes rouges.

Lors de la conférence de presse qui visait à faire le bilan du Plan d'action national pour les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones disparues et assassinées, déposé par le gouvernement fédéral, le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, était accompagné de la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu (à droite), et du ministre de la Justice, David Lametti (à gauche).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

De nombreuses voix des communautés autochtones se sont dites déçues vendredi du peu de progrès réalisé depuis un an dans le dossier des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Lors d’une conférence de presse tenue avec trois ministres fédéraux, des représentantes des Premières Nations ont dénoncé le manque d’actions concrètes.

Un bilan qui a été déposé trois ans jour pour jour après le dépôt du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA). Et un an après la mise en marche de la Voie fédérale et du Plan d'action national pour les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ [personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, en questionnement, intersexes et asexuelles] autochtones disparues et assassinées.

La conférence de presse a réuni le ministre des Relations Couronne-Autochtones Marc Miller, la ministre des Services aux Autochtones Patty Hajdu, le ministre de la Justice David Lametti, ainsi que Hilda Anderson-Pyrz, présidente du Cercle national des familles et des survivants, et de Sylvia Maracle, représentante de la communauté 2ELGBTQQIA+.

D’entrée de jeu, Mme Anderson-Pyrz s’est dite déçue du peu de progrès réalisé par le gouvernement du Canada, au premier anniversaire du Plan d’action national.

C’est une grande déception et frustrant de voir le manque d’imputabilité [du gouvernement] durant l’année qui vient de s’écouler, a affirmé Mme Anderson-Pyrz. Le gouvernement doit rendre des comptes pour sa responsabilité, a-t-elle poursuivi.

Hilda Anderson-Pyrz entourée de membres du Cercle national des familles et des survivants.

La présidente du Cercle national des familles et des survivants, Hilda Anderson-Pyrz, s'est dite « déçue » du peu d'avancées depuis un an pour les femmes et les filles autochtones.

Photo : Radio-Canada

Elle estime qu’il faut un calendrier pour parvenir aux changements demandés par le rapport de l’ENFFADA, de manière à garder les femmes et les filles autochtones en sécurité.

La demande d’un ombudsman pour les droits des Autochtones est restée lettre morte, le gouvernement a échoué pour satisfaire cette demande, selon Mme Anderson-Pyrz.

Le Plan d’action 2022 ne montre que peu de progrès, et c’est une honte nationale, a-t-elle dit.

De son côté, Sylvia Maracle a déclaré que très peu a été fait par le gouvernement fédéral pour garantir l’égalité des genres auprès des Autochtones.

On ne nous a pas écoutés, a-t-elle déploré.

Le plan était une étape, mais il faut que des initiatives soient mises en place pour rendre nos vies meilleures.

Mme Maracle a également plaidé en faveur de politiques publiques qui pourraient permettre de combattre le racisme, le sexisme et l’homophobie au Canada.

Sylvia Maracle entourée notamment de David Lametti et de Marc Miller.

Sylvia Maracle, représentante de la communauté 2ELGBTQQIA+ lors de la conférence de presse, s'est indignée du peu d'actions visant à vaincre le racisme, le sexisme et l'homophobie au Canada.

Photo : Radio-Canada

Un message pour le Canada : c’est votre gâchis, et nous avons besoin d’aide pour le nettoyer, et ce n’est pas qu’à nous de le faire, s’est-elle exclamée.

Marc Miller se défend

Durant la conférence de presse, le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a dit comprendre la frustration des communautés. Selon lui, le bilan qu’il dressait de la première année du Plan d’action national était le premier, mais l’essentiel tient au fait que le gouvernement du Canada reconnaît les difficultés des membres des Premières Nations.

Le rapport [de l’ENFFADA] nous a indiqué que les changements doivent être systémiques, a noté le ministre Miller, sans toutefois aborder de front les changements qui doivent être apportés dans la relation entre le Canada et les communautés autochtones.

Il a soutenu que le gouvernement du Canada doit faire mieux, sans être spécifique. Il est temps de cesser de se croiser les doigts et d’interpeller les partenaires provinciaux et des territoires pour mettre en place les changements proposés par l’ENFFADA.

