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Les prix Juno en font-ils assez pour les artistes autochtones?

Spectacle lors du gala des prix Juno en 2019

Les prix Juno existent depuis plus de 50 ans, mais ils ont mis 24 années avant de créer une catégorie réservée aux artistes autochtones.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les 51es prix Juno disposent pour la première de deux catégories réservées aux musiciens autochtones qui pourraient être une source de célébration, mais aussi de discorde.

DJ Shub

DJ Shub

Photo : Ville de Toronto

Ces deux prix ont été remis lors de la soirée de samedi, qui n’est pas télévisée. DJ Shub, membre mohawk des Six Nations de la rivière Grand, a remporté le prix artiste ou groupe autochtone contemporain de l'année.

Une chanteuse autochtone sur une couverture d'album.

Fawn Wood, une chanteuse aux origines crie des plaines et salish.

Photo : Tirée de la page Facebook de Fawn Wood

De son côté, l'artiste de descendance crie et salish Fawn Wood a remporté la palme dans la catégorie musique traditionnelle autochtone grâce à son album Kakike.

Pour beaucoup de gens, l’ajout d’un prix supplémentaire est une bonne nouvelle. Une nouvelle catégorie signifie deux fois plus de nommés (désormais 10 au lieu de 5) et deux fois plus de gagnants.

Plus il y a de prix et plus il y a de projecteurs mis sur les artistes autochtones, mieux c'est, affirmait en milieu de semaine Jayli Wolf en entrevue à l'émission Unreserved, sur CBC Radio. Son album Wild Whisper était en nomination dans la catégorie artiste ou groupe autochtone contemporain de l'année.

Reconnaissance tardive

Cependant, la reconnaissance des prix Juno envers les musiciens autochtones n'a pas été assez rapide, selon certaines personnes. La première catégorie réservée aux artistes autochtones a été créée plus de 20 ans après la cérémonie de remise des prix lancée en 1970, et la catégorie supplémentaire ajoutée cette année arrive encore après 28 années supplémentaires.

Pourtant, des artistes autochtones ont chanté des chansons ici, sur l'île de la Tortue, depuis probablement des milliers d'années, ajoute un autre nommé, Nimkii Osawamick. Son groupe de percussionnistes Nimkii and the Niniis était en lice pour le nouveau prix de musique autochtone traditionnelle.

Bien que la création de ce deuxième prix soit applaudie par ceux qui souhaitent voir plus de lauréats autochtones chaque année, elle ravive les questions sur la validité des catégories elles-mêmes et sur la capacité de l'industrie musicale canadienne à honorer et à soutenir les artistes autochtones.

Pas une niche

Lorsque Jeremy Dutcher a remporté le prix de l'artiste ou du groupe autochtone de l'année en 2019, il a rappelé les limites de la catégorie dans son discours de remerciement.

Gros plan sur le visage du jeune homme.

Le chanteur Jeremy Dutcher en 2018

Photo : The Canadian Press / Chris Young

S'adressant aux nommés autochtones de cette année-là, il leur a dit : Votre travail mérite d'être considéré en dehors de cette catégorie, parce que notre musique n'est pas une niche.

Alan Greyeyes, qui dirige la société artistique et de gestion de projets Ogichidaa Arts, affirme que c'est une idée fausse mais répandue de croire que les artistes autochtones ne peuvent pas être ou ne seront pas considérés en dehors de la catégorie réservée aux artistes autochtones.

« Le principal point de discorde que j'entends de la plupart des artistes autochtones est qu'ils sont casés ou ghettoïsés, mais ce n'est tout simplement pas le cas. »

— Une citation de  Alan Greyeyes, en entrevue à Unreserved

En 1995 par exemple, Susan Aglukark a remporté le prix du meilleur nouvel album solo. En 2014, A Tribe Called Red a gagné celui de la révélation de l'année. En 2017, William Prince a remporté celui de l'album rock-roots contemporain. En 2018, Shane Yellowbird a été nommé pour la chanson country de l'année. En 2021, Crystal Shawanda a remporté l'album blues de l’année, et la majorité des nommés de la catégorie rock-roots contemporain de cette année-là étaient des artistes autochtones.

Le problème est que certaines catégories peuvent être surchargées de soumissions. M. Greyeyes siège au comité de l'album de rap pour les prix Juno et dit qu'il reçoit jusqu'à 200 soumissions chaque année, dont celles d'artistes disposant de gros budgets pour l'enregistrement et les campagnes de marketing. Seuls cinq d'entre eux seront choisis comme candidats.

La catégorie autochtone est donc, selon lui, la garantie indispensable qu'au moins un artiste autochtone monterait sur scène.

Alan Greyeyes, le directeur du Festival musical Sākihiwē à Winnipeg.

Alan Greyeyes

Photo : Alan Greyeyes

Désormais, les catégories séparées traditionnel et contemporain permettent aux jurés de juger un peu plus facilement les albums les uns contre les autres, selon M. Greyeyes. Avant, nous avions des albums inuit contre des albums country, et des albums country contre des albums de pow-wow. Maintenant, c'est un peu plus clair.

Que vaut un trophée?

Certains estiment que les prix Juno n'en font pas assez pour soutenir les artistes autochtones.

Contrairement aux prix Polaris, qui accordent 50 000 $ pour l'album canadien de l'année (un prix que Dutcher a remporté en 2019), les Juno n'offrent pas de récompense en argent.

Gagner un Juno peut être un coup de pouce économique pour un artiste, qui peut ensuite réserver plus de spectacles et vendre plus d'albums après sa victoire, résume Jarrett Martineau, animateur de l’émission radio Reclaimed à CBC.

« Mais je pense que ce serait encore mieux s'il y avait des retombées directes en espèces pour les artistes. »

— Une citation de  Jarrett Martineau, animateur radio

Les prix Juno pourraient également soutenir davantage les artistes autochtones en présentant les prix autochtones lors du gala principal, plutôt que lors d'une cérémonie plus petite et non télévisée qui a lieu la veille de l'événement principal, selon lui.

En attendant, il souligne que les musiciens et producteurs de musique autochtones de l'île de la Tortue ont développé leurs propres moyens de faire reconnaître la grande diversité de leur musique.

Nous avons notamment les Indigenous Music Awards ici, à Winnipeg. Nous avons les Canadian Aboriginal Music Awards à Toronto et les Indian Summer Music Awards à Milwaukee, souligne-t-il.

Comme le dit le dicton : on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

D'après un texte de Kate Adach, de CBC

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