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Langues autochtones : l’immersion des adultes renforce leur identité culturelle

Le programme de mentorat associe des personnes qui parlent couramment la langue avec des apprenants adultes plusieurs heures par jour.

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Laura Boucher, de Fort Resolution, a appris le dënedédlı ̨́né yëtı, un dialecte du chipewyan, auprès de sa grande sœur et mentor, Catherine Boucher.

Photo : Gracieuseté : Laura Boucher

Radio-Canada

Lorsque Laura Boucher termine une séance d’apprentissage de la langue avec sa sœur aînée, Catherine Boucher, sa bouche et sa gorge ont été mises à rude épreuve.

Ma gorge est douloureuse et ma voix est rauque, dit-elle en riant.

Elle parvient de mieux en mieux à enrouler sa langue autour de nouveaux sons. Les rires fusent toujours lorsque les deux sœurs se retrouvent ensemble.

Un de mes moments préférés, c'est quand nous prenons une photo, que nous inventons toutes sortes d'histoires et que nous rions, tout simplement, ajoute Laura Boucher.

Catherine Boucher est un maître de dënedédlı ̨́né yëtı, un dialecte du chipewyan, et sa sœur Laura est son apprentie. Elles vivent toutes deux à Fort Resolution, dans les Territoires du Nord-Ouest, mais elles sont originaires de Rocher River, une communauté aujourd'hui abandonnée de South Slave.

Elles font partie du nombre croissant de personnes dans les Territoires du Nord-Ouest qui font revivre les langues autochtones grâce à un modèle d'immersion qui associe des apprenants adultes à des aînés et à d'autres personnes qui maîtrisent leur langue autochtone. L'apprentissage se fait pendant que l'apprenti et son mentor se visitent ou travaillent ensemble à des tâches quotidiennes, plusieurs heures par jour, en ne parlant qu’une langue autochtone.

C'est tout un programme, mais Laura Boucher affirme que ça en vaut la peine, car cela lui a permis non seulement de mieux comprendre sa langue et sa culture mais aussi de renforcer ses liens avec sa sœur.

À cause du pensionnat [pour Autochtones], nous avons en quelque sorte suivi nos propres chemins et fait nos propres choses, indique Laura Boucher.

« Et la langue nous a rapprochées [...]. Nous parlons de choses personnelles, vous savez, alors ça a renforcé notre amitié. »

— Une citation de  Laura Boucher

La lecture des histoires des aînés et la recherche de la signification de mots dont elle n'est pas sûre l'ont amenée à s'intéresser de plus près à la langue, dit Laura Boucher.

Les 48 voyelles toniques du dënedédlı̨́né yëtı ont été un grand défi.

Mais Catherine Boucher affirme que la rapidité avec laquelle sa sœur a maîtrisé ces sons est passionnante.

Elle s'est maintenant donné l’objectif personnel de faire en sorte que d'autres personnes qui parlent couramment cette langue deviennent des mentors.

« Notre langue est la chose la plus importante dans notre vie [...], elle est ce que nous sommes. »

— Une citation de  Catherine Boucher

Transmettre la langue deux générations à la fois

À Fort McPherson, les petits-enfants de Grace Martin sont souvent à la maison pendant qu'elle apprend le gwich'in avec sa tante, Mary Effie Snowshoe.

Je suppose que pendant qu'ils jouent, ils nous écoutent, car parfois, je les entends essayer d'utiliser le gwich'in, explique Mme Martin.

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Grace Martin est encadrée par sa tante, Mary Effie Snowshoe. Elles passent jusqu'à deux heures par jour à parler gwich'in, et Grace Martin dit que ses petits-enfants apprennent eux aussi des mots de cette langue.

Photo : Gracieuseté : Grace Martin

C'est un des avantages qui découlent de ses efforts pour apprendre sa langue et c'est quelque chose qui rend Mme Snowshoe très heureuse.

Elle parle couramment la langue parce qu'elle n'est pas allée au pensionnat pour Autochtones durant son enfance.

