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Messe et cérémonie traditionnelle à Rome : à chacun son soutien

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Moment de recueillement et de réflexion pour le chef et avocat Wilton Littlechild et le conseiller spirituel Fred Kelly, qui ont dirigé la cérémonie de lever du soleil à Rome.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Cérémonies traditionnelles, messes, discussions, cercles de partage, aide spirituelle, psychothérapeute… Les Autochtones présents pour les rencontres avec le pape ont eu accès à différentes ressources pour leur permettre de passer à travers cette semaine où toute une gamme d’émotions les a envahis.

Petit matin dans une rue de Rome. Alors que le soleil n’est pas encore levé, une femme portant une robe à rubans, parapluie à la main, marche vers un hôtel. Généralement, ce vêtement traditionnel est réservé pour les événements importants qui ont un caractère sacré et spirituel.

Ce matin, dans une petite pièce remplie de membres des Premières Nations et de Métis, elle est venue assister à la cérémonie du lever du soleil. Une cérémonie qui se tient chaque matin, en plus ou moins grand comité, afin d’insuffler force et courage et réfléchir aux enseignements à retirer de ce voyage et même du parcours vécu.

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Peu avant 7 h du matin, près de l'hôtel où une grande partie de la délégation était installée, on pouvait voir des Autochtones se diriger vers des cérémonies en tenue traditionnelle.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Normalement, on purifie avec la fumée, lance le conseiller spirituel Fred Kelly, chemise rouge avec des aigles brodés. Mais ce jour-là, à Rome, il pleut, et il est donc impossible de le faire sur la terrasse comme les autres jours. Dans une pièce de l’hôtel, Fred Kelly s’adapte, à cause des détecteurs de fumée.

Un bol d’eau sacrée dans lequel de la sauge est déposée va circuler parmi les membres de l’assemblée pour qu’ils puissent se purifier, en touchant l’eau, puis en faisant des gestes avec leur main sur leur tête et des parties de leur corps.

Puis c’est au tour du chef Wilton Littlechild, survivant de pensionnat pour Autochtones et avocat, de prendre la parole. Il montre une chaise vide, la chaise de l’esprit, et une pipe qu’il décrit en expliquant chaque enseignement qu'elle apporte, puis rappelle le chemin parcouru par ceux qui se sont battus pour arriver à cette semaine historique à Rome, et chante avec le tambour.

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Le chef de la délégation, Gerald Antoine, lors de la cérémonie du lever du soleil, se purifie.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Dans l’assistance, les yeux sont fermés, les mains parfois sur le cœur. Chacun prend un temps avant cette journée spéciale, cette journée de la résilience, explique une femme. Après la cérémonie, les délégués partiront rencontrer le pape pour la première fois.

Fred Kelly rappelle alors les tempêtes auxquelles il faut faire face dans la vie, des tempêtes synonymes de vie, mais aussi de défis. Que nos problèmes puissent être transformés en défis que nous pouvons relever! lance-t-il avant de dire merci dans sa langue.

Dans la pièce d’à côté, d’autres Autochtones ont, eux, les mains jointes et écoutent le prêtre. Ils assistent à une messe.

Beaucoup d'Autochtones pratiquent soit le catholicisme, soit les pratiques spirituelles traditionnelles, voire les deux. À Rome, chacun est donc allé puiser ce dont il avait besoin pour vivre sa semaine.

Fred Kelly le reconnaît lui-même : parler de réconciliation, essayer d’y faire face n’est pas aisé, parce que la vérité n’est pas toujours jolie.

Mais il a accepté de venir accompagner la délégation à chaque étape. Assumer la position, ou du moins le rôle temporairement, de conseiller spirituel dans de telles circonstances, c’est à la fois impressionnant, mais aussi plein d’humilité, explique-t-il.

Il montre alors Phil Fontaine, celui qui a été le premier à avoir raconté publiquement ce qui se tramait et se subissait dans les pensionnats pour Autochtones et qui n’a de cesse de lutter pour que l’Église reconnaisse et s’excuse.

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Plusieurs personnes sont venues déposer des objets sur une table recouverte d'une couverture devant Fred Kelly.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pour trouver les mots justes lors des cérémonies et cercles de partage, Fred Kelly dit avoir utilisé les enseignements traditionnels qu’il a appris, mais aussi son expérience personnelle, lui qui a été littéralement jeté dans un pensionnat, où il a eu la tête rasée, ses vêtements jetés, et où il lui était interdit de parler sa langue.

