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Projet de loi 96 : de jeunes Mohawks craignent pour leur langue

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Des Mohawks de Kahnawake dénoncent le projet de loi 96.

Photo : Radio-Canada

Julie Roy

Inquiets des ravages que pourrait causer le projet de loi 96 sur leur langue et sur leur culture, de jeunes Mohawks ont manifesté samedi à Kahnawake pour inciter le gouvernement de François Legault à faire marche arrière.

S’exprimant majoritairement en anglais, les Mohawks seront directement touchés par la réforme de la Charte de la langue française, qui prévoit l’ajout de trois cours en français à la formation des élèves qui fréquentent des cégeps anglophones. La réussite de deux cours en français était déjà exigée.

Même si leur droit de préserver leur langue et leur culture est protégé par la Charte, les Autochtones ne font l’objet d'aucune mention spéciale dans ce projet législatif auquel ils s’opposent avec force. Aujourd’hui, ils demandent à Québec de les exempter de l'application de la loi 96 ou, mieux encore, d’abolir ce projet de loi.

C’est une attaque contre notre langue, a lancé Ra’nikonhri:io Lazare, un professeur de 22 ans.

On comprend que c’est pour protéger la culture, mais 85 % de la population du Québec parle français. Nous, on est 300 à parler notre langue, que je maîtrise peu, d’ailleurs, a expliqué Teiotsatonteh Diabo, qui prévoit aller au Collège Dawson à l’automne.

C’est triste que je sois forcée d’apprendre le français avant ma propre langue. Beaucoup de gens pensent comme ça dans la communauté.

Cette jeune femme de 19 ans rappelle certains pans douloureux de l’histoire de sa nation, qui a tant bien que mal survécu aux pensionnats pour Autochtones et à d'autres tentatives d’assimilation.

Nous sommes une petite communauté. Nous n’avons plus grand-chose et nous devons protéger ce qu’il nous reste. C’est notre message et j’espère qu’il se rendra jusqu’à François Legault. J’espère qu’il nous écoutera et qu’il se mettra à notre place.

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Teiotsatonteh Diabo (au centre) marche avec sa jeune sœur Ionientana:wen et d'autres membres de la communauté mohawk de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada

Les dizaines de manifestants se sont réunis devant la Survival School de Kahnawake avant d’entreprendre leur marche jusqu’au pont Mercier. L’accès à l’éducation était au cœur de leurs préoccupations.

Je pense à tous ces jeunes à qui j’enseigne. Cette loi va beaucoup les affecter quand viendra le moment de choisir ce qu’ils veulent faire dans la vie, a indiqué Ra’nikonhri:io Lazare.

M. Lazare craint que le projet législatif vienne bloquer les perspectives d’avenir des prochaines générations de Mohawks en ajoutant de nouvelles barrières pour accéder aux études supérieures.

C’est sûr que ça va diminuer les possibilités pour nos jeunes d’aller au cégep et à l’université.

La majorité des gens ici parlent anglais, a précisé Ka’nahsohon Kevin Deer, un aîné de Kahnawake. Ils ne devraient pas être pénalisés s’ils veulent faire des études.

Selon Teiotsatonteh Diabo, compliquer l’accès à l’éducation des jeunes Autochtones menace tout le reste. Le système d’infrastructures sociales élaboré à Kahnawake pour assurer une plus grande autonomie à la communauté serait le premier à en pâtir.

Ça va affecter l’éducation de ma petite sœur, la mienne, mais ça va aussi avoir des répercussions sur notre système de santé. Nous aurons du mal à garder notre hôpital dans la communauté et nous aurons toujours besoin d’aller à Montréal pour tout ce qui concerne les soins, a indiqué Teiotsatonteh Diabo.

Même si François Legault a récemment assuré que les soins de santé seront toujours accessibles en anglais après la réforme, la jeune femme craint à terme que son dossier soit absorbé par le système francophone.

On a déjà été assimilés. Le projet de loi 96 va nous faire retourner encore plus loin en arrière.

Pas de consultation

Pendant que les plus jeunes marchaient sous un soleil de plomb et sous les bruits de klaxons, Ka’nahsohon Kevin Deer attendait patiemment leur retour devant l’école. Assis à côté d’un arbre, il entretenait un feu allumé pour la cérémonie précédant le départ.

Près de 50 ans après la loi 101, l'aîné a l’impression de revivre le même scénario. Même s’il garde espoir, il a du mal à accepter le manque de volonté du gouvernement à discuter avec les Premières Nations et à étudier leurs demandes relativement à la réforme de la Charte, une réforme pour laquelle les Autochtones n’ont pas été consultés.

Nous avons fait des traités de paix, d’amitié et de respect, soutient Ka’nahsohon Kevin Deer. La manière dont le gouvernement se comporte, c’est comme si nous n'étions pas importants. On ne passe pas une loi sans consulter les personnes concernées. C’est ça qui nous dérange.

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