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Envoyée spéciale

Autochtones au Vatican : Adrian, Billy et les raquettes pour le pape

Le petit-fils de Billy Diamond a offert des raquettes au pape François pour signifier que la culture crie est toujours bien vivante.

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Adrian N. Gunner a offert des raquettes traditionnelles au pape François. Il y a 40 ans, son grand-père Billy Diamond avait lui aussi offert des raquettes au pape Jean-Paul II.

Photo : Reuters / Vatican Media

Adrian N. Gunner, un jeune Cri de Waswanipi, n’a pas d’autre expression pour décrire son voyage au Vatican : une semaine de « montagnes russes d’émotions ». Car s’il a pu transmettre l’héritage de son grand-père, il n’a pas cesser de penser à ce que ses grands-parents ont vécu dans les pensionnats, raison pour laquelle la délégation autochtone est allée rencontrer le pape François.

L’objectif de ce grand timide était de donner au pape François des raquettes traditionnelles fabriquées par Sanders Weistche, de la communauté de Waskaganish. En frêne noir, elles sont fabriquées à la main avec un cordage réalisé à partir de tendons de caribou et de tendons artificiels.

Plus qu’un cadeau, c’est un rappel que les Autochtones sont toujours là et que le chemin à parcourir est encore long.

Vêtu d’un gilet traditionnel en cuir avec des broderies de fleurs et portant autour du cou un gros médaillon perlé en forme de patte d’ours, il s’est avancé vers le pape avec ces immenses raquettes à la main. Puis, une fois devant lui, il l’a regardé dans les yeux et a parlé dans sa langue : le cri.

En vous donnant ces raquettes, maintenant, je veux vous faire savoir et vous montrer que notre langue et notre culture sont toujours bien vivantes, a-t-il dit au pape François. Puis il l’a remercié d’avoir reçu la délégation de près de 200 personnes, majoritairement autochtones.

Dans cette semaine historique où le pape s’est excusé pour les torts causés par des membres de l’Église catholique dans les pensionnats pour Autochtones au Canada, Adrian N. Gunner a voulu répéter le même geste que son grand-père 40 ans plus tôt. Il a voulu ainsi poursuivre son legs.

En effet, le premier grand chef des Cris, Billy Diamond, qui a fréquenté un pensionnat en Ontario, avait donné une paire de raquettes similaires au pape Jean-Paul II lors d’une audience privée en 1983. Il avait alors attiré l’attention sur la situation des Cris.

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Le grand-père d'Adrian N. Gunner, Billy Diamond, a offert au pape Jean-Paul II une paire de raquettes traditionnelles lors de leur rencontre au début des années 1980.

Photo : The Canadian Press

Adrian N. Gunner, 26 ans, le sait bien. Le chemin est encore long. J’attends avec impatience un avenir meilleur pour notre peuple. Et j’ai l’impression que c’est une étape qui devait être franchie.

Cette étape, c'est celle des excuses formulées par le pape François. Un moment qu’Adrian est toujours en train d’absorber.

« C’est sûr que des excuses ne vont pas réparer des années d’abus, mais j’ai l’impression que c’est le tout premier pas du processus de réconciliation. »

— Une citation de  Adrian N. Gunner

S’il n’a pas pu dire au pape que les cicatrices, les marques que porte son autre grand-père, George Neeposh, sur son corps ne mentent pas, Adrian aura au moins entendu de ses propres oreilles des excuses précieuses pour sa grand-mère Lilian.

Avant son départ pour le Vatican, Lilian estimait que le pape devait s’excuser non pas uniquement auprès des survivants, mais aussi auprès de leurs parents, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, donc notamment à Adrian.

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leurs familles et forcés de fréquenter les pensionnats entre les années 1880 et 1996.

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Adrian N. Gunner pose dans les rues de Rome avec les raquettes.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Alors, sitôt l’audience terminée, le grand chef du Conseil des jeunes de la Nation crie a appelé ses grands-parents. Il leur a lu les excuses du pape et a annoncé que le souverain pontife allait venir au Canada.

« Ils en ont perdu la parole. Puis ma grand-mère a dit : "C’est bon de savoir qu’il s’excuse." »

— Une citation de  Adrian N. Gunner

Désormais, Adrian N. Gunner espère vraiment que le pape viendra au Canada, surtout en territoire autochtone. S’il rend visite à au moins une communauté des Premières Nations, des Métis et des Inuit, Adrian sera très heureux de voir le pape s’excuser auprès d’un certain nombre de personnes dans ces trois territoires respectifs.

Semaine éprouvante

Quand Adrian parle de montagnes russes d’émotions, il parle aussi du thème qui a prédominé les rencontres du pape avec les délégations autochtones du Canada : les pensionnats pour Autochtones.

Je pense à ce que mes grands-parents ont traversé quand ils étaient jeunes. Étant moi-même jeune, je suis en processus de guérison pour ne plus être en colère ni blessé, a expliqué le jeune homme, qui est de la troisième génération des survivants des pensionnats.

Son fils Riley est de la quatrième génération. Adrian souhaite pouvoir guérir complètement de ce traumatisme pour que son fils puisse apprendre à vivre heureux.

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C'est aussi pour les générations futures qu'Adrian a souhaité faire ce voyage au Vatican en forme de plaidoyer.

Photo : Radio-Canada / Francyne Doyon

Et comme grand chef du Conseil des jeunes de la Nation crie, il estime important que la jeunesse soit impliquée dans le processus de réconciliation, donc dans ces rencontres, notamment celle avec le pape.

De cette façon, nous pouvons également savoir où nous allons dans le processus de réconciliation et nous aider à retrouver nos identités, a-t-il précisé.

La prochaine étape? Il ne sait pas trop. Mais si on y va un pas à la fois, la prochaine étape sera les excuses du pape au Canada. C’est ce que les gens ont besoin d’entendre.

Il rappelle toutefois que chaque personne guérit à son rythme. Certains avaient besoin d’entendre ces excuses, d’autres non. Certains sont contrariés et fragiles; d’autres sont déjà guéris.

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