« Mes parents m'ont emmenée sur la terre et c'est là que j'ai grandi avec la langue du matin jusqu'au soir. »

— Une citation de  Mary Effie Snowshoe

Mme Martin a commencé à apprendre auprès de Mme Snowshoe il y a environ cinq ans.

Beaucoup de nos aînés nous quittent et nous allons finir par perdre notre langue, pense-t-elle.

Mme Martin croit qu'elle est maintenant capable de plaisanter avec les aînés.

Mme Snowshoe souligne que beaucoup de membres de sa famille ont débuté avec des connaissances de base en gwich'in.

« Mais je connais beaucoup de jeunes qui veulent parler la langue. Et cela me rend plus forte. »

— Une citation de  Mary Effie Snowshoe

Elle affirme qu'un nombre de plus en plus élevé d'entre eux s'arrêtent pour lui dire quelques mots en gwich'in et que cela la fait se sentir vraiment, vraiment bien.

Combler un trou dans leur cœur

Angela James, qui travaille au Secrétariat des langues et de l'apprentissage autochtones du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, croit que certains apprenants ont ressenti un trou dans leur cœur parce qu'ils ne connaissent pas leur langue.

La période de recrutement pour le programme de mentorat et d'apprentissage du ministère de l'Éducation, de la Culture et de l'Emploi est ouverte jusqu'au 1er mai. La nouvelle cohorte commencera son apprentissage en septembre.

Les mentors et les apprentis doivent soumettre des rapports d'étape et sont rémunérés pour les 200 heures qu'ils consacrent au programme, en plus des frais de participation à un atelier obligatoire.

Ces coûts sont partagés entre les gouvernements territorial et autochtone.

Lorsqu'ils commencent à apprendre à parler leur langue, ils deviennent très heureux, et cela a une incidence sur leur bien-être et sur le développement de leur cœur et de leur esprit, indique Mme James.

Elle donne l'exemple d'une équipe composée d'un mari et d'une femme de Sambaa K'e. Ses progrès au cours des deux dernières années sont remarquables, insiste Mme James. Ce qui est vraiment merveilleux avec ce duo, c'est que cela se répercute dans le foyer.

Corvées et déné zhatié

C'est ce qui s'est passé pour Valerie Lamalice, dont le mari Gilbert lui enseigne le déné zhatié.

Gilbert Lamalice a maîtrisé la langue en travaillant étroitement avec des aînés dès son plus jeune âge.

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Gilbert et Valerie Lamalice passent une heure tous les jours à parler le déné zhatié au déjeuner. Gilbert maîtrise la langue parce qu'il a passé beaucoup de temps avec les aînés dans sa jeunesse. Il l'enseigne maintenant à sa femme Valerie.

Photo : Facebook/Valerie Lamalice

Le couple parle le déné zhatié pendant une heure au déjeuner et au moins une autre heure par jour lorsqu'il fait des choses en famille, par exemple couper du bois ou vérifier les filets de pêche.

Grâce aux encouragements de ses parents, Valerie Lamalice dit qu'elle a appris à surmonter sa timidité et à utiliser la langue tous les jours.

« Quand je vais au magasin, je vois des aînés. Ils se tiennent là et je les écoute, j'essaie de m'impliquer dans leur conversation. »

— Une citation de  Valerie Lamalice

Valerie Lamalice ajoute que son oncle vient souvent le matin pour une visite et qu'ils parlent alors du temps qu'il fait. Si elle parle en anglais, il l'aide à trouver les mots en déné zhatié.

Il lui a confié ceci : Continue à avancer, quoi qu'il arrive. Continue à te pousser à le faire.

Les Lamalice soulignent qu'ils enseignent aussi la langue à leurs enfants, un mot à la fois, et qu'ils reçoivent le soutien d'autres membres de leur famille.

Mon fils va sur la ligne [de piégeage] avec ses oncles plus âgés, alors ils lui parlent eux aussi davantage dans la langue. Il commence à comprendre petit à petit. C'est vraiment bien, conclut Valerie Lalamice.

D'après un texte de Joanne Stassen, de CBC

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