Nous avons donc pensé qu’il était important d’exercer [notre spiritualité] pendant que nous étions ensemble, pour montrer aussi qu’elle était très vivante, précise Wilton Littlechild.

« Revenir à la pratique de nos propres cérémonies spirituelles était important pour la force et le courage que cela nous donne pendant que nous sommes à Rome. »

— Une citation de  Wilton Littlechild

Une large palette d’émotions

Des pleurs, il y en a beaucoup. Beaucoup d’émotion lors des cercles de partage, raconte la grande cheffe de la nation crie, Mandy Gull-Masty. Car outre les cérémonies, il y a eu des discussions, des cercles de partage où, en rond, chacun a pu exprimer ce qu’il ressentait.

C’est un gros voyage, éprouvant, fatigant entre les rencontres avec le pape à préparer, les autres événements, les médias… et les émotions que tout cela fait ressurgir. Sans compter que les délégués eux-mêmes ont dû faire face à des défis concernant leur participation. Beaucoup de personnes restées au Canada ont critiqué ce voyage et des membres qui y participaient y ont longuement réfléchi.

« Chacun d’entre nous a également fait savoir qu’il pensait que c’était la bonne chose à faire pour ces survivants et pour que notre message soit entendu.  »

— Une citation de  Mandy Gull-Masty

Il y a tellement de choses qui se passent. Selon la nature de ces conversations, les gens ont besoin d’un moment pour faire le point. Parfois, nous avons besoin de nous réunir en groupe pour parler et parfois le soutien peut être très simple comme demander à quelqu’un comment il va ou lui donner un mouchoir s’il pleure, explique la psychothérapeute Tera Beaulieu, qui accompagne la nation métisse.

Dans ce voyage vers la guérison, partager les expériences et les récits a fait surgir beaucoup de souvenirs, de moments difficiles, de tristesse, de souffrance, mais aussi d’espoir.

Un des enseignements que je donne est que lorsque nous avons cette sorte d’obscurité, de lourdeur, nous devons l’équilibrer avec de la légèreté et de la positivité. Ces autres émotions aident à équilibrer les sentiments plus lourds, poursuit Tera Beaulieu.

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L'accompagnement offert aux membres de la nation métisse par la psychothérapeute Tera Beaulieu a débuté avant bien avant le voyage à Rome.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Quant aux pleurs, cela signifie qu’il y a du bon travail qui se passe, de la guérison. C’est une partie importante du processus que de permettre à ce sentiment de se déplacer à travers la personne au lieu de le mettre en bouteille et de le garder fermé.

En quelques jours, Tera Beaulieu dit avoir déjà constaté un changement parmi les membres de sa nation, notamment juste après la rencontre avec le pape où les survivants et leurs familles ont pu raconter leur vie et les impacts des pensionnats.

D’un point de vue psychologique, en ce qui concerne le traitement des traumatismes, mettre des mots sur des émotions, des souvenirs, des sentiments... Beaucoup de choses se passent avec le corps, comme la façon dont le traumatisme se manifeste dans le corps avec les symptômes qui en découlent, indique la psychothérapeute. Et spirituellement, pour nous, pour notre culture, notre identité et nos pratiques spirituelles, c’est un moment important de réparation, notamment pour les Métis qui pratiquent aussi le catholicisme.

« Quelque chose a été libéré, non seulement pour les survivants, mais aussi pour la délégation dans son ensemble. Il y a eu des changements très puissants. Ça ne veut pas dire que le travail est fait et que tout le monde va bien, mais c’est juste le début.  »

— Une citation de  La psychothérapeute métisse Tera Beaulieu

Dans son sac, comme beaucoup d’autres, cette Métisse a apporté de la médecine et différentes choses.

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L'intérieur de la Basilique Sainte-Marie-Majeure, située près de l'hôtel où la délégation autochtone séjournait à Rome.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Il est presque 18 h. L’Inuk Martha Greig de Kuujjuaq ainsi que deux aînées de Tuktoyaktuk pressent le pas dans la rue. Direction l’église du quartier pour la messe. C’est un soutien dont elles ont besoin, c’est ce que j’essaie de leur donner, lance la travailleuse de la santé Martha Greig avant de repartir au pas de course.

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Notre dossier Autochtones au Vatican : rencontre historique

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