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Le coroner enquête sur le décès d’un bébé de Manawan

Un bébé en convulsions a attendu des heures avant de pouvoir être évacué en ambulance de Manawan, un autre drame qui illustre les conséquences de l’accès déficient aux soins dans les régions éloignées du Québec.

Le centrede santé  Masko-Siwin de Manawan.

Le centre Masko-Siwin est la porte d'entrée du système de santé pour les Attikamekw de Manawan.

Photo : Radio-Canada

Le bureau du coroner enquête « sur la cause et les circonstances » du décès d’un bébé de sept mois de Manawan. Le poupon, qui était atteint d’une méningite, est décédé au CHU Sainte-Justine à Montréal lundi dernier, après un premier diagnostic remis en question par la famille et de longs délais de transport ambulancier.

Jeudi 31 mars, la petite fait de la fièvre, mais comme elle a des poussées dentaires, les parents ne s’inquiètent pas outre mesure et lui donnent de l'acétaminophène, selon une amie proche des parents qui a requis l’anonymat pour protéger l’identité de l’enfant.

Le lendemain, le bébé fait encore de la fièvre, ce qui commence à inquiéter sérieusement les parents. Ils appellent donc le Centre de santé Masko-Siwin de Manawan et insistent pour pouvoir s’y rendre.

Le bébé est alors évalué par une infirmière, qui recommande aux parents de lui donner de l'acétaminophène et de rester aux aguets.

Elle a dit que la petite avait six dents qui poussaient en même temps et que la fièvre allait tomber avec le Tylenol. C’est typique des infirmières ici, de nous donner du Tylenol, s’insurge la porte-parole de la famille.

L’état de santé du bébé reste stable, mais ne s’améliore pas durant les 24 heures qui suivent. Samedi soir, la petite est prise de convulsions, selon la source.

Des policiers, arrivés au domicile en tant que premiers répondants, appellent l’ambulance. Selon la famille, le bébé est transféré au centre de santé vers 20 h 40, soit 10 minutes après l’arrivée des policiers.

Ce n’est que vers 23 h 45 que le bébé et sa mère quittent la communauté dans l’ambulance en direction de l’hôpital de Joliette. Finalement, l'enfant malade est transférée au CHU Sainte-Justine, à Montréal, où elle décède le lundi 4 avril avec des diagnostics de méningite et de COVID-19.

Les soins de santé mis en cause

Selon la porte-parole de la famille, les parents n’ont rien à dire sur le service ambulancier, c’est vraiment le service de soins de santé du centre qui est en question.

Ils remettent en cause les soins de santé, qu’ils considèrent comme inadéquats dès le début, mais aussi leur dépendance au service de triage d'une infirmière pour tout transfert en ambulance.

Il faut tout le temps passer par l’infirmière. On est pris là-dedans. On se fie [aux professionnels de la santé] et on leur fait confiance. Il faut que ça change, on n’a pas de 911, dit-elle.

Le Centre de santé Masko-Siwin de Manawan a par ailleurs ouvert une enquête interne sur la qualité des soins au moment de la prise en charge de l’enfant.

On est en train de faire une enquête à l’interne au niveau de la qualité du service. On regarde s’il y a eu manquement, admettons, au code de déontologie, indique la directrice du centre de santé, Francine Moar.

L’attente pour partir en ambulance

La famille essaie aussi de comprendre pourquoi le transport en ambulance vers Joliette a mis plus de trois heures. La famille soutient qu’une ambulance était déjà sur place, mais le centre de santé précise que l’équipe de Manawan ne pouvait pas effectuer la prise en charge.

En principe, on a toujours des services ambulanciers sur place, sauf qu’à ce moment-là, l’équipe ambulancière était déjà en over. Ça veut dire qu’elle ne pouvait pas être affectée à l’appel, parce qu’elle avait déjà trop d’heures d’opération, explique Francine Moar.

Les ambulanciers les plus près sont basés à Saint-Michel-des-Saints, à environ deux heures de route de Manawan.

Avec l’état du chemin, ça a pris deux heures pour que l’ambulance parte de Saint-Michel-des-Saints à Manawan et on n’est pas encore à Joliette. Ça a été long comme délai, confirme Francine Moar.

La famille déplore aussi l’état de la route, surtout en cette période de dégel. Les conditions sont horribles et, en ambulance, ça doit être pire. Il y a une lacune au niveau des services de santé et une lacune au niveau de l’état du chemin, conclut l’amie de la famille.

Un service par hélicoptère réclamé

La famille se demande en outre pourquoi un transfert en hélicoptère n’a pas été préconisé. Un questionnement que partage le vice-chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand.

Quand ça concerne l’état de santé d’un enfant, ils auraient pu choisir de transférer l'enfant par hélicoptère, ça aurait pu être possible. Je ne comprends toujours pas pourquoi ça n'a pas été fait, dénonce-t-il.

Ce n’est pas la première fois que le coroner enquête sur le décès d’un enfant de Manawan après des transferts en ambulance.

Le décès d’un enfant en 2009 transféré lui aussi de Saint-Michel-des-Saints jusqu’à Montréal avait mené le bureau du coroner à établir que les délais de transport méritent qu'on réfléchisse à des moyens pour les réduire.

Au terme de son enquête, le coroner avait alors recommandé au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec d'examiner la pertinence d'implanter des services d'évacuation médicale par hélicoptère pour la prise en charge de patients en condition critique dans les régions éloignées.

Depuis des décennies, on demande d’avoir deux-trois ambulances pour des situations d’urgence, mais le gouvernement nous en a donné qu’une seule [en 2018]. J’avais moi-même témoigné à la commission Viens en ce sens, explique Sipi Flamand.

Quant à l’enquête du coroner, M. Flamand espère surtout que le gouvernement agira en conséquence.

C’est beau de faire des enquêtes, mais quand il y a des recommandations, personne ne fait d’actions par la suite. C’est du temps perdu, s'exclame-t-il.

Selon le mémoire du Conseil des Atikamekw de Manawan déposé devant la commission Viens, durant l’année 2015-2016, il y a eu 1434 transports d’urgence au total, dont 231 transports ambulanciers de priorité élevée, 414 transports de premiers répondants et 789 transports autres pour des priorités de base.

À l’époque, la communauté de 2000 habitants n’avait pas encore sa propre ambulance.

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