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Les politiques de l’Université Queen’s sur l’identité autochtone critiquées

La controversée Première Nation algonquine d'Ardoch a participé au développement du processus de révision.

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La révision des politiques sur l'identité autochtone de l'Université Queen's, à Kingston en Ontario, a été critiquée par des experts et par des membres des Premières Nations.

Photo : (Michelle Allan/CBC)

Radio-Canada

Dix mois après l'annonce par l'Université Queen's d'un examen de la manière dont elle évalue les revendications d'identité autochtone lors de l'embauche de son personnel, les critiques affirment que ce processus est truffé de problèmes, notamment des conflits d'intérêts potentiels et un manque de transparence.

Bien que l'université, située à Kingston en Ontario, ait refusé de divulguer publiquement les noms de toutes les personnes et de tous les groupes qui ont participé au processus de révision qui s'est terminé à la mi-mars, CBC a appris que la Première Nation algonquine d'Ardoch figurait parmi les groupes consultés, malgré son implication dans une controverse.

La question a atteint son paroxysme en juin 2021, après qu'une dénonciation anonyme eut allégué que six personnes affiliées à l'Université Queen’s avaient fait des déclarations trompeuses ou fausses sur leur identité autochtone.

Trois des personnes citées dans la dénonciation sont membres de la Première Nation algonquine d'Ardoch, une communauté non inscrite de l'est ontarien.

L’Université Queen's a d'abord défendu ces personnes, mais a ensuite changé de position après qu'environ une centaine d'universitaires et de dirigeants autochtones d'Amérique du Nord eurent signé une lettre qui lui demandait de prendre ces allégations au sérieux.

La lettre demandait spécifiquement à l’Université Queen's de rejeter la Première Nation d’Ardoch, mais celle-ci semble avoir été le principal groupe représentant les Anichinabés lors des consultations ultérieures portant sur les dialogues sur l'autochtonie.

La nation anichinabée ne les reconnaît pas, a déclaré Veldon Coburn, professeur d'études autochtones et de sciences politiques à l'Université d'Ottawa, qui a vivement critiqué la légitimité d'Ardoch.

[Ardoch] a émergé d'un groupe de colons et de non-Anichinabés [...] Ce n'est pas historique. C'est une société contemporaine. Ce n'est tout simplement pas algonquin, a ajouté M. Coburn.

Algonquin ou Anichinabé?

Radio-Canada a retenu le terme Anichinabé, plutôt qu'Algonquin, car les communautés de cette Première Nation se désignent maintenant ainsi. Toutefois, si le terme Algonquin figure dans une appellation officielle, il est conservé dans nos textes.

Communauté non reconnue

Ardoch n'est pas une communauté ou une Première Nation reconnue par le gouvernement fédéral. Le Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg ne considère d’ailleurs pas Ardoch comme une nation anichinabée, pas plus que les Algonquins de l'Ontario – qui comprennent 10 communautés anichinabées inscrites et non inscrites.

M. Coburn, qui est lui-même diplômé de l’Université Queen's, s'est dit déçu de ce que l’établissement n'ait pas tenté davantage de s'engager auprès des Premières Nations anichinabées.

Un autre universitaire de l'Université Concordia a déclaré que la nomination d'un groupe chargé de s'examiner lui-même est potentiellement problématique.

Ce manque de transparence peut entretenir la conviction qu'il existe un conflit d'intérêts, a affirmé Moshe Lander, maître de conférences en économie dont la spécialité est la politique de gouvernance.

« Pourquoi ne pouvez-vous pas nous dire qui fait partie de ce comité, ou qui guide certaines des décisions? »

— Une citation de  Moshe Lander, maître de conférences en économie dont la spécialité est la politique de gouvernance à l'Université Concordia

Dans le cadre du processus d'examen, l’Université Queen's a organisé au moins 17 séances collectives et 13 séances individuelles jusqu'au 18 mars.

Cependant, l'université a refusé de divulguer quels groupes participent à l'animation de chacune des rencontres, invoquant des raisons de confidentialité.

Selon son site web, il s'agissait de membres du conseil scolaire mohawk d'Akwesasne, de Mohawks de la baie de Quinte, du Katarowki Grandmother's Council, de la Première Nation d'Alderville, des Inuit de Tungasuvvingat, et de l'Ontario Native Women's Association.

Dans une déclaration à CBC, l’Université Queen's s’est dite satisfaite du processus d'examen et a indiqué que les résultats seront diffusés en mai.

Nous sommes conscients des préoccupations relatives à Ardoch et aux personnes associées à cette communauté, ajoute l’université dans la déclaration.

Pendant ce temps, cinq des six personnes accusées d'avoir faussement indiqué une identité autochtone restent en poste au sein de l'établissement.

Manque de transparence et de sécurité

Ces dernières années, la question de savoir qui peut être considéré comme autochtone, et par conséquent admissible à des emplois et des subventions spécifiques, est devenue un sujet brûlant dans le monde universitaire.

Bien que l'Université Queen's ait publié des mises à jour publiques sur son site web au sujet des séances de dialogue qui ont eu lieu, peu de détails ont été fournis sur la façon dont elles ont été menées, ou sur ce qui en est ressorti.

Janice Hill, vice-principale associée aux initiatives autochtones et à la réconciliation à l’Université Queen's, a indiqué que le taux de participation aux séances de dialogue sur ce sujet en mars était faible.

« L'accessibilité des séances, les liens personnels avec les questions abordées et les sentiments de sécurité ou d'absence de sécurité sont les raisons pour lesquelles d'autres membres autochtones ont pu hésiter à participer. »

— Une citation de  Janice Hill, vice-principale associée aux initiatives autochtones et à la réconciliation à l’Université Queen's

En ce qui concerne la réponse initiale de l'université aux allégations, Mme Hill a ajouté : Je crois que notre instinct initial de protection s'est manifesté, et qu'il s'agissait de protéger les personnes accusées anonymement.

Elle a toutefois fait allusion aux conséquences potentielles si l'on découvre que des personnes ont fait des allégations mensongères, qui vont du congédiement au changement d'affectation à l'université, pour ceux qui ne répondent pas aux nouvelles exigences mises en place par [l’Université] Queen's.

La majorité des personnes mises en cause enseignent toujours

En marge de la controverse, l’Université Queen's a mis fin à sa relation avec un ancien associé.

Morris Blanchard, qui se faisait aussi appeler Onagottay, a perdu son statut d'artiste célèbre sur le campus, après que sa propre famille eut contesté ses affirmations selon lesquelles il aurait été victime de la rafle des années 1960.

Les autres personnes mises en cause restent actives sur le plan universitaire.

Robert Lovelace – l'un des universitaires dont l'identité autochtone a fait l'objet d'un examen minutieux – reste inscrit sur la liste des professeurs auxiliaires permanents à l’Université Queen's. Il a participé à la création de la nation d'Ardoch, qui a été fondée en 1921, et il a été l'un des fondateurs du Département d'études autochtones de l’université.

Cette année, il enseigne un cours intitulé Théorie autochtone. Selon la description disponible en ligne, les étudiants peuvent s'attendre à y étudier la signification de l'identité autochtone et les processus de réautochtonisation.

Le conseil d'Ardoch a refusé de commenter cette affaire, mais a déclaré en juin que son histoire est bien documentée dans les archives coloniales et dans la tradition orale.

D'après un texte de Michelle Allan, de CBC

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