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L’ours noir : les belles rencontres de Sandrine Masse

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Sandrine Masse lance son premier album, «L'ours noir».

Photo : Gracieuseté : Dola Communications

Julie Roy

C’est une quête identitaire, le besoin de se rapprocher de ses racines autochtones, qui a mené Sandrine Masse à Wendake, il y a quelques années. Marquant à tous les points de vue, cet arrêt est devenu le point de départ d’une aventure formidable pour cette jeune artiste, qui lançait cette semaine son premier album.

L’ours noir, c’est l’histoire de rencontres : celles avec l’autre, avec la nature, avec soi-même, mais aussi avec la communauté wendat. C’est un vibrant hommage que Sandrine Masse livre à sa nation avec le premier extrait de son album, Wendat Rap. Cette pièce est aussi pour elle une manière de s’affirmer, de revendiquer enfin ses origines.

Ça fait partie de mon identité, explique l'auteure-compositrice-interprète de 30 ans. Wendake a été tellement important dans mon parcours, et je veux que les gens le sachent quand je me présente.

« Wendat Rap, c’est aussi pour mettre la puce à l’oreille aux gens que les Wendat existent, et que les Autochtones peuvent aussi ressembler à quelqu’un comme moi, qui a les yeux bleus, une mère québécoise et un père qui a été coupé de son héritage. »

— Une citation de  Sandrine Masse

Le long chemin vers soi

Sandrine Masse a grandi à Aylmer, en Outaouais. Après avoir fait une formation en musique à l’Université de Montréal en 2014, elle a vagabondé jusqu’à Wendake.

Au début de la vingtaine, c’est une période où on se cherche, où on se pose des questions identitaires, dit-elle. Ça a été la même chose pour moi.

Sandrine Masse a toujours su qu’elle était Wendat. Lorsqu’elle était enfant, son père a fait de son mieux pour l’initier à certains éléments de sa culture. Mais malgré sa volonté, ses capacités de transmission étaient limitées.

Mon père a lui-même été coupé de ces éléments culturels là quand il était jeune, parce que sa mère ne pouvait pas en être fière. Dans ce temps-là, on n’était pas fier d’être Autochtone. On le cachait le plus qu’on le pouvait. Malheureusement, à cause de ça, mon père a manqué beaucoup de bagage culturel, qu'il n'a pas pu me transmettre. Au début de la vingtaine, j’ai commencé à me rendre compte qu’il me manquait quelque chose.

« Rendue à Wendake, c’est là que j’ai compris que si j’avais des réponses à trouver, c’était à cet endroit-là, dans la communauté. »

— Une citation de  Sandrine Masse

Les quatre ans qu’elle a passés à Wendake ont été un tournant dans sa vie. C’est un long chemin que j’ai commencé là-bas vers la reconnexion culturelle, mais aussi vers la reconnexion identitaire au niveau artistique et spirituel.

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L'auteure-compositrice-interprète Sandrine Masse décrit ses quatre années passées à Wendake comme un tournant dans sa vie.

Photo : Gracieuseté : Dola Communications

L’univers musical de Sandrine Masse s’est transformé au contact de sa communauté. Soudainement, elle a eu envie de s’exprimer différemment sur le plan artistique.

Dès son jeune âge, ses talents musicaux lui ont permis d’intégrer un projet pilote au conservatoire pour former la relève. Parmi les instruments qu’on lui proposait, elle a choisi l’alto.

Ça a été un coup de foudre instantané, un match parfait. C’est super intéressant de l’utiliser dans ce que je fais maintenant. Ça va couvrir des registres plus larges, explique la musicienne multi-instrumentiste, qui joue aussi de la guitare et du piano.

C’est à son arrivée à Wendake qu’elle a effectué un virage vers la chanson. Elle a commencé à écrire ses propres pièces et à faire ses premiers pas sur scène.

Son expérience de travail au Nunavik, où elle a enseigné la musique à de jeunes Inuit, a confirmé son désir de devenir auteure-compositrice-interprète. Là-bas, elle a formé un groupe avec deux amies. Leurs chansons, en anglais et en inuktitut, sont parfois jouées à la radio locale.

