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L’ambulance de Kanesatake source de malentendu avec le ministère de la Santé

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Le seul véhicule de l'entreprise Paramédics des Premières Nations à Kanesatake a été endommagé dans un accident récemment.

Photo : Gracieuseté

Après avoir été impliquée dans un accident samedi dernier, l'ambulance de la communauté mohawk de Kanesatake est hors service pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines, ce qui relance le débat : pourquoi le seul service d'ambulance autochtone du Québec ne peut posséder de véhicule de dépannage, alors que tous ses compétiteurs y auraient droit? Le ministère de la Santé se défend.

Le 30 avril dernier, le conseil de bande de Kanesatake, dans les Basses-Laurentides, a reçu une mauvaise nouvelle. Sa seule ambulance a été endommagée en revenant de l’hôpital de Saint-Eustache, après une collision avec un véhicule de tourisme qui avait omis de respecter l’arrêt obligatoire.

Heureusement, personne n’a été blessé, mais ça met notre ambulance hors service pour plusieurs jours, indique Robert Bonspiel, président de Paramédics des Premières Nations (PPN).

Son entreprise est arrivée à louer un véhicule de remplacement, mais seulement pour de courtes périodes. Et il lui faudra obtenir l’aide de plusieurs services d’ambulances différents en attendant que son véhicule principal soit réparé.

En cas de bris, d’entretien ou d’accident, les autres services d’ambulances au Québec ont tous le droit d’avoir un véhicule d’appoint, qu’on appelle dans le métier un mulet, déplore M. Bonspiel.

« On a fait la demande au ministère de la Santé à plusieurs reprises depuis 10 ans pour y avoir droit, mais à chaque fois on nous dit de nous débrouiller. »

— Une citation de  Robert Bonspiel, président de Paramédics des Premières Nations

Contrairement à ses homologues de Kahnawake ou d'Akwesasne, le service ambulancier de Kanesatake est référencé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et relève du système de répartition du 911. Le MSSS paie une partie des coûts reliés au véhicule, mais M. Bonspiel souligne que, dans les cas des mulets, tous les frais d’opération (immatriculation, entretien, essence) sont à la charge de l’entreprise. Il comprend donc mal le refus du ministère.

Du côté du ministère, on rétorque être d'accord pour que l'entreprise de M. Bonspiel ait un véhicule mulet. Mais on précise que M. Bonspiel voulait que le ministère couvre l'entièreté des frais relatifs à cette dépense. Nous ne faisons jamais cela, indique Marie-Claude Lacasse, relationniste au MSSS.

« L’entreprise demandait aussi que le MSSS finance l’achat d’un véhicule de supervision (intervention rapide). Nous sommes d’accord de payer pour la radio communication, mais nous n’achetons jamais le véhicule pour les entreprises. »

— Une citation de  Marie-Claude Lacasse, relationniste au ministère de la Santé

Les compagnies ambulancières sont des compagnies privées titulaires d’un permis. Il est de leur responsabilité de réaliser la gestion du matériel, conclut le ministère.

Informé de la réponse du ministère, M. Bonspiel croit qu'il s'agit d'un problème de communication. Nous comprenons que ce deuxième véhicule n'est pas financé et qu'il s'agit en fait d'un vieux véhicule qui a atteint la fin de sa vie utile, mentionne-t-il par écrit. Le permis que nous avons demandé est le problème. Le MSSS l'a refusé jusqu'à présent.

Après avoir été ambulancier pendant 40 ans, Hal Newan, aujourd'hui retraité, continue de s’intéresser aux enjeux liés à sa profession. Il y a deux mois, il a créé la page Facebook La dernière ambulance qui traite notamment de la question des ruptures de service.

« Le seul service d’ambulance au Québec à qui le ministère de la Santé n’a pas donné l’autorisation d’avoir un deuxième véhicule, c’est le service d’ambulance autochtone. Ça crée un système de santé à deux vitesses et illustre bien, selon moi, le problème du racisme systémique. »

— Une citation de  Hal Newman

L'épineuse question des horaires

D’après Robert Bonspiel, le ministère refuse à son entreprise de posséder un véhicule d’appoint parce que le volume d’appels ne le justifie pas. Si son entreprise couvre la communauté mohawk et ses environs (Saint-Placide, Oka, Saint-Eustache, Saint-Benoît, Mirabel, etc.), cela représente un volume de quelque 500 interventions par an.

Ce chiffre est en baisse depuis 2017, depuis que la CAQ a décidé de bonifier le contrat de service d’un concurrent de M. Bonspiel : l'entreprise Services Préhospitaliers Laurentides-Lanaudière, basée à Mirabel.

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Robert Bonspiel

Photo : Gracieuseté

Eux ont le droit d’embaucher des ambulanciers payés à l’heure qui sont en permanence dans leur véhicule. Ils sont donc plus rapides et privilégiés par le système automatique de répartition par rapport à nos ambulanciers, qui sont considérés comme étant de faction, déplore Robert Bonspiel.

Comme bien des ambulanciers en région éloignée, les ambulanciers mohawks sont sur un horaire 7/14 où ils sont considérés comme étant de garde. Comme ils peuvent être chez eux tout en étant disponibles en cas d’urgence, le système de répartition calcule automatiquement un temps de réponse supplémentaire de 10 minutes pour leur laisser le temps de s'habiller et de rejoindre l'ambulance.

Néanmoins, dans un secteur où les entreprises privées d'ambulance sont en concurrence et qu’un appel est automatiquement dirigé vers l’ambulance pouvant être là le plus rapidement, ces 10 minutes de pénalité créent une concurrence déloyale, selon le chef d’entreprise mohawk.

Au sujet des demandes de transformation des horaires de faction en horaire à l’heure, le ministère indique plancher sur ce dossier. Nous sommes en train d’analyser les différentes demandes pour l’ensemble des régions du Québec. Une annonce sera faite en temps et lieu, indique Mme Lacasse.

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