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Les excuses du pape saluées : « une étape nécessaire » d’un long chemin à faire

« C'est un moment important pour les peuples autochtones », a souligné Murray Sinclair, ancien sénateur anichinabé qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

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Le pape François, lors d’une audience rassemblant les représentants des peuples autochtones au Vatican, le 1er avril 2022

Photo : Reuters / Vatican Media

Maud Cucchi

Longtemps attendues – « sur des générations », même –, les excuses du pape prononcées vendredi ont été immédiatement saluées au Canada par des représentants politiques autochtones et allochtones. Des excuses outre-Atlantique en forme de préambule, en somme, avant la visite officielle du pape sur le territoire canadien à l'été.

C'est une étape importante, a reconnu d'emblée le premier ministre Justin Trudeau, assurant que le gouvernement va continuer de soutenir les communautés autochtones à travers le pays avec les ressources nécessaires pour poursuivre les recherches des tombes anonymes, dévoiler la vérité, et continuer à guérir.

Dans une déclaration écrite, le premier ministre a rappelé l'incroyable démonstration de courage des membres de la délégation qui se sont rendus au Vatican cette semaine pour continuer à demander des excuses de la part de l’Église catholique au sujet des atrocités commises dans les pensionnats pour Autochtones.

« Ces excuses n’auraient pas eu lieu si les Survivants n’avaient pas raconté leur vérité directement à l'une des institutions responsables, et s’ils n’avaient pas relaté et vécu à nouveau leurs souvenirs douloureux. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre

Seule une visite du pape sur le territoire pour obtenir des excuses in situ permettraient de répondre spécifiquement à l’appel à l’action no 58 de la Commission de vérité et réconciliation, a toutefois indiqué le premier ministre, secondé dans la matinée par Mary Simon, la gouverneure générale, qui est inuk.

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«Se réveiller avec des excuses était assez incroyable. Nous avons travaillé à ça depuis si longtemps», a commenté la gouverneure générale Mary Simon.

Photo : CBC

C'est une chose d'adresser ces excuses aux représentants sur place [au Vatican], a-t-elle déclaré, mais l'idée de venir au Canada s'excuser auprès des victimes des pensionnats pour Autochtones, en personne, est vraiment significative, parce que ce sont eux qui doivent guérir des traumatismes vécus [...].

Si plusieurs années de négociations diplomatiques ont été nécessaires pour aboutir à cet acte de reconnaissance par le Vatican, la question de l'imputabilité de l'Église reste encore en suspens aux yeux de nombreux observateurs autochtones.

Assumer [ses] responsabilités

L'ancien président de la commission d'enquête qui a longuement documenté l'affaire des pensionnats a lui aussi reconnu que les excuses papales représentaient un moment important pour les peuples autochtones, pour le Canada et pour les catholiques du monde entier.

« Il est grand temps que l'Église commence à assumer la responsabilité de son rôle dans le système des pensionnats. Il s'agit d'un chapitre sombre de l'histoire colonialiste du Canada, dont l'Église a été l'un des principaux coauteurs. »

— Une citation de  Murray Sinclair, ancien sénateur anichinabé qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada

Les excuses du pape prononcées à Rome ont été immédiatement saluées au Canada par des représentants politiques autochtones et allochtones. Le compte rendu de Marie Isabelle Rochon.

Aujourd'hui, le pape a mis l'Église sur une meilleure voie, estime M. Sinclair. Ces excuses s'alignent sur les valeurs catholiques, dit-il; elles permettront aux croyants autochtones de revenir à la force de leur foi avec l'espoir qu'un chemin vers la réconciliation est possible.

Certains représentants autochtones émettent des réserves plus appuyées pour accompagner les formulations de gratitude usuelles.

En tant que survivant, il faut le reconnaître : cette journée est importante pour l'ensemble des Premières Nations au pays, admet Jean-Charles Pietacho, chef du Conseil des Innus d'Ekuanitshit, sur la Côte-Nord, même s'il déplore le fait que ces excuses interviennent trop tard pour des aînés qui ne sont plus de ce monde.

Son analyse du discours du pape? C'est un monologue qui dit "je m'excuse" [...], mais la réconciliation, on est encore à des kilomètres.

Jean-Charles Pietacho, chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, dans la région de Minganie sur la Côte-Nord, réagit aux excuses prononcées par le pape envers les Autochtones.

Ce qui me préoccupe aussi, c'est la suite des choses, ajoute sans ambages l'ancien survivant innu, qui prône désormais des actions concrètes.

« L'accès aux archives est important. Pourquoi nous a-t-on refusé d'accéder à ces archives? [...] Qu'est-ce qu'on fait de ceux et celles qui ont commis des crimes? »

— Une citation de  Jean-Charles Pietacho, chef du Conseil des Innus d'Ekuanitshit

La seule façon de reconnaitre les torts, c'est de dire la vérité, abonde Richard Kistabish, ancien chef de la Première Nation Abitibiwinni. Ce survivant du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, en Abitibi-Témiscamingue, se dit tout bonnement très déçu par le discours du pape François.

Il a oublié certains détails importants dont la découverte des corps d'enfants à Kamloops, pointe-t-il. C'est quand même l'Église catholique qui a été partie prenante à ce massacre.

Au Vatican, ces excuses ont été plus que bien accueillies par les trois délégations présentes sur place.

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