Trois ans après le rapport ENFFADA, les femmes autochtones sont déçues et frustrées par la lenteur de la réponse gouvernementale face aux violences dont elles sont victimes. Le reportage de Christian Noël

Sa collègue des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, a quant à elle souligné la profonde responsabilité de son gouvernement envers les Premières Nations. Elle a dit vouloir amener davantage de justice pour les Autochtones, mais que la machine [gouvernementale] n’a jamais été conçue pour l’équité et l’inclusion de tous.

Mme Hajdu a ajouté qu’elle portera toujours les histoires qu’elle a entendues de la part de survivants autochtones, et que les autres ministres partagent cette passion.

D'après elle, le Canada perpétue un système colonial qu’il doit abolir s’il veut atteindre l’équité parmi tous ces habitants.

Nous avons tous un rôle à jouer, a-t-elle rappelé, tout en ayant conscience que plusieurs avancées restent à faire. C’est une tâche monumentale, a souligné Mme Hajdu.

En entrevue, le ministre Miller a convenu que la conférence de presse de vendredi était avant tout un moment pour se recueillir avec les familles et les membres de la communauté 2ELGBTQQIA+. Pour ceux-ci, il est conscient que les progrès ont été modestes au regard de l’avancée de leurs droits.

Marc Miller lors d'une conférence de presse.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, est conscient qu'il faut davantage de responsabilisation de la part du gouvernement fédéral dans le suivi du Plan d'action national pour les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada

La pandémie a rendu les gens plus vulnérables, et la communauté LGBT est devenue encore plus vulnérable, a-t-il concédé.

Le ministre Miller a dit souhaiter trois actions d’ici la deuxième année du Plan d’action national.

D’abord, mettre en place un processus de redevabilité – comme un ombudsman – pour mesurer les avancées.

Ensuite, que le gouvernement fédéral assume son leadership avec ses partenaires provinciaux et territoriaux, notamment pour les Autochtones qui vivent en milieu urbain et qui ne relèvent pas de sa compétence.

Enfin, accélérer le poids des investissements, puisqu’il y a de l’argent dans les coffres [et que] les besoins sont criants.

Des changements structuraux demandés

La commissaire Michèle Audette.

Michèle Audette, ex-commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Photo : Radio-Canada / Alexandre Milette-Gagnon

Selon l’ancienne commissaire de l'ENFFADA, la sénatrice Michèle Audette, la conférence de presse des ministres vendredi a brassé des émotions, mais elle s’attendait à davantage d’actions, surtout à l'occasion du troisième anniversaire du dépôt du rapport final de l’ENFFADA.

Une chance que les ministres ont le cœur à la bonne place, a-t-elle admis, car le suivi des recommandations de l’enquête nationale a pris du retard et il subsiste une autoévaluation du gouvernement sur ses propres actions.

Je trouve lourd qu’il n’y ait pas plus d’engagements de la part des ministres, a estimé Mme Audette.

Elle s’est dite aussi frustrée que les ministres n’aient pas fait une plus grande place aux femmes autochtones qui sont actuellement assassinées au Manitoba.

Elle appuie la création d’un poste d’ombudsman et d’une structure indépendante pour faire le suivi des actions du fédéral. Sur ce point, ils parlent, mais ils ne font rien, a expliqué Mme Audette.

Elle a cité l’exemple aussi de la création de groupes de travail pour rouvrir les enquêtes sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, une proposition qui aurait l'accord d'Ottawa, mais ils ne le font pas, a-t-elle ajouté.

Mme Audette a dit espérer que, lors du deuxième anniversaire du Plan d’action national, les enquêtes policières visant les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées s'étendent aux familles.

Nous avons été efficaces durant la COVID-19, a-t-elle indiqué, alors elle est convaincue qu’avec de la volonté politique – pas juste des échanges de mots – on peut y parvenir.

On ne peut plus juste dire [qu’il existe des problèmes systémiques], il faut agir, a conclu Mme Audette.

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