Mise au défi

C’est au cours de ces quatre années partagées entre Wendake et le Nunavik que Sandrine Masse a écrit la majeure partie des chansons de son album. Wendat Rap a été composée plus tard à Gatineau, où elle a décroché un emploi en enseignement de la musique dans une école secondaire, en 2018.

En donnant un atelier sur le rap, elle a été mise au défi par ses élèves. Ils appréciaient les mélodies de leur professeure, mais trouvaient qu’elle manquait de crédibilité pour leur enseigner le rap.

Ils m'ont dit : "vous n’êtes pas une rappeuse, vous n’allez pas nous apprendre à faire un rap", se souvient-elle. J’ai trouvé qu’ils avaient un bon point, alors le soir même, j’ai décidé d’écrire un rap, que je leur ai présenté le lendemain.

Elle a saisi l’occasion pour parler d’où elle venait, de sa communauté, et pour donner une petite leçon d’histoire à ses élèves au sujet des Wendat.

Ça a stimulé leur curiosité, et ça a créé un contact. Je pense que les jeunes trouvent ça intéressant d’en apprendre plus sur les Premières Nations. Ils sont vraiment éveillés, intéressés, curieux. Il y a une conscience qu’ils ont des choses à apprendre là-dessus, qu’il y a des lacunes au niveau de ces savoirs-là. C’est très encourageant. En plus, ils ont aimé le rap!

Produite en vitesse, la pièce a ensuite fait l’objet de plusieurs réécritures.

« Je suis toujours en apprentissage de l’histoire de ma nation. Je voulais que ce soit le plus exact possible, alors j’ai travaillé avec des mentors wendat pour que la chanson reflète le plus possible notre histoire. »

— Une citation de  Sandrine Masse

S'affirmer en douceur

Même s’il a été choisi comme premier extrait, Wendat Rap est une œuvre plutôt distincte sur l’album L’ours noir. Son style flow rap tranche avec les accords folk des autres pièces. Son ton plus affirmatif se distingue aussi de la douce poésie des autres chansons.

Wendat Rap, c’est une prise de position, une prise de parole affirmée. C’est moins moi de faire ça, reconnaît Sandrine Masse. C’est difficile pour moi de prendre des positions très tranchées à travers mes chansons, de revendiquer des choses, parce que je suis encore en apprentissage. Je suis en réappropriation culturelle.

Son autochtonie, elle préfère pour l’instant l’exprimer autrement dans sa musique.

J’ai un univers dans mes chansons, un champ lexical. Je reviens beaucoup au contact avec la nature, et il y a un côté un peu ancestral. J’aime beaucoup le conte, aussi. Tout ça, ce sont des éléments qui viennent de ma culture, qui m’ont été transmis et qui sont présents dans mes chansons.

Le style de l’artiste se reflète bien dans la pièce L’ours noir. Tirée d’un conte, cette chanson relate la rencontre entre un jeune homme et un ours noir dans la forêt. Le jeune homme est convaincu de voir dans l’animal la réincarnation de sa grand-mère qu’il n’a jamais connue.

« Cette rencontre-là, entre l’ours et l’homme, m’a inspiré les autres chansons. Je trouvais que l’ours noir personnifiait bien la rencontre avec quelque chose qu’on a perdu, avec soi-même, avec son identité, avec la nature, avec l’autre… »

— Une citation de  Sandrine Masse

Ce projet musical, c’est aussi un premier contact entre Sandrine Masse et son public, qu’elle est impatiente de rencontrer. Elle le fera à Québec, après sa formation à l’École nationale de la chanson de Granby, lorsqu’elle ira s’installer définitivement à Wendake.

C’est là chez moi, dit-elle. Je m’ennuie et j’ai hâte de reconnecter avec la communauté. Pour continuer mon apprentissage culturel, mais aussi pour explorer la scène musicale à Québec. Il y a vraiment une émergence musicale super intéressante là-bas. On n’est plus obligé d’aller à Montréal, maintenant, quand on est auteur-compositeur-interprète. Je m’en vais tester ça, pour savoir si c’est vrai!

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