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Enfants autochtones disparus : six mois de travail intensif et déjà quelques réponses

Des gens assis devant un tapis couvert d'objets.

L'été 2021, les familles d'enfants disparus s'étaient réunies sur le territoire atikamekw.

Photo : Radio-Canada

Dossiers médicaux, attestations de décès… des familles d'enfants autochtones disparus commencent à avoir des réponses, six mois après l'entrée en vigueur de la Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d'enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d'une admission en établissement.

Pendant des années, les familles sont restées sans explication ou ont fait du surplace, mais depuis l'entrée en vigueur de la loi 79, c'est un début de réponse qui se profile et pour certaines, déjà quelques éléments concrets qui surgissent concernant leurs enfants dont elles ont perdu la trace après leur naissance dans un établissement ou après une évacuation médicale.

Selon le rapport annuel 2021-2022 (Nouvelle fenêtre) rendu public jeudi, la Direction de soutien aux familles réalise des recherches de renseignements concernant au moins 55 enfants. Dans certains cas, une même famille est à la recherche de plusieurs enfants. Majoritairement, les enfants proviennent des nations atikamekw et innue et sont nés entre 1933 et 1978.

Les différentes demandes ont d’ores et déjà permis d’obtenir des dossiers médicaux de quelques enfants, mais également de parents. Neuf attestations de décès ont aussi été déjà délivrées.

Une date symbolique

Pour la famille d'Agathe Awashish d'Opitciwan, l'application de la loi 79 a permis de retrouver un dossier, mais surtout une date, pour commencer à guérir des dizaines d'années de silence et de douleur.

Pendant longtemps, cette Atikamekw n'a rien dit. Puis, après les premiers reportages de l'émission Enquête de Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) en 2015 sur des enfants disparus dans des communautés autochtones, elle a commencé à parler.

Agathe Awashish ne se souvenait pas de l'année, mais son aîné avait deux ou trois ans, et c'était l'été lorsqu'elle a pris le train du campement forestier d'Oskélanéo, près d'Opitciwan, pour accoucher à Amos.

Agathe Awashish se souvient d'avoir accouché après minuit, peut-être vers 2 h 30. Elle a entendu les pleurs de son petit garçon, puis plus rien. Elle ne l'a jamais vu. Jamais réentendu.

Une vieille dame avec des ballons d'anniversaire et le chiffre 81

À 81 ans, Agathe Awashish commence à avoir des réponses sur son enfant né en 1961.

Photo : Gracieuseté : Chantale Awashish

Le lendemain, quelqu'un est venu lui annoncer son décès. Elle a bien vu, à travers la vitre, un petit cercueil passer, mais était-ce celui de son fils? Puis Agathe est repartie en train, les mains vides, le cœur lourd. Avec son mari, une cinquantaine d'années de silence. Et depuis huit ans, des recherches menées par ses enfants qui n'ont rien donné. Sauf depuis l'entrée en vigueur de la loi 79.

J'en ai fait des démarches, mais c'était sans succès, raconte Chantale Awashish, la fille d'Agathe. Demandes d'informations, de dossiers à l'hôpital d'Amos, enquêteurs sur le dossier. Rien. À force, Chantale avoue avoir douté même du récit de sa mère, qui pourtant ne variait jamais.

Après avoir envoyé une nouvelle demande, grâce à la loi, la famille Awashish a reçu le dossier de Joseph en quelques jours.

Joseph est bien né le 11 août 1961 à 2 h 30 du matin. Agathe Awashish a pleuré en apprenant ces informations. C'était bouleversant pour elle. Elle dit qu'elle ne l'a jamais oublié, raconte Chantale, qui a fait le déplacement pour assister au dépôt du rapport à l'Assemblée nationale à Québec.

Le dossier indique aussi que Joseph serait mort d'une anomalie congénitale du cœur.

Chantale et sa famille se disent contentes d'avoir enfin des informations. Le 11 août prochain, elle va organiser une petite cérémonie pour sa mère et pour Joseph.

En même temps, j'ai d'autres questions. Les recherches ne sont pas terminées. On a encore des choses à faire et j'ai hâte, précise Chantale Awashish, 58 ans.

Une femme âgée et sa fille qui la tient dans ses bras

Chantale Awashish est soulagée d'avoir des réponses, mais a encore tellement de questions.

Photo : Gracieuseté : Chantale Awashish

Les prochaines étapes sont de retrouver où son frère est enterré et de demander une exhumation et un test ADN. Si c'est lui, on va l'amener à Opitciwan et l'enterrer auprès des nôtres, des siens.

Le rapport précise en effet que l'obtention du dossier médical d’un enfant n’est souvent que le début de plusieurs autres recherches visant, notamment, à comprendre les circonstances d’un décès ou à identifier un lieu de sépulture – dans la plupart des cas inconnus des familles.

« Je veux qu'elle parte en paix, quand son heure sera venue.  »

— Une citation de  Chantale Awashish

Chantale Awashish va continuer de chercher afin d'avoir des réponses pour sa mère de 81 ans et pour les autres familles. Rien qu'à Opitciwan, une trentaine de familles sont à la recherche d'un enfant disparu, selon Chantale Awashish, qui fait partie de l'association Awacak.

Encore beaucoup à faire

C'est un travail significatif qui a été fait, souligne dans le rapport le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière. Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais je suis très fier de cette lancée, précise-t-il.

En effet, des années 1950 aux années 1980, des dizaines et des dizaines d'enfants autochtones de communautés isolées ont disparu, envoyés dans des hôpitaux du Québec dont ils ne sont jamais revenus. Certaines familles ont témoigné lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA). Certaines se sont aussi confiées à la journaliste de l'émission Enquête, Anne Panasuk, devenue depuis l'an dernier conseillère spéciale pour le soutien aux familles dans ce dossier.

Anne Panasuk tient des mocassins d'enfant rouge.

Anne Panasuk est conseillère auprès du ministre Lafrenière. Elle promet aux familles qu'elle se battra pour qu'elles obtiennent la vérité.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Mais d'autres n'avaient pas entamé de recherche et ont approché la Direction de soutien aux familles, Anne Panasuk ou encore l'Association des familles Awacak en entendant parler de la nouvelle loi, affirme le rapport.

Selon le rapport, un important travail de sensibilisation et de communication reste à faire auprès, notamment, des nations nordiques conventionnées [Cris, Inuit et Naskapis] et d’autres Premières Nations.

Le rapport précise aussi que, parmi les enfants plus âgés, deux d’entre eux sont décédés dans le contexte de leur scolarisation en pensionnat.

La loi vise à rendre accessibles aux familles certains renseignements détenus par les établissements, les organismes publics et les congrégations religieuses, afin de leur permettre de faire la lumière sur les circonstances de la disparition ou du décès d'un enfant.

Selon la directrice générale de l'Association des familles Awacak-petits êtres de la lumière (en atikamekw), Françoise Ruperthouse, Awacak porte en elle cette souffrance de perdre un enfant et cette mémoire de tous les obstacles qui précèdent l'adoption de la loi. L'association a travaillé en étroite collaboration avec Anne Panasuk et la Direction de soutien aux familles.

« De l’ombre de la méfiance, nous nous dirigeons vers la lumière de la confiance. »

— Une citation de  Françoise Ruperthouse.

Des recommandations et experts

Selon le rapport, les familles souhaitent s'adresser à des experts médicaux pour obtenir des analyses complètes des informations qu'elles reçoivent. Ce besoin fait état du nécessaire lien de confiance à tisser avec l’information obtenue et les institutions partenaires, afin de poursuivre le cheminement vers la vérité et la guérison, précise le rapport.

Dix médecins omnipraticiens ou spécialistes membres de Premières Nations ou ayant travaillé avec des familles autochtones ont déjà confirmé leur volonté d'accompagner les familles. Des infirmières et autres spécialistes en santé et services sociaux doivent être rencontrés pour former une équipe d'experts.

Trois recommandations ont aussi déjà été formulées dans le rapport par le comité de suivi. Il recommande de mettre en place une façon uniforme d'archiver les informations recueillies afin notamment de respecter la confidentialité, d'élaborer un protocole de gestion de l'information et, enfin, que les informations soient conservées et non détruites.

La Direction de soutien aux familles est un membre permanent du comité de suivi de la loi. Elle collabore avec les familles, la conseillère spéciale, l’Association Awacak, les organisations autochtones et les institutions visées par la loi pour la réalisation de son mandat. Sa directrice relève directement du ministère responsable des Affaires autochtones.

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